‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 42 sur 323 · COMPOSITION KT METHODE · texte numérisé non relu

COMPOSITION KT METHODE

j. État de la préiication et en gi>néral de la littérature an moment où parait Boardaloue. — Quelle idée il se fait de Téloquence saciée. — Principes qui le dirigent. — r.an.clères généraux de sa pi-édication. — II. Fécondité de Bourdaloue. — Sa méthcdo. — Typt> uniforme de ses discours. — III. Choix du texte. — Réponse à la critique de Voltaire. — Comment le texte amène le sermon. — IV. Divisons. — Discussion de la critique de Fénclon contre l'usage dos divisions. — Comment Boui-daloue procède pour diviser. — V. Subdivisions. — Décomposition successive des idéoi*. — Procédé* de développement. — VI. La dialectique. — Bourdaloue s'y complaît. — Force etquelquefois abos de la dialectique dans ses sermons. — VII. Bourdaloue apprenait par cieur et récitait de mémoire. — Discussion des critiques de Fénelon sur cette oiétbode. — Caractère trop exclusif des théories de Fénelon.

Quand Bourdaloue parut, une grande et heureuse réforme s'était lentement accomplie dans l'éloquence sacrée comme dans l'Église elle-même. Des prêtres ou des religieux vraiment animés de l'esprit clirétien, et dont la critique a récemment remis en kimièrelesnoms trop oubliés *, faisaient écouter depuis trente ans dans les temples, sinon

1. Voy. Jacqiiinet, des Prédicateurs du XVÏl* siècle avant Bossuet, Didier, iS63, et l'ouvrage dtl'jà cité de M. l'abbé Hurel, les Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV.

les accents de l'éloquence soutenue, du moins les enseignements d'une prédication saine et grave. Les disciples de M. de Bérulle ou du W Caussin, les Senault, les Le Jeune, lesLingendes, avaient peu à peu dégagé la parole sainte des grossiers défauts qui, aux époijues précédentes, l'avaient compromise et déshonorée. Enfin Bossuet venait de prêcher presque sans interruption pendant dix ans. Les grandes traditionsde l'antique éloquence chrétienne étaient retrouvées.

Toutefois les défauts des prédications antérieures, quoique moins répandus chaque jour et moins applaudis, s'étaient jusqu'alors maintenus: le mauvais goût ne rend pas si promptemcnt les armes; et, comme il arrive d'ordinaire aux époques de transformation, l'esprit public n'avait pas fait nettement la part des admirations légitimes et des succès usurpés, ni distingué précisément la fausse éloquence de la vraie. Il semble que la grande voix de Bossuet aurait dû tout aussitôt iixer ces incertitudes et dissiper ces confusions. On sait qu'il n'en fut pas tout à fait ainsi. Prétendre que le génie de Bossuet dans le sermon fut méconnu de son temps serait sans doute une exagération, et, ce (jui le prouve, c'est qu'en huit ans, de 1662 à 1660, Bossuet fut appelé à prêcher quatre stations devant le roi. Bien des témoignages nous apprennent qu'on était habitué à l'admirer, et que, toutes les fois qu'il devait prêcher quel([ue part, on attendait beaucoup de lui. Cependant il reste vrai que Bossuet, comme sermonnaire, ne fut pas distingué par ses contemporains autant qu'on le souhaiterait. Cette éloquence originale, un peu abrupte, unissant tous les contraires, passant delà théologie la plus haute à une familiarité toute populaire, pleine d'images, de mouvements, de brusqueries sublimes, n'était peut-être pas en harmonie avec les tendances d'une époque (jui, en toute chose, sentait surtout le besoin de la Wgle, de la discipline, de la perfection mesurée et soutenue, il en fut de Bossuet comme de ces pics élevés dont les habitants des vallées les plus proches ne mesurent pas bien la hauteur: il faut être à distance pour voir combien leur cime dépasse

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