‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 35 sur 323 · Ei^mi d'Octave du Saint-Sacrement, t. XV, p. 429 sqq · texte numérisé non relu

Ei^mi d'Octave du Saint-Sacrement, t. XV, p. 429 sqq

défendre du découragement que de la présomption, » disait-il lui-même. Enfin il demanda à ses supérieurs, dans une lettre simple et touchante *, la permission de réaliser ces vœux de retraite et de solitude qu'il caressait depuis si longtemps. La permission, dabord accordée, fut retirée. Hourdaloucse soumit sans murmure : mais ses forces n'étaient plus à la hauteur de son zèle.

Il prêcha son dernier sermon un des premiers jours do mai 170't, dans un couvent, pour une prise d'habit.

Le dimanche de la Pentecôte, 11 mai, il dit encore la messe. Le soir il tomba malade. Il jugea aussitôt ([ue la maladie serait courte et mortelle. « Il faut maintenant, ditil, ([ue je fasse ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres. » Il demanda les sacrements, les reçut avec une grande piété, et témoigna à plusieurs reprises par des paroles toutes saintes le grand amour de Dieu qui l'animait. Le lundi soir, il perdit connaissance, et le lendemain, mardi 13 mai, à cincj heures du matin, il expira.

Sa fin couronnait dignement sa vie. Voué à l'état religieux depuis cinquante-six ans, et depuis plus de quarante au ministère de la parole, il mourait épuisé par la prédication et victime de l'obéissance ^.

1. Le V. Brotonneau a cité celte lettre tout entière dans sa Préface.

2. II a été fait deux portraits de Bourdaloue: l'un, peint j ar niadeinoiselle Ghéron, et gravé par Rochefort, quand le céléhre jésuite était encore joune ; l'autre, peint i)ar Jouvenet après la mort de IÎmiikUiIouc, et f,M-avé par Siinonneau. Ce dernier est le plus connu.

' celui qui fut envoyé par la présidente de Lanioignon à Boileau.

t celui qui se trouve en tète du premier volume des (S-luvies de

daloue, publié par le P. Bretonneau en t7u7. On lit au-d(>ssous

■rset du psaume 118 : Loquehar de te.tlhnoniis luis in conspeciu

' :nnn, El meditabar m mandalis luis. Bourdaloue est repiésenté as-

-i-. ;iuprès d'une bibliothèque, les yeux fermés, les mains jointes et

|i<i>èes sur ini in-1'olio ouvert. Il est évident que le peintre, n'ayant

d'autre modèle qu'un visage inanimé, n'a pas voulu re|»rèsenler

rhumine de parole, mais l'homme de méditation, et que c'est la

|seconde partie dû verset, medilabar in mandalis luis, qui est réalisée

"dans le portrait. La ligure est plutôt maigre, le nez fin et long; des

N eux qui s'entremêlent linrement couvrent en partie, sans le

HT, un front haut et large: la bouche mince et un peu serrée

lile sourire légèrement; la physionomie est grave, bienveillante

§ II. — Bibliographie.

Après avoir rappelé ce que nous savons de la vie et di caractère de Bourdaloue, il faut faire en quelques mot l'histoire de ses œuvres.

Donnons d'abord le relevé complet des diverses station: prêchées par Bourdaloue à la cour et dans les paroisses d( Paris, depuis ses premiers serm(\js à l'église de la Maisoi professe jusqu'à sa mort ^

Bourdaloue prêcha :

En 16G9, l'Avent à l'église de la Maison professe;

En 1670, les dimanches de Carême à la même église, l'Avent à la cour;

En 1071, le Carême à Noire Dame, l'Avent à Saint-Jean en-Grève ;

En 1672, le Carême à la cour;

En 1673, le Carême à Saint-Eustache ;

En 1674, le Carême à la cour;

En 1675, le Carême à Saint-Germain-I'Auxerrois;

Eu 1676, le Carême à la cour, l'Avent à Saint-Gervais

En 1677, il n'est désigné pour aucune paroisse;

eiiinc. L, ariisic parait avoir Dien saisi cet instant lugitii, mais C( solant après les saintes morts, où les contractions de l'agonie ( disparu, où la décomposition suprême n'apparait pas encore, et les traits reposés reprennent leur expression habituelle, dernière

et fine. L'artiste paraît avoir bien saisi cet instant fugitif, mais con

on oi (pression Habituelle, dernière e passagère empreinte que l'âme semble laisser, comme un adieu, ai visage qu'elle animait.

