XII NOTICE
un tableau d'histoire à tracer;, peut-être une piquante
galerie à ouvrir de portraits pris sur le vif.
Cô fut Bourdaloue qui attira surtout l'attention d'A. Feugère. Par une heureuse circonstance, le sujet n'avait été que touché par les maîtres de la critique. Sans rien perdre du profit qu'il pouvait tirer des travaux précédents, A. Feugère concevait son œuvre dans de tout autres proportions, et cela seul lui permettait de croire qu'il y laisserait une empreinte personnelle.
A. Feugère se mit donc au travail avec cette décision et cette suite qu'il portait dans toutes ses actions. Avonsnous à le suivre dans les années d'application tout à la fois à ses devoirs professionnels et à ses études littéraires, et faut-il dire que l'intérêt qui l'attachait également aux unes et aux autres lui en déroba souvent la fatigue? La vie, d'ailleurs, semblait seleverpour lui facile et souriante. Elle parut même vouloir Jui donner plus qu'il ne lui demandait. La réputation du jeune professeur s'étendait. Ses chefs hiérarchiques, les familles, les élèves furent bien vite gagnés par la précision de son enseignement, par la solidité de sa science, la grâce et l'élévation de sa parole, par le don qu'il avait en propre de provoquer les efforts, d'éveiller les intelligences endormies, d'exercer sur les esprits une influence morale d'autant plus profonde que son action était plus enveloppée de douceur. On lui offrit le préceptorat du prince Impérial. La pensée bienveillante qui avait inspiré cette offre le toucha, mais il la déclina sans 'hésiter, résolu à ne se laisser envahir sur aucun pointdans la liberté de son travail et dans l'unité de sa vie. Et cette unité, il l'avait placée dans son double devoir de professeur et d'écrivain. Aussi, après deux années d'enseignement au Puy et à Grenoble, fut-il heureux de sa nomination à la chaire de rhétorique du collège Stanislas : le retour à Paris^ en lui rendant les intimes bon-
NOTICE xin
heurs de la famille, le replaçait aussi dans les plus favorables conditions pour l'achèvement de son travail. La joie de ce retour se complétait bientôt pour A. Feugère par son mariage avec mademoiselle Céleste Demante, la lille de 1 erainent professeur de l'École de droit, et jamais alliance ne réunit deux âmes mieux faites pour se comprendre, pour s'exciter au bien, pour se soutenir contre les épreuves, quand ilie faudrait, et aussi pour ne gâter par aucun malentendu la part de bonheur qu'il plairait à la Providence de leur accorder.
Ces quelques années — hélas bien rapides! — sont de celles qui n'ont pas d'histoire : pages blanches de la vie bien vite retournées! A. Feugère, grâce à cette activité réglée qui faisait sa force, voyait sa tâche avancer rapidement, heureux dans ce foyer tout éclairé de tendresse, et que deux berceaux venaient bientôt égayer encore, quand l'épreuve la pluscruelleet la plus imprévue s'abattit sur lui. Sa jeune femme mourut, après quelques mois d'une souffrance admirablement supportée. Il n'y eutdela partd'A. Feugère aucune révolte. Dans ses longues lectures des orateurs sacrés, il avait appris à connaître la fragilité du bonheur humain, et il savait l'immuable réponse de la foi aux demandes impatientes et irritées de notre douleur. Il ne douta pas un instant que Dieu doublerait ses forces puisqu'il doublait ses devoirs. Puis le cœur déchiré, mais l'âme apaisée,il revintà sonœuvre,il l'acheva.n'ajoutantà sapréfacequ'uneallusiondiscrètequifaisaitentendrecomment la sévérité toute chrétienne de son sujet lui avait permis de reprendre ce travail si douloureusement interrompu.
Le livre d'A. Feugère était presque achevé et il désirait le présenter d'abord â la Faculté des Lettres afin d'obtenir le grade de docteur. Aussi éprouva-t-il un loger erabarres quand l'Académie française mit précisément cette année même (1873) au concours l'éloge de