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II. CORPS DU DISCOURS. CONFIRAIATIOJN ET PREUVES

Le p. Bourdaloue n'a pas à chercher ses preuves ailleurs que dans le trésor commun de l'Eglise : les saintes Ecritures, les écrits des Pères qui les commentent sous l'autorité du successeur de Pierre. C'est là qu'il trouve ses raisons, ses témoignages, ses preuves, sans jamais s'écarter du respect dû à l'autorité de ses maîtres, sans jamais substituer à la leur sa manière de voir. Cette fidélité à sa mission gêne l'admiration de certains critiques, passionnés pour le nouveau et l'inconnu. Bourdaloue a donc le mérite de ne rien innover, tout en poussant ses démonstrations d'une manière nouvelle : 7i07i novœ, sed novè. Un critique respectable, M. Fougère, blâme dans le

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P. Bourdaloue l'emploi qu'il fait des saintes Écritures, et, à ce sujet, disserte longuement en termes peu exacts (1) et quelquefois peu convenables :

« Bourdaloue, dit-il, cite les commentaires qu'il a vus dans les Pères de l'Église, on ne s'étonnera donc pas qu'il tombe dans les défauts familiers aux uns et aux autres : subtilité, détournement du sens primitif... signification symbolique et souvent arbitraire. . . n'hésitons pas, ajoutet-il, à faire remonter jusqu'aux Pères de l'Église grecque et surtout de l'Église latine l'origine de ces procédés dangereux que le moyen âge a poussés jusqu'aux exagérations les plus bizarres et que l'éloquence sacrée du grand siècle n'a pas tout à fait répudiés... » Et plus loin : « Le goût marque l'invisible limite où l'interprétation cesse d'être naturellt et vraisemblable... Bourdaloue considère un peu trop les Écritures à travers ces commentaires et ces renchérissements successifs ; de là , des défauts de goût , des subtilités étranges (2, ... des interprétations figuratives qui transportent tous les détails matériels à l'ordre moral et donnent un sens mystique et inattendu aux circonstances les plus indifférentes, à ce qu'il semble, au fait de l'histoire sacrée. » M. Fougère cite le trait suivant comme exemple d'une interprétation vicieuse des Écritures. L'orateur presse les fidèles de ne pas attendre les derniers moments pour se préparer à la mort, et il emprunte à saint Chrysostome et à saint Grégoire pape, le texte, le commentaire et les figures qu'il emploie pour persuader ses auditeurs. A notre avis, c'est être bien hardi que d'envelopper dans une même condamnation deux bouches cVoj' de la tribune sacrée ; que le lecteur soit juge !

On lit donc dans le sermon sur la préparation à la mort :

(1) Bourdaloue, p. 116.

(2) Ibid., p. 117.

MÉTHODE ORATOIRE DU P. BOURDALOUE 18o

Ail ! mes frères, craignons la mort, mais ménageons tellement cette crainte, qu'elle nous serve de défense contre la mort même; et puisque l'avantage le plus solide qui nous en peut revenir est de veiller sans relâche, veillons au même temps que nous craignons, et autant que nous craignons; remettons-nous souvent dans l'esprit ces comparaisons familières, mais convaincantes, dont se servait saint Clirysostome, pour faire comprendre sensiblement à ses auditeurs la vérité que je vous prêche. Car, disait ce Père, on n'attend pas à équiper un vaisseau quand il est en pleine mer, battu des flots et de la tempête, el dans un danger prochain du naufrage; on ne pense pas à munir une place quand l'ennemi arrive et qu'il l'investit; on ne commence pas à meubler le palais du prince quand le prince est cà la porte et sur le point d'y entrer : figures naturelles qui nous font mieux sentir la nécessité d'une vigilance prompte et assidue, que tous les raisonnements. Non, non, ajoute saint Grégoire pape, il ne sera pas temps de se disposer au jugement de Dieu, quand ces signes avant-coureurs de la venue du Fils de l'homme paraîtront, je ne dis pas dans le ciel ni sur la terre, mais dans nous-mêmes ; quand le soleil s'obscurcira, c'est-à-dire quand notre raison sera dans le désordre et dans les ténèbres où la présence et l'horreur de la mort ont coutume de la jeter; quand la lune s'éclipsera, c'est-à-dire quand notre volonté, marquée par l'inconstance de cet astre, sera aifaiblie et hors d'état de former aucune résolution; quand les étoiles tomberont du firmament, c'est-à-dire quand nos sens seront troublés et que nous en aurons perdu l'usage (1).