1. Nous donnons ce relevé d'après la Liste véritable et général. de tous les prédicateurs (I646-I700), souvent confirmée par les té moignages du temps, notamment par madame de Sévigné et i>ai Dangeau.

UIBLIOURAPUIE 35

En 1078, il prêche le Carême à Saint-Sulpice ;

En 1()79, le Carême à Sain t-Jac(|ues- la-Boucherie ;

En 1()80, le Carême à la cour;

En lOSl, le Carême à Saint-Germain-rAuxerrois;

En 1()82, le Carême à la cour;

En 1683, le Carême à Saint-Paul;

En U)8'i, l'Aventà la cour;

En Ui8o, le Carême à Saint-Roch, l'Avent à Montpellier;

En lfi86, le Carême à Montpellier, l'Avent à la cour;

En 1687, Bourdaloue n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1()88, il prêche le Carême à Saint- Eustache;

En 1689, nous savons par le Journal de Dangeau qu'il prêcha le 2 février, jour de la Purification, devant le roi, et par la Liste des prédicateurs «ju'il dut prêcher tout le moisd'aoùt « jusqu'à la Notre-Dame de septembre, » à l'église des jésuites; celte même année, il prêche l'Aventà la cour;

En 1690, il prêche l'Aventà Saint-Nicolas-des-Charaps ;

En 1691, l'Avent à la cour;

Eu 1692, leCarêraeà la Salpêtrière, l'Avent à Saint-Paul ;

En 1693, l'Avent à la cour;

Eu 1694, il n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1693, il prêche les mercnnlis de Carême à Saint-Germain en-Lave, « devant LL. MM. Britanniques; » l'Aventà Saint André-des-Arcs ;

En 1696, il n'est désigné pour aucune paroisse;

En 1697, il prêche l'Avent à la cour;

En 1698, on ne le voit encore désigné pour aucune paroisse;

En 1699, il prêche le deuxième dimanche de Carême et le jour de Pâques aux Nouvelles Catholiques, rue Neuve- Sainte-Anne, et, pendant l'Avent, le jour de la Conception et le jour de Noël SiU\ Enfants rouges;

En 1700, on ne trouve aucune mention de Bourdaloue^ ni pour le Carême, ni pour l'Avent ^ ;

1. Ces cinq années, 1687, 1694, 1696, 1698 et 1700, où l'on ne ren-

En 1701, ilouvre l'oclave de l'Immaculée Conception, le jeudi 8 décembre, aux Recollettes de la rue du Bac ;

En 1702, il prêche ledimanchede Quashnodo à kil/^rcy, près l'hôtel de Guise ; le premier dimanche de l'A vent et le jourdeNoël aux Nouvelles Catholiques, rue Sainte-Anne ;

En 1703, il prêche le jour de l'Annonciation au Sang précieux, rue de Vaugirard ;

En 1704, le dimanche gras, pour les prières des quarante heures, à Saint-Étienne-du-Mont.

On se souvient que Bourdaloue prêcha encore pour une prise d'habit huit jours avant sa mort. Il lit, en outre, un grand nombre de sermons de charité, d'exhortations, d'instructions familières dont nous possédons plusieurs. Enfin nous savons qu'il allait souvent dans les provinces donner des sermons les dimanches ou les jours de fête. En 1694, il prêcha à Meaux, dans l'église cathédrale de Bossuet, et le grand évêque, après l'avoir entendu, écrivait : {( Il nous a fait un sermon qui a ravi tout notre peuple et tout le diocèse '. »

En résumé, Bourdaloue prêcha de 1669 à 1704 trente stations, presque toutes complètes, dont cinq Carêmes et sept Avents à la cour, sans parler de ses prédications antérieures et de tous les discours isolés qu'il prononça dans les intervalles de ces stations.

Il nous reste de Bourdaloue :

1« Deux Avents, contenant chacun six sermons, un poui la fête de tous les Saints, quatre pour les quatre dimanches de la station, et un sermon de clôture prononcé le jour de la Nativité. Tous les sermons des deux Avents ont été prêches devant le roi ;

contre pas le nom de Bourdaloue dans la LiHe des prédicateurs, ^onl peut-être celles où il alla prêclior on province des Dominical,- ■. 1 est vrai que le P. Brelonni>au dit qu'il n'ai:a ainsi en provim-r qui quatre années depuis son retour a Paris. Mais on peut suppose! sans invraisemblance qu'il y eut aussi une année consacrée au repos \. Lettre de Bossuet à madame d'Albert de Luynes, reli'4i<Mise di Jouarre Cette lettre est datée du 4 août tt)94, et se trouve ai tome XXXIX p. 280 des Œuvres complèt.^s de Bossuet, édition d( N ersaiiles — V. aussi le SantoUana publié par M. Diuouarl, Paris 1764, p. 102, r f , -

