‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 28 sur 38 · IL — GOEPS DU DISCOCBS. CONFIRMATION ET PREUVES · texte numérisé non relu

IL — GOEPS DU DISCOCBS. CONFIRMATION ET PREUVES

Le p. fiourdalo«ie n'a pas à chercher ses preuves ailleurs que dans le trésor commun de F Église : les saintes Éaîtures, les écrits clés Pères qui les commentent sous l'autorité du successeur de Pierre. C'est là qu'il trouve ses raisens, ses témoignages, ses preuves, sans jamais s'écarter du respect du à l'autorité de ses maîtres, sans jamais substituer à la leur sa maaière de voir. Cette fidélité à sa mission gêne l'admiratikHi de certains critiques, passionnés pour le nouveau et l'inconon. Bourdaloue a donc le mérite de ne rien innover, tout en poussant ses démonstrations d'une manière nouvelle : non novœ^ sed novè. Un critique respectable, M. Feugère, blâme dans le

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P. Bourdaloue l'emploi qu'il fait des saintes Écritures, «t, à ce.sujet, disserte longuement ei) termes peu exacts (1) €t quelquefois peu convenables :

« Bourdaloue, dit-il, cite les commentaires qu'il a vus dans les Pères de l'Église, on ne s'étonnera donc pas qu'il tombe dans les défauts familiers aux uns et aux autres : subtilité, détournement du sens primitif... signification symbolique et souvent arbitraire... n'hésitons pas, ajoutet-il, à faire remonter jusqu'aux Pères de l'Église grecque ■et surtout de l'Église latine roriginc; de ces procédés dangereux que le moyen âge a poussés jusqu'aux exagérations les plus bizarres et que l'éloquence sacrée du grand siècle n'a pas tout à fait répudiés... » Et plus loin : « Le goût marque l'invisible limite où l'interprétation cesse d'être naturelle et vraisemblable... Bourdaloue considère un peu trop les Écritures à travers ces commentaires et ces renchérissements successifs ; de là , des défauts de goût , des subtilités étranges (2, ... des interprétations figuratives qui transportent tous les détails matériels à l'ordre moral €t donnent un sens mystique et inattendu aux circonstances les plus indifférentes, à ce qu'il semble, au fait de l'histoire sacrée. » M. Fougère cite le trait suivant comme ■exemple d'une interprétation vicieuse des Écritures. L'orateur presse les fidèles de ne pas attendre les derniers moments pour se préparer à la mort, et il emprunte à saint Chrysostome et à saint Grégoire pape, le texte, le commentaire et les figures qu'il emploie pour persuader ses auditeurs. A notre avis, c'est être bien hardi que d'envelopper dans une même condamnation deux bouches d'or de la tribune sacrée; que le lecteur soit juge !

On lit donc dans le sermon sur la préparation à la mort :

(1) Bourdaloue, p. 116.

^2) Ibid., p. 117.

Ah ! mes frères, craignons la mort, mais ménageons tellement cette crainte, qu'elle nous serve de défense contre la mort même; et puisque l'avantage le plus solide qui nous en peut revenir est de veiller sans relâche, veillons au môme temps que nous craignons, et autant que nous craignons ; remettons-nous souvent dans Tesprit ces comparaisons familières, mais convaincantes, dont se servait saint Chrysostome, pour faire comprendre sensiblement à ses auditeurs la vérité que je vous prêche. Car, disait ce Père, on n'attend pas à équiper un vaisseau quand il est en pleine mer, battu des flots et de la tempête, el dans un danger prochain du naufrage ; on ne pense pas à munir une place quand l'ennemi arrive et qu'il l'investit; on ne commence pas à meubler le palais du prince quand le prince est à la porte et sur le point d'y entrer : figures naturelles qui nous font mieux sentir la nécessité d'une vigilance prompte et assidue, que tous les raisonnements. Non, non, ajoute saint Grégoire pape, il ne sera pas temps de se disposer au jugement de Dieu, quand ces signes avant-coureurs de la venue du Fils de l'homme paraîtront, je ne dis pas dans le ciel ni sur la terre, mais dans nous-mêmes ; quand le soleil s'obscurcira, c'est-à-dire quand notre raison sera dans le désordre et dans les ténèbres où la présence et l'horreur de la mort ont coutume de la jeter ; quand la lune s'éclipsera, c'est-à-dire quand notre volonté, marquée par l'inconstance de cet astre, sera affaiblie et hors d'état de former aucune résolution ; quand les étoiles tomberont du firmament, c'est-à-dire quand nos sens seront troublés et que nous en aurons perdu l'usage (1).