11 nous semble que l'autorité de saint Grégoire était à peine nécessaire pour faire accepter la justesse de la comparaison qui existe entre les signes avant-coureurs du jugement dernier annoncés dans l'Evangile, et les défaillances des facultés de l'homme au déclin de la vie. Ici, comme en quelques autres endroits, l'auteur, si justement

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estimé de l'ouvrage intitulé : Boiirdaloue^ sa prédication et son temps^ s'est aventuré sur un terrain qui lui est étranger- Il oublie que Notre-Seigneur ne parlait aux peuples qu'en paraboles (1) ; il ignore que l'interprétation et l'emploi des livres saints ont des règles déterminées et ne dépendent nullement du çjoiit des écrivains et des orateurs. Les Pères sont des guides qu'un prédicateur judicieux suivra toujours avec sécurité sans se préoccuper de leurs siècles ou de leurs langues, dès que leurs écrits ont reçu l'approbation de l'Eglise. Les docteurs scolastiques du moyen âge qui ont résumé la doctrine des Pères des siècles antérieurs, sous une nouvelle forme, ont droit à la même confiance ; c'est pourquoi nous devons blâmer, dans un ouvrage où le respect des traditions catholiques s'impose, l'appréciation suivante de nos écoles du moyen âge : « Pendant ces longs siècles dlgnorance relative, encore bien que des germes cachés mûrissent en secret pour l'avenir, resj)rit humain n'inventa rien, n'avança pas ; mais il s'agita sans cesse dans le cercle de ses connaissances bornées (2) ; il y fit mille tours, mille exercices bizarres, subtilisa toutes choses, distingua, analysa, travailla constamment les mêmes idées sans en découvrir aucune... » Nous finissons par cette phrase mal inspirée : « Ses commentateurs exécutèrent sur les textes sacrés de véritables variations (3), «

(1) Math., xiii, 34.

(2) Encore une idée d'école empruntée à M. Nisard : « Je me défie de sa dialectique, dit-il, quand je vois tout le moyen âge enchaîné au syllogisme et l'esprit humain tournant sur lui-même pendant des siècles dans le cercle étroit d'une vaine méthode d'argumenter. » C'est ainsi que l'homme de lettres traite ces écoles où enseignaient saint Anselme (f 1109), Pierre Lomhard (f 1164), Albert le Grand (f 1280), saint Thomas (f 1274), saint Bonaventure (f 1274), Scot (f 1308), etc.

(3) Bourduloue, sa ^prédication et son temps, p. 117.

Le même critique affirme encore que le P. Bourdaloue « ne s'est pas abreuvé, comme Bossuet et Fénelon, à ces eaux vives de l'Ecriture sainte, qu'il n'en a i^as i-eçu l'inspiration immédiate et pure », affirmations gratuites et dénuées de sens. Tous ont puisé aux mômes sources et, à ce titre, ont une égale autorité auprès des fidèles, bien que la forme du langage ait pu varier.

Le P. Bourdaloue emprunte aux Pères de TEglise le véritable sens des livres saints et, de plus, il reproduit leurs pensées, leurs images et tout. ce qui peut donner à son enseignement la vie et la couleur. « Il cite plus volontiers, dit le P. Bretonneau, parmi les prophètes, Isaïe et saint Paul, et parmi les Pères, Tertullien, saint Augustin, saint Jean Gbrysostome, parce qu'il y trouvait plus d'énergie et plus de grandeur >; (1) . A cette affirmation, l'auteur (2) des Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV répond dédaigneusement « qu'on ne s'attendait en vérité ni au fait ni au motif du fait ; en tout cas, dit le même critique, la fréquentation de ces modèles eut peu de prise sur ce prédicateur dont les qualités précisément sont autres et dont l'œuvre office d'ailleurs peu de traces matérielles de telles habitudes littéraires (3). » Si nous nous en tenons aux traces matérielles^ nous affirmons que le critique a peu lu, ou bien a lu superficiellement les sermons du P. Bourdaloue. Palissot, littérateur du dernier siècle, trouve, lui, que Bourdaloue prodigue les citations des Pères [hi] ; d'autres condamnent son érudition ; nous ne craignons pas d'ajouter qu'ils ont raison; il serait en effet difficile de trouver une page des sermons, dans laquelle on ne put compter plusieurs citations des Pères. Ouvrons au

(1) Œuv. de Bourdaloue, 1. 1, p. 12. Préface.