HlliLKXJUAl'IUR 37

2° Un Carême, comprenant trente-cinq sermons, dont quinze furent prononcés devant le roi, trois devant la reine, et un devant Âlonsieur, frère du roi ;

3" Un recueil intitulé Doyninicales, c'est-à-dire sermons pour tous les dimanches de l'année, excepté ceux de TAvent et du Carême, ainsi que les dimanches de Pâques, de Quasimodo, de la Pentecôte, de la Trinité et du Saint- Sacrement. Le recueil des Dominicales se termine dans quelques éditions par une hojnetie sur Tevangile de CAveurjlené, qui est celui du mercredi de la quatrième semaine de carême : en tout, trente-huit sermons ;

4" Vingt-trois sermons sur les Mi/sières, auxquels est joint un sermon pour r ouverture du Jubilé de 1700 ;

5" Des Panegi/r!rjues, ou plutôt des sermons pour la fête des plus grands saints de l'Église, au nombre de seize ;

6° Six sermons sur l'état religieux, pro.joncés pour des vétui'es ;

7" Deux Oraisons funèbres, celle de Henri II de Bourbon, prince de Condé, et celle du grand Gondé, son fils; on réunit ordinairement aux deux oraisons funèbres un fra:!^ment de sermon où Bourdaloue fait l'éloge du président de Lamoignon, son ami, <|ui venait de mourir, et un panégyrique inachevé de saint Benoit, que Bourdaloue avait préparé pour une communauté de Bénédictines.

8" Vingt-deux h^xhort a t ion s^doni sept sont des sermons de charité, cinq sont destinées à des religieux ou à des ecclésiastiques, et les autres ont pour sujet les principales circonstiuices de la Passion de Jésus-Christ;

9' Douze Instructions, contenant des avis spirituels et des rèjles de conduite que Bourdaloue donna à diverses persouiies qui le consultaient ou «jui s'étaient mises sous sa direct. on ;

10° Des Pensées sur divers sujels de religion et de morale. Elles sont divisées en neuf articles ; dans chaque article se trouvent d'abord des morceaux assez étendus qui forment comme plusieurs chapitres, puis des Pensées détachées^ se rapportant au sujet de l'article.

11° Un Essai dWvent, resté inachevé, mais qui devait

être très complet, car il comprend des desseins de sermons pour tous les jours de l'A vent, et un Essai d'Octave du Saint-Sacrement, comprenant aussi des desseins de sermons pour tous les jours de cette octave ;

12° Une Retraite spirituelle à l'usage des communautés religieuses^ comprenant une Méditation pour la veille de la retraite, et, pour chacun des huit jours de cette même retraite, trois Àlédilations suivies du ne Considération.

Cet ensemble, djjà si vaste, erabrasse-t-il tous les discours que Bourdaloue a composés et prononcés dans sa carrière de prédicateur ? Il sulïirait, pour s'assurer du contraire, de comparer entre elles les deux listes que nous venons de dresser, l'une des stations prêchées par Bourdaloue, l'autre des œuvres qui nous restent. Le P. Bretonneau, son premier éditeur, déclare, il est vrai, qu'il donne « une édition complète des œuvres du P. Bourdaloue », et qu'il ne veut rien laisser perdre « d'un si riche fonds ». Mais il faut entendre par là que le P. Bretonneau publie tout ce qu'il a trouvé dans les papiers de Bourdaloue. c'està-dire tout ce que Bourdaloue avait conservé. Bourdaloue, nous le savons encore par plusieurs témoignages contemporains \ se répétait souvent : on ne saurait néanmoins admettre que les discours qui nous sont parvenus aient pu suffire à une prédication de plus de quarante années consécutives 2.

D'ailleurs les écrivains du temps parlent expressément de plusieurs sermons de Bourdaloue que nous cherchons en vain dans ses œuvres. Par exemple, nous lisons dans

1. V. les lettres de madame de Sévigné du i" avril 1671, du 1" mai 1680, etc., ot le mot de Louis XIY que nous avons déjà ote ; « .1 aime mieux vos redites que les nouveautés des autres. »

2. Cependant l'abbé Hurel l'admet dans son livra sur les Orateurs sacres à la cour d^ Louis XIV. et cette erreur, qu'il pose en principe, en entraîne d'autres, ainsi que nous le verrons un pou plus loin.

