‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 44 sur 323 · Jacquinot, ouvr. citt', p. 238, sqq · texte numérisé non relu

Jacquinot, ouvr. citt', p. 238, sqq

2. Les plus roiuarquables, ou plutôt les seules frappantes, sont <les analofiios de plaus entre les panégyriques du P. Senault et ceux de Bourdaloue. Nous en reparlerons dans la deuxième partie de cette étude.

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poursuivre el sur les moyens qu'il convient de mettre en œuvre pour y ptirvenir, des idées précises, arrêtées, trop absolues peut-être et tropexclusives, qui lui appartiennent, et dont il ne se départit jamais. Essayons de dégager et de déterminer nettement ces idées générales qui présidèrent à la prédication de Bourdaloue.

De tous les genres d'éloquence, le sermon, en dépit de son apparente uniformité, est le plus élastique et le plus corapréiiensif. L'orateur politique ou l'avocat est obligé de se soumettre aux exigences d'une discussion précise, dont le sujet lui est imposé et où le terrain, nettement circonscrit et déterminé, est défendu pied à pied par un adversaire attentif. Là il faut expliquer et apprécier certains faits particuliers, apporter des preuves spéciales, argumenter et conclure. Les considérations générales trouvent leur place dans les discours de la tribune oudu barreau, mais comme des principes qu'on invoque et sur lesquels on s'appuie, non comme le fond même de la matière qu'on développe. Le pathétique n'y est pas non plus étranger : nulle part on nest orateur (}u'à la condition de ressentir des impressions vives et de les communiquer aux autres; mais dans les discours politiques ou judiciaires, l'émotion anime, passionne le raisonnement; elle ne saurait en aucun cas le remplacer. Il en est tout auirement de Téloquence religieuse. Ici les considérations générales sont la matière même du discours, le fond du genre; et de là vient que dans le sermon il est presque aussi facile d'être passable que difficile d'exceller. D'ailleurs, dans ce cercle immense des généralités dogmatiques ou morales, une liberté presque sans limites est laissée à l'orateur : il peut, à son gré, choisir son sujet, et si, à certains jours solennels, la tradition demande qu'il conforme son discours au mystère ou à la fête que l'Église célèbre, il a toujours le droit de s'arrêter au point de vue qui lui plait, de se tracer un cadre à sa fantaisie. Même liberté dans le choix des procédés : le prédicateur s'adresse tour à tour à la raison, à l'imagination et au cœur; toute l'àme lui appartient. La nature même du sentiment religieux sollicite des mouve-

ments pathétiques au moins autant que des raisonnements rigoureux.

Ces facilités du genre en sont aussi les écueils. Il est malaisé de se déterminer à soi-même, arbitrairement et sans ordre du jour, un sujet à la fois restreint dans son étendue et général par sa nature. Ce caractère même de généralité expose le prédicateur à l'amplification vague et creuse, tandis que son désir de frapper et d'émouvoir le fait glisser sur la pente de la déclamation. C'est dans la chaire qu'il est le plus facile de parler sans rien dire. Mais alors la parole sainte n'est plus qu'une musique pour l'oreille; la prédication, qu'un amusement frivole; l'orateur sacré lui-même, qu'une cymbale qui retentit en vain : c'est ce que ne voulut pas êtreBourdaloue.

A ses yeux, les prédicateurs ne se rendent pas assez compte des besoins des âmes, ne cherchent pas à les satisfaire. Ils font de beaux discours, attirent peut-être de grandes foules et les touchent un instant; mais ils laissent les fidèles ignorants de ce qu'il leur importerait surtout de savoir, et ne leur expliquent jamais à fond ni la doctrine ni la morale du christianisme. Ils abordent de hauts et vastes sujets, belle carrière pour leur éloquence; mais ils négligent d'enseigner et de convertir, contents d'éveiller dans les âmes quelques sentiments de vague piété. Ce jugement que Bourdaloue porte sur les caractères ordinaires de la prédication chrétienne, il le laisse quelquefois entrevoir dans ses propres discours ; mais on le trouve surtout dans ses Pensées, notes rapides, où, n'étant plus retenu par les bienséances d'un discours public, il s'explique sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres, avec une entière liberté. Il se plaint par exemple que « les chrétiens connaissent mal les dispositions nécessaires au sacrement de la Pénitence, qu'ils ne cherchent pas à s'en instruire, qu'ils regardent le plus souvent ces considérations comme audessous d'eux )),et « se persuadent qu'elles ne conviennent qu'au temps de l'enfance ». Puis il ajoute : « Les prédicateurs, s'ils n'y prennent garde, contribuent eux-mêmes à entretenir cette dangereuse illusion, ayant pour maxime de

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ne traiter dans la cliaire que certains sujets relevés, et s'iraaginant que ceux-ci ne sont propres que pour le menu peuple et pour les campagnes. En quoi certainement ils se trompent, soit en manquant à l'une des plus importantes obligations de leur ministère, qui est d'apprendre à toutes les conditions les principaux devoirs de la religion, soit en s'élevant quel(|uetois au delà des bornes, et prenant un vain essor où souvent on les perd de vue, et où ils se perdent eux-mêmes *. »

Ces reproches que Bourdalouc adresse à la plupart des prédicateyrs, il met tout son effort à ne les point mériter. Son ambition ne fut jamais d'être éloquent; il ne se pi(jue que d'être utile. Il poursuit des résultats pratiques et pour ainsi dire palpables. Il voudrait que les fidèles, chaque fois qu'ils l'entendent, fissent un pas de plus dans la voie de la perfection chrétienne. Pour lui, le pain de la parole n'est pas seulement une nourriture agréable et délicate : c'est un aliment nourrissant et solide; il faut que chaque discours soit comme un repas substantiel qui réconforte et qui vivifie. Instruction solide, enseignement pratique, ces mots pourraient composer la devise de Bourdaloue; ils se rencontrent à toutes lespagesde ses'œuvres, et marquent précisément rol)jet qu'il se propose.

Pour arriver à ce but, on devra, selon Bourdaloue, proscrire le plus possible les lieux communs superflus, les généralités vagues où se complaît la stérile abondance d'une parole trop facile ; on évitera les horizons trop vastes et les points de vue trop hauts. Restreindre son sujet pour mieux l'expliquer et l'approfondir, pour en tirer avec plus de sûreté les applications qu'il comporte, développer la doctrine et la morale chrétiennes solidement, pleinement sur chaque point, de façon à faire comme un petit traité complet de la matière; approprier sou discours à la condition et aux besoins spirituels de ses auditeurs ; leur présenter des peintures fidèles et sensibles de leurs désordres et de leurs vices ; descendre dans un détail minutieux et

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