‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 314 sur 323 · Saint-Simon · texte numérisé non relu

Saint-Simon

3. Carême. Mercredi de la l" semaine, sur la Religion chrHienne^ l« partie, t. II, p. 222.

puissantes énerj^ies morales pour les réparer. C'est là le trait dominant des mœurs de cette époque, et ce qui les distingue profondément de celles des temps qui suivirent. Au dix-huitième siècle, la licence sera, sinon plus scandaleuse, du moins plus générale encore, et l'on ne se repentira plus.

Ces conversions exemplaires, ces repentirs héroïques^ comment ne point les attribuer pour une grande part aux prédicateurs qui, pendant tout le règne de Louis XiV, ont fait retentir la chaire chrétienne de tant de discours éloquents? Qui saura jamais combien d'àmes pécheresses ont été ramenées à Dieu par le seul Bourdaloue? Mais si les orateurs sacrés agissent sur leur temps, leur temps se reflète en eux; les caractères de leur prédication dénotent l'état des esprits qu'ils s'efforcent de convaincre et des cœurs qu'ils réussissent à convertir. Or, nous l'avons dit, ni la prédication austère de Bourdaloue, toute de dialectique et de théologie morale, n'eût été possible, ni l'admiration soutenue qu'il obtint durant toute sa carrière dans l'élite de la société d'alors ne pourrait s'expliquer, si les àraes n'eussent conservé, au milieu de tous les dérèglements, un respect profond et un goût sérieux des grandesvérités morales et religieuses, si elles n'eussent été encore toutes pénétrées de christianisme. Ainsi Bourdaloue, par son existence même, par la nature et par les succès de^ son enseignement chrétien, rend témoignage en faveur de son siècle. Ses sermons révèlent, on sait avec quelle précision vigoureuse, des vices de toute sorte, une corruption déjh profonde, une décadence générale et prompte, qui annonce et prépare le dix-huilième siècle. Mais ce qui fait bien sentir que nous ne sommes pas encore au dix-huitième siècle, ce qui corrige heureusement tous les justes reproches que Bourdaloue prodigue aux grands qui l'écoutent, au clergé, à la cour, au roi lui-même, ce qui atténue sans les effacer tant de vérités accablantes, c'est qu'il se soit rencontré un pareil prédicateur pour les dire, et, pendant trente-quatre ans, un pareil auditoire pour lesentendre.

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