CHOIX DU TEXTE
Do plus, l'Église a réparti les épîtres et les évangiles de telle sorte que chaque jour quelques-uns des enseignements contenus dans les saint livres fussent rappelés au peuple chrétien : si le prédicateur emprunte son sujet à Toflicedu jour, s'il s'inspire de la fête ou du mystère qui se célèbre dans le temple, il se conforme pieusement à l'esprit de l'Église, et ainsi les fidèles pourront parcourir, avec l'année ecclésiastique, un cercle complet d'enseignement religieux. Bourdaloue ne s'affranchit jamais de ces convenances chrétiennes. Presque invariablement, c'est à l'Évangile du jour qu'il demande, avec un texte, l'indication d'un sujet. Quand l'ensemble de cet évangile semble imposer au choix du prédicateur un point de dogme ou de morale, Bourdaloue n'a garde d'aller chercher autre chose. C'est ainsi que, dans les deux Avents qui nous restent, le sermon pour le premier dimanche traite du jugement dernier. Plus souvent, dans cette page détachée du texte sacré, l'esprit attentif du prédicateur distingue une phrase ou deux (jui lui paraissent mériter une méditation particulière et contenir le germe d'un discours. Par exemple, dans l'Évangile du deuxième dimanche a[>rès Pà^iues, il s'arrête à ces mots, les plus connus, les plus populaires de cet F^vangile, et qui ont servi même à désigner le dimanche où l'Église les lit : Ego sumpastor bonus. Mais ce texte n'inspirera-t-il au prédicateur qu'un commentaire banal, que de vagues et générales considérations sur la bonté de Dieu et de Jésus- Christ pour les hommes? Bourdaloue ne s'en contenterait pas. Cette simple phrase du saint livre, Bourdaloue la médite, l'approfondit, toujours dirigé par cette pensée qu'il doit y trouver la matière ou tout au moins le motif d'un enseignement solide et pratique pour ses auditeurs. 11 considère que Jésus-Christ est notre modèle, que tout ce qu'il dit de lui, nous devrions donc pouvoir le dire aussi de nous-mêmes; il se demande comment ses auditeurs pourraient s'appliquer cette parole : « Je suis le bon pasteur; » il se place par la pensée en face de cet auditoire composé presque uniquement de grands et de riches : tous n'ontils pas des serviteurs dont ils doivent prendre soin, qu'ils
sont obligés de protéger, de surveiller et de conduire dans la voie de la piété et du salut ? S'ils accomplissaient tous ces devoirs, ils pourraient dire, eux aussi : Je suis le bon pasteur. C'est ainsi que, par une application touchante, le même sermon a pour texte : Ego sum paslor bonus., et pour sujet : Le soin des domestiques^.
Par un procédé analogue, le premier dimanche après l'Epiphanie, Bourdaloue prendra pour texte le passage si frappant de l'Évangile oîi Jésus, longtemps cherché par Marie et Joseph, et trouvé enfin au milieu des docteurs, fait à sa mère cette réponse dont la sévérité a surpris les Pères de l'Église 2. Mais, sans insister sur les explications qu'on en a données, Bourdaloue en tire la matière d'un enseignement pratique. « Contentons-nous de dire que, dans l'exemple de Marie, le Sauveur du monde voulut donner aux pères et aux mères une excellente leçon de la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard de leur enfants, surtout en ce qui regarde le choix de l'état où Dieu les appelle. » Bourdaloue traitera donc, ce jour-là, du iJevoir des pelles par rapport à la vocation de leurs enfants ^.
Il serait facile de multiplier les exemples. Qu'on lise l'exorde et la proposition de tous les sermons qui composent soit les deux Avents, soit le Carême, soit les Dominicales, on se convaincra que, presque partout, le premier travail de conception est le même, que le texte est toujours le point de départ, l'occasion naturelle du sermon, ou plutôt que le sujet n'est qu'une application heureuse et précise de ce texte aux besoins moraux et spirituels de l'auditoire.
On pourra, il est vrai, nous opposer plus d'un discours où le texte ne se rapporte au sujet que par une application subtile et détournée, où, bien loin de donner en quelque sorte naissance à tout le reste^ il semble cherché et