Ibid., p
et des plus importants qu'on puisse traiter dans la chaire. Chaque point qu'il aborde « est d'une extrême conséquence ». Toujours l'objet présent de sa pensée grossit au point de lui cacher tout le reste.
Ces abus mômes du raisonnement témoignent de la vigueur que Bourdaloue déploie dans son argumentation. Nul ne manie cette arme de la logique avec plus de force et de sûreté. Pour se rendre compte delà solidité et de la plénitude de ses démonstrations, des fragments ne suffisent pas : il faut le lire. Arguments généraux et particuliers, arguments personnels, ad hominem, dilemmes habiles, suppositions ingénieuses, comparaisons ou contrastes adroitement ménagés, réfutations précises et victorieuses; toutes les formes du raisonnement, toutesles ressources que la logique prêteà l'éloquence, Bourdaloue en connaît l'usage et s'en sert avec un merveilleux à propos. La combinaison de ces éléments divers varie avec le sujet et sslon les convenances de chaque discour.<, de même qu'un chef d'armée change la disposition de ses troupes d'après la nature du terrain. Mais partout on retrouve, aussi apparentcet aussi sensible, cette imperaloria vlrlns, comme dit M. Sainte- Beuve après Quintilien, « cette qualité souveraine du général qui fait que tout marche en ordre et à son rang *. » Quand Bourdaloue a dit : « Commençons, » comme pour donner le signal delà bataille, il placeen avant un ou deux principes évidents pour la raison ou incontestables pour la foi. Ces principes, rapprochés de la proposition, forment déjà une première démonstration générale; puis, après cette avant-garde, viennent les propositions particulières qui divisent, semblables à des corps d'armée, chacune avec son groupe d'arguments plus ou moins nombreux, diversement rangés, enchaînés et combinés selon les besoins, mais toujours distribués avec prévoyance et marchant avec ^ discipline ; puis enfin, s'il y a lieu, la réfutation, sorte de réserve, triomphe des dernières résistances et achève la] victoire.
i. Causeries du lundi, t. IX, p. 220.