(2) M. rabbca-Iurel.

(3) T. II, p. 20, note.

(i) Mcm. sur la littùralure, t. I, p. 3^ éd. 1803.

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hasard : clans le sermon sur \^ Récompense des saints (1), saint Chrysostome est cité jusqu^à sept fois, puis viennent saint Bernard, saint Jérôme, saint Augustin, saint Cyprien. Le sermon sur \ Impureté contient plus de quarante citations tirées de saint Augustin, de saint Chrysostome, de Tertullien, de saint Grégoire; il serait puéril de prolonger cette énumération. Ajoutons que le P. Bourdaloue, en étudiant les Pères, donnait satisfaction à toute autre chose qu'à des habitudes littéraires; il cherchait auprès d'eux la vraie doctrine avec l'autorité de leur science et de leur sainteté. Un critique a dressé une liste de soixante-dix Pères de l'Église auxquels Bourdaloue a emprunté des citations.

Tout ce que nous devons dire sur l'usage que le P. Bourdaloue a fait de la sainte Écriture et des Pères , est résumé en quelques lignes par le P. Bretonneau : « Il les cite en maître, dit-il, jusqu'à faire le précis de tout un traité pour l'appliquer à la vérité qu'il prêche. Du reste ce ne sont point tant les paroles des Pères qu'il rapporte que leur doctrine et leurs raisons. Il les développe, et surtout il les place si à propos et les fait tellement entrer dans son sujet, qu'on dirait que les Pères n'ont parlé que pour lui (2). )) Maury convient aussi que Bourdaloue est de tous les prédicateurs celui qui fait dans ses sermons le plus fréquent usage des Pères de l'Eglise. Il en tire, ditil, la principale force de ses raisonnements; c'est dans cette source qu'il puise la connaissance la plus profonde et la plus entière qu'on puisse avoir de la religion (3). »

Le même auteur, parlant des citations empruntées aux auteurs profanes par nos grands orateurs, admire l'emploi qu'en sut faire Bossuet dans les oraisons funèbres, blâme

(2) T. I. Préface.

(3) Esmi, t. li, p. 221.

Mascaron d'en avoir surchargé ses discours ; il ajoute que (1) Bourdaloue ne se fit jamais le moindre scrupule de citer en chaire les auteurs païens; il cite, comme exemple, l'emploi de ce vers de l'épître d'Horace à Mécène, sur les richesses ;

... rem Si possis, rectè ; si non, quocumque modo rem. (2)

Nous ajouterons les vers suivants :

cives, cives, quîBrendapecunia primùm, Yirtus post nummos (3).

Poursuivez la fortune par des moyens lionnêtes si vous pouvez, sinon, peu importe comment... citoyens, citoyens, avant tout, cherchons l'argent; après l'argent, la vertu (4).

Avec quelques citations de Sénèque (5), nous croyons avoir mis au jour tous les emprunts faits aux auteurs païens ; et dans les sujets où nous les voyons appliqués, nous admirons l'habileté de l'orateur qui veut montrer aux chrétiens combien ils sont coupables, avec les lumières de^la foi, de ne point fuir des vices que la seule raison des païens repoussait et condamnait.

[[) Essai, t. II, p. 227.

(2) Horat. Epùt. Lib. I; ep. r, v. 60.

(3) IbicL, V, 54.

('i) Senn. sui- les richesses, t. III, S, 9.

(5) Senn. sur la restitution, YII, 339. — Serm. sur saint Etienne, XII, 138. — Serm. pour le mercredi des Cendres, t. II, 57 : « Ecce vix totam Hercules implevit urnam. »

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ni. — CO?ÎCLTJSION ET PÉROMISOIN.