11 nous semble que Tautorité de saint Grégoire était à peine nécessaire pour faire accepter la justesse de la comparaison qui existe entre les signes avant-coureurs du jugement dernier annoncés dans l'Évangile, et les défaillances des facultés de l'homme au déclin de la vie. Ici, comme en quelques autres endroits, Fauteur, si justement

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estimé de l'ouvrage intitulé : Bourdalout^ sa prédication et son temps ^ s'est aventuré sur un terrain qui lui est étranger. Il oublie que Notre-Seigneur ne parlait aux peuples qu'en paraboles (1) ; il ignore que l'interprétation et l'emploi des livres saints ont des règles déterminées et ne dépendent nullement du gotU des écrivains et des orateurs. Les Pères sont des guides qu'un prédicateur judicieux suivra toujours avec sécurité «ans se préoccuper de leurs siècles ou de leurs langues, dès que leurs écrits ont reçu l'approbation de T Église. Les docteurs scolastiques du moyeu âge qui ont résumé la doctrine des Pères des Siècles antérieurs, sous une nouvelle forme, ont droit à la même oonfianee ; c'est pourquoi nous devons blftmer, dans un ouvrage où le respect des traditions catholiques s'impose, l'appréciation suivante de nos écoles du moyen âge : « Pendant ces longs siècles d^gnorance relative, encore bien que des germes cachés mûrissent en secret pour l'avenir, l'esprit humain n'inventa rien, n'avança pas ; mais il s'agita sans cesse dans le cercle de ses connaissances bornées (2) ; il y fit mille tours, mille exercices bizarres, subtilisa toutes choses, distingua, analysa, travailla constamment les mêmes idées sans en découvrir aucune... » Nous finissons par cette pbrase mal inspirée : (c Ses commentateurs exécutèrent sur les textes sacrés de véritables variations (3). n

(1) Math., xiir, 34.

(2) Encore une idée d'école empruntée à M. Nisard : a Je me défie de sa dialectique, dit-il, quand je vois tout le moyen âge enchaîné au syllogisme et Tcsprit humain tournant sur lui-même pendant des sièclos dans le cercle étroit d'une vaine méthode d'argumenter. » C'est ainsi que l'homme de lettres traite ces écoies où enseignaient saint Anselme (f 1109), Pierre Lombard (t 1164), Albert le Grand (f 1-280), saiol, Thomas (f 1274), saint Bonavcnture (f 1274), Scot (f 1308), etc.

(3) Bourdaloue, sa prédication et son temps, p. 117.

MÉTHODE OEàTOIRE BU P. BOUBDALOUE 187

Le même critique affirme encore que le P. Bourdaloue « ne s'est pas abreuvé, comme Bossuet et Féneion, à ces eaux vives de rÉcritare sainte, qu'il n'en a pas reçu l'inspiration immédiate et pure » , affirmations gratuites et dénuées de sens. Tous ont puisé aux mêmes sources et, à ce titre, ont une égaie autorité auprès des fidèles, bien que la forme du langage a^t pu varier.

Le P. Bourdaloue emprunte aux Pères de l'Église le véritable sens des livres • saints et, de plus, il reproduit leurs pensées, leurs images et tout ce qui peut donner à son enseignement la vie et la couleur, a II cite plus volontiers, dit le P. Bretonneau, parmi les prophètes, Isaife et saint Paul, et paimi les Pères, Tertullîen, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, parce qu'il y trouvait plus d'énergie et plus de grandeur » (1) . A cette affirmation. Fauteur (2) des Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV répond dédaigneusement « qu'on ne s'attendait en vérité ni au fait ni au motif du fait ; en tout cas, dit le même critique, la fréquentation de ces modèles eut peu de prise sur ce prédicateur dont les qualités précisément sont autres et dont l'œuvre olfre d'ailleurs peu de traces matérieUes de telles habitudes littéraires (3). )> Si nous nous en tenons aux traces matérielles^ nous affirmons que le critique a peu lu, ou bien a lu superliciellement les sermons du P. Bourdaloue. Palissot, littérateur du dernier siècle, trouve, lui, que Bourdaloue prodigue les citations des Pères (4) ; d'autres condamnent son érudition ; nous ne craignons pas d'ajouter qu'ils ont raison ; il serait en effet difficile de trouver une page des sermons, dans laquelle on ne pût compter plusieurs citations des Pères. Ouvrons au

