‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 312 sur 323 · LE SENTIMENT RELIGIEUX AU XVII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT RELIGIEUX AU XVII» SIÈCLE

mant pas sa vie plus précieuse que lui-même, sacrifie tous les jours sa santé aux exercices de son ministère, à consacrer de dignes sujets et à les former pour servir utilement à son Église, à visiter les ouailles que la Providence lui a coudées, à sanctifier son peuple et à le conduire dans le chemin de la perfection chrétienne : Parare Domino piebem perfectam (Luc, I)* ».

Bourdaloue constate encore que les séminaires qui se multiplient envoient dans les paroisses des prélres à la hauteur de leur mission, et diminuent le nombre des ministres incapables ouindignes ^. En même tempsdes ordres religieux nouveaux ou régénérés par le retour à la discipline attirent une foule d'âmes qui, sollicitées par une vocation toute pure, viennent y goûter l'austère bonheur de la contemplation, de la prière et du délachenient le plus absolu. L'abbé de Rancé, dans les ConstUutions de la Trappe, demandait à la nature humaine la plus prodigieuse immolation d'elle-même que l'imagination pût concevoir, et celte immolation était consentie ])ar des victimes volontaires qui venaient en grand noukbre se soumettre à cette règle terrible. Plusieurs communautés de femmes, les carmélites, introduites en France par M. de Bérulle, la Visitation, fondée par saint François de Sales et par sainte Chantai, se remplissaient toujours « de sujets distinguas, et par la splendeur de leur naissance, et parle méritede leur personne 3», qui «édifiaient îe monde par la perfection d'une vie plus angélique qu'humaine* ».

Une des preuves les plus sensibles de la force et de la vitalité du sentiment religieux au dix-sepfièmesiècle, c'est que le goût de la retraite.n'était pas seulement ressenti par les âmes qui se consacraient à la vie religieuse. Beaucoup

1. Panégyriques. Sermon pour la fête de saint Jean-Baptiste , fin, t. XII, p. 281;:82. . .

2 Voy. les deux Exhortations sur la Chanté envers un séminaire,

t- "VIII- r. • J o ,

3. Panégyriques. Sermon pour la fête de saint François de Sales, 2« partie, t." XII, p. 213. , .^ ^ ^'."^y*^

4. Sermons pour des vêtures. 4» sermon, sur l Etat religieux, l" partie, t. XIII, p. 217.

de chrétiens réguliers, mais vivant au milieu du monde, conservaient et pratiquaient l'usage de faire des retraites sincères, effectives; usage si conforme aux traditions et à l'esprit du christianisme. Saint-Simon quittait de temps en temps la cour, et s'en allait furtivement à la Trappe passer quelques jours dans la solitude et les exercices de piété. Le maréchal de Bellefonds, l'ami de Bossuet, faisait de même, quoique plus ouvertement, jusqu'au jour où il renonça à tous les emplois et à toutes les préoccupations mondaines. Au milieu même du tracas et de la dissipation des affaires, beaucoup restaient assez sérieusement chrétiens pour souhaiter d'avoir une règle dévie et de s'y conformer. Ils s'adressaient à quelque prêtre renommé pour ses lumières, lui faisaient connaître les nécessités et aussi les périls de leur condition, et lui demandaient une méthode pratique pour accorder les exigences de leur état et celles de leur salut. De là ces lettres de direction si fréquentes au dix-septième siècle, et dont nous trouvons plusieurs dans les œuvres de Bourdaloue sous le titre à' Inslruclions *.

Il y avait peu d'âmes si coupables et si débordées qui ne conservassent tout au fond d'elles-mêmes un reste de religion, et, comme dit Bourdaloue, des « racines de" foi '^)). C'était une foi stérile, sans doute, une foi endormie; mais elle se réveillait à ses heures, et l'àme tressaillait sous l'aiguillon. A combien de pécheurs Bourdaloue pouvait dire :

« La foi est languissante dans votre cœur, et même elle y paraît absolument éteinte, il est vrai ; mais, après tout, jusque dans votre infidélité, si vous voulez bien sonder le fond de votre conscience, et prêter l'oreille à sa voix, vous trouverez qu'il y a toujours certains remords intérieurs que vous sentez au moins de temps en temps, et que font naître malgré vous mille objets dont vos yeux sont frappés. Vous trouverez qu'il y a toujours certains retours qui vous piquent, certains doutes qui

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