‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 34 sur 323 · Édition d'Amsterdam, 1772, t. III, p · texte numérisé non relu

Édition d'Amsterdam, 1772, t. III, p

Maison professo do la rue Saiiit-Aiitoins, vivait dans la iimilianté de Bo jrdaloue, et fut inconsolable de sa mort. Il nous a laissé dans une page de ses Mémoires l'expression touchante de son aaiitié et de sa douleur. « Bourdaloue, dit-il, le plus grand prédicateur de so:i temps, et l'homme qui me fut le plus cher, soit à cause de son extrême bienveillance pour moi, soit à cause de la candeur de son àme, au fond de laquelle on lisait, tant elle était transparente et pure ! Nul n'était plus aimable, d'un esprit plus charmant, d'une gaieté plus sympathique. Depuis plusieurs années, je le voyais presque tous les jours chez moi, où il venait le soir, et oià il me racontait complaisamment et avec amitié tout ce qu'il avait appris de nouveau ^ ».

Ces sentiments furent partagés par tous ceux, qui fréquentèrent Bourdaloue. La lettre du P. Martineau, son confesseur, celle de Lamoignon, louent également sa franchise, sa simplicité, la bonté de son cœar, la sûreté de son commerce, et témoigiîent qu'il n'était pas possible de rappr.)cber sans raimjr, pas plus que de l'entendre sans l'admirer.

VU

Doué de tant de qualités si bien faites pour gagner les cœurs, en relations suivies avec Lamoignon et avec les plus hauts personnages, estimé de plusieurs ministres, autrefois précepteur de Louvols, s'il faut en croire madame de Pringy, allié à la famille de Ghamillart, soutenu de la confianc3 du roi et de madame de Maintenon, Bourdaloue pouvait sans aucun doute exercer une grande influence sur les affaires de son temps. Il s'en défendit avec soin. On ne voit pas qu'il ait eu aucune part à la révocation de l'Édit de Nantes. Un passage d'une hislraction qu'il écrit pour madims de Miinlenon no permet pas de douter qu'il

1. Mémoires do Daniel Uuot, traduits par Charles Nisard, p. 2ii.

n'ait été instruit do son mariage secret avec Louis XIV *. Il ne lui refusa ses conseils ni à 1 époque où elle rédi-^ea les rendements de Sainl-Cyr, ni dans l'afiaire du (juiélisme, où elle faillit se laisser prendre aux erreurs de madanaeGuyon. Mais dans cette dernière circonstîince, où la jmreté de la foi était d'ailleurs en jeu, comme dans toutes les autres, Bourdalouc ne fit que répondre aux demandes qu'on lui adressait; il ne prit pas les devants. Trop sage pour rechercher le commerce des grands ou pour le l'ulr, il resta supérieur à toutes les intrigues, à toutes les cibales, et ne s'ingéra en rien dans 1;» politique humaine.

C'était toujours aux intérêts de Dieu et de la vérité qu'il songeait, même quin 1 il se mêlait au monde. Combieii de préjugés peut-être il a fait évanouir, combien d'àmes il a doucement disposées aux résolutions sérieuses et aux décisifs retours, dans la familiarité de simples entretiens, sous les ombrages de Bà ville! Ses dehors iiiêracs, la franchise dt; ses allures, la sincérité de son accent, son enjouement aimable et naturel, sans rien de contraire à la gravité de son caractère et de son habit, exerçaient une inlluence salutaire sur tous ceux q li conversaient avec lui. J'aime à reconnaître sa pi-opre image dans ce portrait qu'il a tracé lui-même du religieux tel qu'il doit se montrer dans le monde.

(( De même qu'il y a pour les personn3s du monde des ])'enséances du monde, il y a pour les religieux des bienhéince? religieuses... C'est particulièrement aux religieux que convient l'avis de l'Apôtre, lorsqu'il disait aux premiers fidèles : Faites voir en tout votre modestie. Elle paraît dans l'air, dans le maintien, dans le geste, dans le son de la voix, dans les termes et les expressions, dans tout l'extérieur. Ce n'est pas qu'elle ait rien d'affecté, ni.de trop étudié : l'affectation n'est bonne nulle part, mais sans aucune contrainte ni aucune gène, cils évite certains airs

1. « Quand il vous anivera de vous coucher devant la personne que vous nie maniu ^z... » et Ijs daiuos de Saint-Cyr meltjnl en note : déliant le Roi.

trop évaporés, certains mouvements trop précipités, certains gestes trop peu mesurés, certains éclats de voix trop élevés, certaines paroles et certaines expressions trop fami- Hères, surtout avec des séculiers... Une âme recueillie et qui porte partout la présence et la vue de Dieu ne s'abandonne [.oint de la sorte à ses vivacités naturelles. Elle est honnête et affable, mais sans s'épancher tant au dehors ni entrer en de si grandes agitations : elle n'est ni sauvage ni mélancolique, mais au milieu de sa joie et dans les démonstrations qu'elle en donne, elle ne perd rien de tout le sérieux qui la doit tempérer : elle ne demeure point dans un triste silence, mais elle ne cherche point aussi à tenir seule la conversation, ni à maîtriser tous ceux avec qui elle traite : elle dit simplement ce qu'elle pense, et laisse à chacun le loisir de s'expliquer à son tour, n'interrompant jamais, et toujours plus prête à écouter qu'à se faire entendre *. »

Animé de ces dispositions, toujours dirigé par la pensée de Dieu,Bourdaloue, selon sa propre expression, allait dans le monde « comme l'ambassadeur d'un prince va dans un pays étranger 2 ».

Il ne se laissait ni dissiper ni distraire. Toujours aussi assidu à célébrer les saints mystères, il passait auprès du Tabernacle les premiers et les plus heureux moments de sa journée. Il aimait à parer les autels de sa propre main. La peinture pleine de vie et d'allégresse qu'il nous a laissée des processions du Saint-Sacrement ^ fait voir quel ravissement les grandes cérémonies du culte causaient à son âme.

Souvent il regretta de ne pouvoir, serviteur obscur, se livrer tout entier aux exercices du saint ministère et aux pratiques continuelles d'une humble piété. Il se sentait parfois succomber sous le poids de sa tâche. L'éclat de sa renommée l'effrayait sans l'exciter. « J'ai plus à me

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