‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 46 sur 323 · CARACTERES GENERAUX · texte numérisé non relu

CARACTERES GENERAUX

s'attendrit OU se passionne, ce sont des exceptions qui semblent involontaires. On dirait même que, plus un sujet comporte le pathétique, plus Bourdaloue se met en garde contre lui. C'est ainsi qu'en prêchant la Passion, en traitant ce lamentable sujet des soulfrances et de la mort d'un Dieu, le mieux fait pour arracher des accents émus, je ne dis pas seulement au prédicateur chrétien, mais à toute poitrine humaine, il se les refuse. « On vous a cent fois touchés et attendris par le récit de la Passion de Jésus- Christ, et je veux, moi, vous instruire. Les discours pathétiques et affectueux que l'on vous a faits ont souvent ému vos entrailles, mais peut-être d'une compassion stérile, ou tout au plus d'une componction passagère qui n'a pas été jusqu'au changement de vos mœurs : mon dessein est de convaincre votre raison ^ »

D'ordinaire l'orateur aime tout à la fois à élargir son jujet et à multiplier ses moyens d'action. Bourdaloue fait le contraire. Volontairement il restreint son domaine, pour l'exploiter avec plus de force et de profit : il choisit l'arme qui lui paraît la meilleure et ne conserve que celle-là, pour la manier avec plus de dextérité et de vigueur. En deux mots, un seul fond solide, donner une leçon précise sur un sujet limité; un seul procédé efficace, convaincre par de bonnes raisons : tels sont les sévères principes qui furent comme le point de départ de Bourdaloue et qui demeurèrent sa règle constante. Il faut maintenant le voir à l'œuvre.

De toutes les qualités oratoires de Bourdaloue, la plus apparente et la moins contestable, c'est sa fécondité. Nous n'entendons point par ce mot cette abondance d'élocution qui permet à un prédicateur exercé de monter en chaire presque chaque jour, et de suffire aux besoins sans

Page 1