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si précises qui inquiétaient comme une allusion transparente et en avaient l'attrait en même temps; le prêtre même consommé dans l'art de la direction des âmes ; le religieux dont la plus éloquente prédication fut la vie même ; l'unité enfin de cette grande étude cherchée dans l'étroit rapport de Bourdaloue avec les idées et les sentiments d'un siècle où, dans l'ordre littéraire, dominaient la raison et le goût de l'observation morale : ce sont là quelques-uns des traits essentiels que l'historien de Bourdaloue a marqués avec une vigueur, une abondance de preuves, une autorité décisives.
Après l'éclat de ce double succès à l'Académie française et à la Faculté des Lettres, A. Fougère voyait presque aussitôt s'ouvrir devant lui l'enseignement supérieur. M. de Loménie, professeur de littérature française au collège de France, lui offrit la suppléance de son cours pendant un semestre de l'année 1874-75. A. Fougère hésitait : il eût voulu ne s'engager dans une voie nouvelle qu'après s'y être longuement préparé. Les conditions d'ailleurs de cette suppléance ne lui permettaient pas d'abandonner sa chaire du collège Stanislas. Etait-il sage d'accepter deux fonctions, délicates l'une et l'autre, et qui pourraientse contrarier? Il fallut, pour décider A. Feugère, une affectueuse insistance de la part de M. de Loménie et, plus encore, la pensée qu'il n'avait plus le droit peut-être de se désintéresser de son avenir, maintenant qu'une âme tendre et vaillante consentait à relever son foyer, sans imposer à son cœur aucun oubli du passé. Ce double bien, A. Feugère en allait être redevable à la sœur de sa femme, mademoiselle Sophie Deman te, qui avait partagé sa douleur avant de savoir qu'elle serait appelée à la consoler. Ce futdans ces sentiments qu'il accepta la suppléance de la chaire de M. de Loménie. Il ne serait plus seul à goûter la joie du succès, s'il l'obtenait.
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Ce succès n'était guère douteux pour ceux qui avaient suivi A. Feugère dans la marche progressive de son talent, maison peut ajouter qu'il dépassa cependant leurs espérances. Si nous doutions de nous-même, nous n'aurions qu'à faire appel au souvenir de ses auditeurs du Collège de France, et ils diraient si, pendant les cinq semestres de l'enseignement d'A. Feugère, le public cessa un instant de se presser autour de la chaire du jeune maître, d'applaudir sa parole ferme et élégante, d'aimer avant tout, sous une forme pleine de modestie et de grâce, cette loyauté de l'esprit, cette probité morale autant qu'intellectuelle (car au fond elle ne se divise pas) qui regarde la parole comme un acte, et un acte dont elle doit accepter toute la responsabilité. C'était là pour A. Feugère une étroite obligation de conscience. Aussi chacune de ses leçons au Collège de France était le résultat d'un travail où le plus difficile à satisfaire était lui-même, de recherches dont le scrupule minutieux lui fit trop souvent par malheur oublier les fatigues qu elles lui imposaient.
11 eût été regrettable que de ce trop court passage d'A. Feugère au Collège de France il ne fût resté qu'un souvenir et un regret. Ses trois leçons d'ouverture du moins ont été publiées dans la Revue politique et Littéraire ^ Elle mériteraient d'être réunies. Ce sont trois chapitres d'histoire littéraire écrits par un maître. Le premier marque par des traits précis le triple intérêt de l'étude qu'il se propose d'entreprendre sur madame de Sévigné, le témoin le plus précieux de son temps, l'une des plus fidèles et des plus pures expressions de l'esprit de ce même siècle, un écrivain unique en son genre
1. Madame de Sévigné et son temps. 19 décembre 1874. — La Fronde et les mémoires du temps, i*' janvier 1876. — Louis XIV et les mémoires du temps. 20 janvier 1877.
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et incomparable par l'originalité et par l'éclat de ses qualités personnelles. L'année suivante, A. Feugère indiquait la transition qui de la correspondance de madame de Sévigné l'avait amené aux mémoires relatifs à la Fronde. Avant de s'y engager, il s'appliquait à décrire les caractères de la Fronde et surtout à répondre aux historiens superficiels qui la considèrent comme un épisode forluit et factice, sans lien ni avec ce qui précède, ni avec ce qui suit, véritable hors-d'œuvre dans l'histoire du dix-septième siècle. Un examen attentif conduisait A. Feugère à une conclusion fort dittérente, et cette conclusion était que la Fronde, bien qu'elle ne soit qu'une sédition réprimée, exerça pourtant par des voies diverses une influence considérable sur l'état politique et social, les mœurs, la littérature, le génie de la grande époque qu'elle prépare, formant ainsi entre le règne de Louis XÏII et celui de Louis XIV comme un intermédiaire nécessaire, un anneau qu'on ne peut briser sans rompre la chaîne. La troisième année, l'étude poursuivie des mémoires du dix-septième siècle faisait entrer le jeune professeur dans une époque bien différente, celle du gouvernement personnel de Louis XIV, et il saisissait l'occasion de tracer le portrait du roi, en le replaçant dans son cadre historique, à ce moment où la puissance française et l'esprit français parviennent à leur développ>ement suprême et qui est tout à la fois le point d'arrivée des évolutions antérieures de notre pays et le point de départ des transformations futures.
« Je ne sais, disait A. Feugère dans cette leçon, si nous pourrons arriver cette année jusqu'aux mémoires particulièrement écrits sous l'impression de la décadence politique et morale qui assombrit la dernière partie du grand règne. » Ce sujet, d'un tragique intérêt, A. Feugère le réservait déjà sans doute dans sa pensée pour les années suivantes, et qui aurait pu