Lettre du t2 janvier
2. l^i-éface du 1*. Bretonneau. Édition de Versailles, t. I, p. XLV.
ceux qui ont beaucoup à regretter en ce monde ou beaucoup à expier. Les cas réservés à Bourdaloue n'étaient pas d'ordinaire les plus faciles. On ne consulte un médecin en renom que dans les complications graves : de même on appelait Bourdaloue lorsque le salut du mourant inspirait des inquiétudes par un attachement excessif aux biens de la vie, ou par un long éloignement des choses de Dieu. Ainsi nous trouvons Bourdaloue au lit de mort de madame de Monaco, célèbre par toute une vie de plaisirs et de galanteries 1. Un mot d'une lettre de Louis XIV à Colbert 2 nous donne à croire que Bourdaloue assista encore au moment suprême cette belle duchesse de Fontanges, idole adorée quelques mois, puis rejetée avec mépris, et que le chagrin ou le poison fit mourir à vingt ans. Quand le chevalier de Hohan fut condamné à mort, comme criminel d'État, la triste mission de le préparer au supplice et à l'éternité fut confiée àBourdaloue. Cette fois, son pénitent, ne pouvant se résigner à mourir, s'il faut en croire le récit de Bayle, un peu suspect, il est vrai, lui donna peu de consolation •*. H en eut davantage avec le maréchal de Luxembourg, qui trouvait matière dans sa vie, et jusque dans sa vieillesse, à bien desaclesde contrition. « Je n'ai pas vécu comme M. de Luxembourg, dit Bourdaloue en le quittant, mais je voudrais mourir comme lui *. » Car ce prédicateur, si menaçant quand il tonnait du haut de la chaire contre les conversions tardives, savait, dans les occasions particulières, répondre aux questions des curieux par des