‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 59 sur 323 · DIVISIONS ET SUBDIVISIONS · texte numérisé non relu

DIVISIONS ET SUBDIVISIONS

loue. Voici la division générale : « Impureté, signe de la réprobation, et principe de la réprobation. Signe visible de la répi'obutioii, parce que rien ne nous représente mieux, dès cette vie, l'état des réprouvés après la mort; vous le verrez dans la première partie. Principe efficace de la réprobation, parce que rien ne nous expose à un danger plus certain de tomber dans l'état des réprouvés après la mort; je vous le ferai voir dans la seconde partie. »

Subdivisions du premier point :

Quatre choses expriment parfaitement l'état d'une âme réprouvée après la mort, et sont les suites de l'impureté :

1" Les ténèbres;

"■À" Le désordre;

3' L'esclavage;

4° Le remords.

Nouvelles subdivisions: les ténèbres; l'impureté jette l'homme dans un triple aveuglement :

1 " Loubli de soi : il cesse d'être homme pour se changer en bêle;

2'^ L'oubli de son péché : il arrive à ne plus s'en repentir;

3" L'oubli de Dieu : il perd la foi.

Le désordre, en deux manières :

1" L'impureté, par sa nature, asservit l'esprit au corps;

2" L'impureté, par ses conséquences, est la mère de tous les désordres.

Ces désordres mêmes, quels sont-ils? Bourdaloue subdivise encore : « C'est pour lui (l'esprit impur) que l'homicide répand le sang humain, pour lui que la perfidie prépare des poisons, pour lui que la calomnie est ingénieuse à inventer, pour lui (jue l'injustice est toute puissante quand il s'agit de solliciter, pour lui que l'avarice épargne, pour Inique la prodigalité dissipe, pour lui que le parjure trompe, pour lui que le sacrilège attente sur ce qu'il y a de plus saint. »

Et ne croyez pas que Bourdaloue se contente de cette énumération, et qu'il passe. Chacun des membres de l'é-

numération aura dans la suite son développement et ses preuves.

Nous pourrions poursuivre ainsi l'analyse du sermon sur nmpureté, si ces sortes de dissections ne devenaient vite fastidieuses. Ce que nous avons dit suffit pour faire voir le procédé : c'est de décomposer l'idée, puis de la décomposer encore et toujours. Démonstration de la doctrine, préceptes de la morale, peinture des désordres du monde, partout c'est un dénombrement de subdivisions s'emboîtant les unes dans les autres. Bourdaloue arrive quelquefois à dés distinctions d'une telle ténuité que tout autre les négligerait. Pas un mot qui soit mis au hasard, pas un terme qui ne soit défini et expliqué, sinon dans un développement étendu, au moins dans une ou deux phrases. Là oii plusieurs épithètes se suivent, et ne formeraient chez un autre écrivain qu'une répétition destinée à donner plus de force et d'insistance, Bourdaloue voit le germe de développements nouveaux. Qu'il combatte le prétendu respect qui empêche certains chrétiens trop tièdes de s'approcher de la communion, il dira que ce respect prétendu est un vain respect, un faux respect, un respect peu conforme à celui des vrais chrétiens *. Ces mots, qui semblent presque synonymes et distingués à peine par de légères nuances, deviennent pour lui le principe de développements distincts et abondants. C'est encore l'emploi du même procédé qui conduisit un jour Bourdaloue à cette subdivision souvent citée :

(( Ce n'est là que le fond de notre misère; mais, prenez garde, en voici le comble, en voici l'excès, en voici le prodige, en voici l'abus, en voici la malignité, en voici l'abomination, et, si ce terme ne suffit pas, en voici, pour m'exprimer avec le prophète, l'abomination de désolation. Autant de points, ajoute Bourdaloue, que je vous prie de bien suivre, parce qu'étant ainsi distingués, et l'un enchérissant toujours sur l'autre, c'est de quoi vous donner par degrés une idée juste de ce fonds de corruption 2. »

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