‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 43 sur 323 · LA PRÉDICATION AVANT BOURDALOUK · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION AVANT BOURDALOUK

lous les sommets d'alentour. N'oublions pas d'ailleurs que Bossut't fut de bonne heure distrait de la prédication par beaucoup d'autres devoirs, qu'eu lui le piécepteur, l'évèque, l'apologiste, le docteur iirent un peu oublier l'orateur sacré, et qu'enfin sa {gloire de sermonnaire se perdit pour ainsi dire dans ses autres gloires *.

L'Avent de 1009 fut !a dernière station (lueBossuet prêcha à la cour : l'Avent de 1070 fut, on s'en souvient, la première qu'y prêcha Bourdaloue. C'était débuter au moment le plus favorable.

Dans rélocjuence comme dans la poésie, au théâtre aussi bien que dans les salons, partout le faux et le précieux étaient décidément vaincus. Boileau avait publié presque toutes ses saliies, Molière donné tous ses chefs-d'œuvre, à l'exception des Femmes savantes; liritannleus suivait de près Aiulromaque ; les premières Fables de La Fontaine étaient dans toutes les mains ; on lisait les Maidmes de La Rochefoucauld et les Provineiales de Pascal ; on allait lire les Pensées : cette grande époque brillait de son éclat le plus vif et le plus pur. Dégoûté des atleetations ampoulées et des prétentions érudites auxquelles un grand nombre de prédicateurs ne renonçaient point encore, le siècle attendait un sermonnaire ([ui résumât en lui tous les mérites dont les Senault, les Le Jeune et les Lingendes avaient donné des modèles parfois admirables, mais toujours incomplets. Cet orateur, les contemporains n'avaient pas su

1. C'est ce qu'il faut répondre à M. l'abbé Hurel, qui s'étonne que Bossuct n'ait presque pas reparu clans la chaire royale après 1670. Bossuet lut absorbé par d'autres soins. « Ou ne voit pas, dit M. labbé Hurel, en i[uoi les fonctions de piécepteur du Dauphin

Rouvaient priver la première cliain; de France » de l'éloquence de ossuet (T. I, p. 214). Cela pourrait être vrai d'un précepteur ordiire, mais non de celui qui composait, pour l'éducation de son l've, le niscours sur l'Histoire Univemdle, le Traité de la connaissance de [lieu et de soi-même, tant d'autres ouvrages encore, jusqu'à des grammaires et à des fables. (Voy. le livre de M. Floquet : Bossuet précepteur et évoque à la cour.) 11 quittait le Dauphin lo moins possible : il y était pourtant obligé quelquefois dans l'intérêt de la religion. « Le lendemain, je partis de Varis pour revenir à mon devoir, » dit-il dans la relation de sa conférence avec le ministre protestant Claude. (Floquet, ouvrage cité.)

le reconnaître dans Bossuet; ils le saluèrent dès le premier jour dans Bourdaloue. L'avènement de notre prédicateur marque le dernier terme et le point d'arrivée de ce long mouvement progressif qui régénéra dans notre pays la prédication chrétienne. Avec Bourdaloue, l'éloquence sacrée s'arrête et se repose dans la plénitude de sa force et de sa maturité.

Il trouva donc le terrain préparé, la voie ouverte. Il connut les sermons de ses prédécesseurs, assista sansdoute à quelques-uns, lut avec soin ceux qui avaient été conservés, les étudia, en analysa les procédés, et parfois ne dédaigna point d'y faire des emprunts. Le P. CI. de Lingendes, jésuite comme lui et dont les sermons, recueillis en latin, étaient devenus le trésor commun de la compagnie, eut le privilège d'imitations tout à la lois plus fréquentes et plus exactes. Notons aussi que ce logicien serré, qui était en même temps moraliste sévère, dut plaire à Bourdaloue par une singulière conformité de caractère et d'esprit. Bourdaloue lui emprunte tantôt un court passage qu'il traduit fidèlement, tantôt même l'idée générale d'un développement assez étendu, ([ui trouve naturellement sa place dans un sermon analogue. On a relevé la plupart de ces incontestables similitudes ^ Une comparaison attentive de Bourdaloue avec les autres prédicateurs de l'époque précédente découvrirait également entre eux et lui quelques analogies beaucoup plus rares et pluslointaines, mais encore sensibles '^. Quoi qu'il en soit, ces imitations (si même il convient de leur donner ce nom) sont des curiosités de détail, sans importance dans l'œuvre immense de notre prédicateur, et qui n'altèrent en rien son intime et profonde originalité.

Avant d'annoncer la parole de Dieu, Bourdaloue s'était fait sur les devoirs du prédicateur, sur le but qu'il doit

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