‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 311 sur 323 · Michelet, Louis XIV et le duc de Bourgogne, p · texte numérisé non relu

Michelet, Louis XIV et le duc de Bourgogne, p

2. Dominicales. 7» dim. ap. la Pentecôte, sui' VHypocrisie, 1« partie, t. VI, p. 217-218.

BEAUX COTÉS DU XVIl" SIÈCLE 495

tachenient profond aux glorieux souvenirs légués en héritage par les ancêtres, étaient souvent la source et l'excuse de la hauteur et de l'arrogance.

« Si, m'adressant ici à tant de grands qui m'écoutent, j'avais la témérité de leur dire que leur conduite dément leur grandeur,.leur naissance, leurs ancêtres, leur rang, ils prendraient ce que je dirais pour un outrage, et combien y seraient-ils sensibles ' ! i

Les grands se résignaient cependant à d'étranges bassesses ; mais ces excès de l'adulation ne doivent pas nous empêcher d'admirer la fidélité sincère au roi, le zèle, le courage et le dévouement qu'on mettait à le servir.

« Dès qu'il faut marcher pour le service du prince à qui nous nous faisons tous gloire d'obéir,... au premier bruit de la guerre qui commence à se répandre, chacun s'engage, chacun pense à se mettre en route; point de raison qui le retienne, point d'absence qui lui coûte, et dont il ne soit résolu de supporter tout l'ennui. Si j'en doutais pour vous, je vous offenserais... Avec quelle promptitude vous verra-t-on courir au premier ordre que vous recevrez, et que vous vous estimerez heureux de recevoir! Quiconque aurait un moment balancé ser;iit-il digne de vivre? oserait-il paraître dans le monde? n'en deviendrait-il pas la fable et le jouet ^? »

C'est, en effet, par son héroïque bravoure, par son ardeur chevaleres(]ue à braver la mort pour la gloire et pour la défense du roi, que la noblesse répare la frivolité de sa vie. la légèreté de ses mœurs et les bassesses de sa courtisanerie. A la frontière et sur les champs de bataille, elle

1. Mvstèrps. 2« serm., sur t Annonciation de la Vierge, 2« partie, t. XI, p. 100-101.

2. Carême. Dim. de la 1" semaine, sur les Tentations, 1" partie, t. II, p. 139. — V. encore le compliment au roi qui termine le sermon pour la Toussaint (Mystères). « Le dirai-je. Sire, avec la respectueuse liberté que uic l'ait prendre mon ministère'? votre peuple n'en est pas indigne : car jamais peuple sous le ciel n'a tant aimé sou roi, » etc., t. XI, p. 316.

lave dans son sang les humiliations et les hontes de la cour.

Mais ce qui relève surtout le dix-septième siècle, ce qui constitue son originalité morale, c'est qu'en dépit du dérèglement, malgré toutes lesdéfaillances et tous les compromis, malgré la piété convenue et hypocrite, une forte sève chrétienne circulait encore dans la société tout entière.

A côté du clergé mondain et corrompu que Bourdaloue nous a fait connaître, il y en avait un autre pur, vertueux, saint, vivifié par ce grand courant de la réforme catholique qui traverse le dix-septième siècle, refoule le protestantisme, contient l'incrédulité et donne à l'Église tant de fécondité et d'éclat. Sans parler des prélats les plus illustres, des Fénelons, des Bossuet, des Mascaron, un grand nombre contrastaient heureusement avec ces évêques joueurs et libertins que nous avons vus : c'étaient Coislin à Orléans *, Saint-Georges à Lyon ^ Montgaillard à Saint- Pons 3, et à Chartres, Godet, le sage directeur de madame deMaintenon, et qui, s'il n'était de a petite naissance» et ancien élève de Saint-Sulpice, obtiendrait de Saint- Simon une admiration sans réserve *. Appliquons àtousces vrais évê(iues l'éloge mérité^ que Bourdaloue faisaitdeFeydeau de Brou, évêque d'Amiens, quand il l'appelait « un prélat aussi éclairé que zélé, aussi fervent que vigilant, aussi aimable que vénérable; un prélat plein de vigueur et de force pour faire observer la discipline, mais en même temps plein d'onction et de douceur pour la faire aimer;... un prélat dont la saine doctrine, la solide piété, la vie édifiante lui ont mérité l'auguste rang qu'il tient; et qui, sans cesse occupé de ses fonctions, n'a en vue que la gloire de Dieu, que les intérêts de Dieu, que l'accroissement du culte de Dieu; enfin un prélat qui dévoué au travaux apostoliques, et, selon l'expression de saint Paul , n'esti.

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