‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 71 sur 323 · M. J<u(ji:iiiL't, <:i;vrrgc < i'.r · texte numérisé non relu

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tainc mesure la tiédcnir de quehfues-uns de nos contemporains pom* notre prédicateur. C'est pourquoi il était aussi nécessaire de les noter rapidement (|u'il serait injuste d "y insister.

La principale conclusion que nous voulions tirer de tout ceci, c'est que Bourdaloue ne s'est pas, autant (jue Bossuet et Fénelon, abreuvée ces eaux vives de l'Écriture sainte, qu'il n'en a pas reçu l'inspiration immédiate et pure. 11 a retenu de l'élude des Pères les interprétations lumineuses et profondes, mais aussi les commentaires subtils et les applications de mauvais goût: il ne leur a pas dérobé ce sentiment de la grandeur biblique, si vif chez les Cbrysostome et chez les Augustin, et (pii perce à travers toutes les subtilités de l'exégèse. Chez Bourdaloue, comme chez tant d'autres, l'érudition et le commentaire ont étouflé le sentiment. Ou le regrette pour son éloquence. Peut-être une élude plus directe et mieux sentie de l'Écriture aurait donné à ses discours un peu plus de cette couleur et de cet éclat dont il est trop avare ; peut-être, selon l'expression de M. Sainte-Beuve, son ciel un peu triste et surbaissé s'entr'ouvrirait plus souvent et laisserait passer plus de rayons K

Il n'est pas douteux que Fénelon songe à Bourdaloue quand il écrit : « Son style est tout uni, il n'a aucune vaî'iété:dun côté, rien de familier, d'insinuant et de popuaire; de l'autre, rien de vif, de figuré et de sublime : c'est un cours réglé de paroles qui se pressent les unes les lutres; ce sont des déductions exactes, des raisonnements }ien suivis et concluants, des portraits fidèles ; en un mot, i'est un homme qui parle en termes propres et qui dit des

îhoses très sensées 11 est très capable de convaincre;

,nais je ne connais guère de prédicateur qui persuade et

' 1. Causeries du lundi, t. IX, p. 22i.

qui touche moins *. » En deux mots, Fénelon refuse àBourdaloue la variété qui plaît, et le pathétique qui émeut. Il voit en lui un prédicateur solide, convaincant et correct, mais monotone et froid. Telles sont les deux critiques donl il nous faut contrôler l'exactitude et mesurer la portée.

Ce que nous avons dit, soit de l'esprit général de la prédication chez Bourdaloue, soit de ses procédés de composition et de dialectique, l'ait assez pressentir que les critiques de Fénelon ne sont pas sans fondement. La rigueur exclusive de la méthode entraîne nécessairement l'uniformité de l'exécution. Comment la forme changerait-elle, quand le fond ne change pas ? Toujours Bourdaloue instruit, raisonne et prouve. Le ton est celui d'un maître qui enseigne ou d'un raisonneur qui argumente; le style est le langage de l'enseignement et de la logique, clair, exact, précis, sur et arrêté ; rien n'est laissé dans le vague ; chaque mot est pris dans son sens propre et dans son étendue vraie. Ces qualités, Bourdaloue ne les perd jamais, les autres, il lesatteint rarement. Une quitte pas les régions tempérées et moyennes, marchant d'un pas siîr, quelquefois rapide, sans jamais tomber, mais aussi sans prendre son essor vers les hautes cimes, et plus capable de conduire que de transporter. La teinte générale, un peu sombre et sévère, ne brille presque nulle part d'un éclat plus vif : aucune partie ne se détache et n'attire les yeux. Peu de métaphores ; peu de figures sensibles : parfois la comparaison qui éclaircit; rarement l'image qui colore : rien qui séduise et qui plaise.

Ces reproches, Bourdaloue ne les aurait-il pas considérés plutôt comme des éloges? N'avait-il pas entendu ces prédicateurs qui, pour plaire à leur auditoire, chargeaient l'enseignement chrétien d'ornements indignes? Les fauxbrillants et le bel-esprit n'étaient-ils pas le châtiment mérité de ces complaisances coupables, et ne fallait-il pas éviter plus que toute autre chose ces défauts, qui compromettent à la fois l'utilité et la dignité de la parole sainte?

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