(1) Œuv. de Bourdaloue, 1. 1, p. 12. Préface, (î) M. l'abbé Hurel.

(3) T. II, p. 20, note.

(4) Mém, sur la littérature, 1. 1, p. 3, éd. 1803.

hasard : dans le sermon sur la Récompense des saints (1), saint Chrysostome est cité jusqu'à sept fois, puis viennent saint Bernard, saint Jérôme, saint Augustin, saint Cyprîen. Le sermon sur \ Impureté contient plus de quarante citations tirées de saint Augustin, de saint Chrysostome, de Tertullien, de saint Grégoire; il serait puéril de prolonger cette énumération. Ajoutons que le P. Bourdaloue, en étudiant les Pères, donnait satisfaction à toute autre chose qu'à des habiti(des littéraires; il cherchait auprès d'eux la vraie doctrine avec l'autorité de leur science et de leur sainteté. Un critique a dressé une liste de soixante-dix Pères de l'Église auxquels Bourdaloue a emprunté des citations.

Tout ce que nous devons dire sur l'usage que le P. Bourdaloue a fait de la sainte Ecriture et des Pères, est résumé en quelques lignes par le P. Bretonneau : « Il les cite en maître, dit-il, jusqu'à faire le précis de tout un traité pour l'appliquer à la vérité qu'il prêche. Du reste ce ne sont point tant les paroles des Pères qu'il rapporte que leur doctrine et leurs raisons. Il les développe, et surtout il les place si à propos et les fait tellement entrer dans son sujet, qu'on dirait que les Pères n'ont parlé que pour lui (2). » Maury convient aussi que Bourdaloue est de tous les prédicateurs celui qui fait dans ses sermons le plus fréquent usage des Pères de l'Église. Il en tire, ditil, la principale force de ses raisonnements; c'est dans cette source qu'il puise la connaissance la plus profonde et la plus entière qu'on puisse avoir de la religion (3). »

Le même auteur, parlant des citations empruntées aux auteurs profanes par nos grands orateurs, admire l'emploi qu'en sut faire Bossuet dans les oraisons funèbres, blâme

1*2) T. I. Préface.

(3) Essai, t. II, p. 221.

Mascaron d'en avoir surchargé ses discours; il ajoute que (1) Bourdaloue ne se fit jamais le moindre scrupule de citer en chaire les auteurs païens; il cite, comme exemple, l'emploi de ce vers de Tépître d'Horace à Mécène, sur les richesses :

... rem

Si possis, rectè; si non, quocumque modo rem. (2)

Nous ajouterons les vers suivants :

0 cives, cives, quaerenda pecunia primùm, Yirtus post nummos (3).

Poursuivez la fortune par des moyens honnêtes si vous pouvez, sinon, peu importe comment... 0 citoyens, citoyens, avant tout, cherchons Targent; après l'argent, la vertu (4).

Avec quelques citations de Sénèque (5), nous croyons avoir mis au jour tous les emprunts faits aux auteurs païens ; et dans les sujets où nous les voyons appliqués, nous admirons l'habileté de l'orateur qui veut montrer aux chrétiens combien ils sont coupables, avec les lumières de'la foi, de ne point fuir des vices que la seule raison des païens repoussait et condamnait.

(1) Essai, t. II, p. 227.

(2) Horat. Epist. Lib. I; ep. i, v. 66.

(3) Ibid., V, 54.

(i) Senn. sur les richesses, t. III, 8, 9.

|5) Serm. sur la restitution, VII, 339. — Senn. sur saint Etienne, XII, 138. — Serm. pour le mercredi des Cendres, t. Il, 57 : t Ecce vix totam Hercules implovit urnam. u

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