^" ^'unial de Dangeau, à la date du mercredi 23 déceml)re 1, que Bourdaloue, à la lin de son sermon, lit un compliment au roi sur le rétablissement de sa santé; « le plus touchant, ajoute Dangeau, et le plus pathétique que j'aie jamais entendu. » Or tous les sermons pour la fête de Noël que nous possédons contiennent le compliment d'usage au roi, et aucun de ces compliments n'a trait au rétablissement de sa santé. Le sermon prononcé par Bourdaloue le jour de Noël 1680 est donc perdu.

De même Saint-Simon nous apprend que, le jour de l'Annonciation de l'année 1()97, le P. de La Hue, qui prêchait devant le roi, tonna contre le quiétisme, et que, le mémo jour, le P. Gaillard et le P. Bourdaloue firent de même dans les chaires de Paris qu'ils remplissaient. Voilà encore un sermon que nous n'avons pas. il ne nous reste que deux sermons pour la fête de l'Annonciation, prêches tous deux devant le roi, dont aucun par conséquent ne date de 1097, puisque c'était le P. de La Rue qui prêchait à la cour cette année-là, et on ne saurait d'ailleurs trouver dans l'un ni dans l'autre de ces deux discours un seul mot qui puisse se rapporter au quiétisme.

Selon toute probabilité, Bourdaloue avait lui-même détruit ou laissé perdre un grand nombre de ses sermons; tout au plus en avai;-il gardé quelques fragments à l'état de notes, que le P. Bretonneau a sans doute fait entrer dans le recueil des Petisces.

Comme les manuscrits de Bourdaloue nous manquent, il nous est impossible de savoir avec certitude si, à défaut de tous les discours de Bourdaloue, nous avons du moins le texte exact de cet orateur, ou si ce texte n'a pas subi ces altérations, ces prétendus embellissements qu'un éditeur posthume infligeait souvent à son auteur avec un zèle aussi bien intentionné que regrettable. Les lignes 'suivantes du P. Bretonneau donnent bien de l'inquiétude; parlant du travail que lui a coûté la publication des Pensées : « Tout cela, comme on le juge assez, dit-il, demandait que l'édiîteur mît un peu la main à l'œuvre, pour disposer les majtières, pour les lier ouïes développer, pour les finir et leur

donner une certaine forme ; mais je n'ai rien fait à l'égard de ce recueil de Pensées, que je n'eusse déjà fait à l'égard des Sermons, Exhortations, Instructions, et de la Retraite spirituelle du même auteur ^ »

Peut-être ne faut-il pas donner trop d'importance à ce! aveu, si grave qu'il paraisse. Ailleurs, et à plusieurs reprises, le P. Bretonneau lui-même fait profession de reproduire le texte de Bourdaloue avec une scrupuleuse fîdélitéj ou plutôt encore de le rétablir; car du vivant de Bourdaloue, dès 1692, il avait paru un recueil de Sermons pou? tous les jours de carême ^, attribués au célèbre jésuite, mais tellement défigurés qu'il n'avait pu s'y reconnaîtra et les avait publiquement désavoués. L'éditeur inconnu qui publia ce recueil apocryphe ne nous en a pas moins rendu service en inspirant au P. Bretonneau le désir de donner « les vrais sermons du P. Bourdaloue, )) comme il les appelle lui-même, pour les opposer à ces « copies imparfaites 3 ». La fausse édition nous est donc en quelque manière une garantie de l'exactitude de la vraie.

Ajoutons que, si l'on veut se donner la peine de parcou rir les très médiocres sermons que le P. Bretonneau, prédicateur à son tour, nous a laissés *, celte lecture achèvera de rassurer les plus méhants. L'inégalité est trof grande entre les sermons que le P. Bretonneau prononce et ceux de Bourdaloue qu'il édite, pour qu'on le soupçonne de ne pas s'être assez oublié lui-même. 11 a pi faire des corrections de détail, peut-être quelques remaniements partiels. Nous mettrions volontiers à son compte certaines lenteurs dans les transitions, certaines reprises explicatives un peu diffuses ou redondantes qu'on remarque parfois chez Bourdaloue : en somme, ces changements ne peuvent altérer d'une manière sensible ni k fond ni la forme.

Cependant l'édition qu'a donnée le P. Bretonneau, ei

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