Les rhéteurs demandent qu'avant de quitter la tribune, l'orateur « mette en œuvre tous les ressorts de la sensibilité et frappe les grands coups de l'éloquence (1) ». Bourdaloue ne se soustrait point à la théorie, mais il l'applique à son gréj il n'attend pas la fin du discours pour parler le langage de l'émotion, il lui ouvre passage toutes les fois que la conclusion d'un raisonnement l'y amène; alors il se résume et saisit l'auditeur par ses intérêts les plus chers, il l'entraîne à vouloh', bon gré mal gré, la correction de ses mœurs ; souvent, par une prière fervente, il appelle à son secours l'aide du ciel. On trouvera des sermons où l'orateur livre ces assauts successifs à ses auditeurs. Théoriquement^ il donne à son discours plusieurs finales, et c'est un défaut aux yeux des rhéteurs, mais il se soucie peu des règles de l'art; s'il se relève, c'est pour achever de terrasser l'ennemi, c'est pour assurer sa victoire. Nous convenons toutefois que nous avons trouvé languissantes les dernières parties de plusieurs sermons ; l'orateur est comme épuisé.

Dans les grands discours d'ouverture ou de clôture des stations, les comjoliments au roi tiennent lieu de péroraison et n'ont pas ordinairement de liaison étroite avec le sujei du discours. Nous en parlerons plus loin (2).

Dans les conclusions pratiques qui tiennent lieu de péroraisons, on trouve toujours une pensée, un mot dicté par le cœur : c'est un avis, un conseil que donne Bour-

(1) Maury, Principes d'éloquence, 240.

(2) LÎY. II, cil. r, Apostolat du P. Bourdaloue à la cour.

daloue; c'est une élévation à Dieu; c'est un vœu qu'il émet, et par lequel il prouve combien vivement il désire le salut de son auditeur. Nous en citerons quelques exempies :

Ah ! Seigneur, que ne puis-je faire aujourd'hui dans cet auditoire et dans cette Cour ce que feront les anges dans le dernier jugement! Une des commissions que vous leur donnerez sera de ramasser et de jeter hors de votre royaume tous les scandales qui s'y trouveront : Et miltet angelos suos, et colligent de regno ejus omnia scandala (Matth. xni, 41). Que ne puis-je les prévenir! que ne puis-je par avance exécuter l'ordre qu'ils recevront 'alors de vous! que ne puis-je dès maintenant, pour bannir tous les scandales, délivrer votre Église de tous les scandaleux, non pas comme vos anges exterminateurs, en les réprouvant de votre part, mais comme prédicateur de votre Évangile, en les convertissant, en les sanctifiant. Il ne tient qu'à vous, mes chers auditeurs, que mes vœux ne soient accomplis. Il y va de votre intérêt, et de votre plus grand intérêt, puisqu'il y va de votre salut, et du bonheur éternel que je vous souhaite, etc. (1).

Dans le sermon sur la fausse conscience, il rassemble en faisceau les principes évangéliques qui règlent la conduite d'un homme droit et chrétien : le chemin du ciel est e'troit, il faut, pour y passer, faire des efforts^ sans se préoccuper des maximes du siècle (2).

Le sermon sur la sévérité de la piénitence est terminé par une prosopopée qui fait apparaître la mort au milieu de l'assemblée, et l'orateur somme ses auditeurs de répondre à cette solennelle injonction du spectre, 'pce7iitentiam agite, « hâtez-vous de faire pénitence, votre jour est arrivé (3). »

(1)T. I, p. ii%, Scandale.

(2) Ibid., 159.

(3) Ibid., 202.

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En finissant le discours sur laj)arole de Dieu (1), Bourdaloue épanche son cœur vers le Dieu de miséricorde et le supplie de ne point permettre qu'après avoir été le prédicateur d'un auditoire chrétien, il soit condamné à en être l'accusateur. Il termine le sermon pour l'octave de r Assomption (2) par une longue prière à Marie, mère de Dieu, où la doctrine et la piété se fortifient mutuellement.

Nous résumerons ce que nous avons dit jusqu'ici de la méthode oratoire de Bourdaloue, en mettant sous les yeux du lecteur le canevas d'un de ses discours ; on se rendra mieux compte de la marche ordinairement adoptée par l'orateur. Nous prenons comme spécimen le sermon sur les richesses (3), prononcé le jeudi delà première semaine de Carême : c'est l'un des discours où le talent du prédicateur apparaît dans tout son éclat, avec sa méthode, ses divisions et subdivisions, ses raisonnements, ses peintures de mœurs, ses conclusions partielles et générales qui humilient chrétiennement les coupables et les mènent à résipiscence.

Pour texte, nous trouvons ces paroles de saint Luc, chap. XVI, V. 22 : Uii pauvre mourut et il fut transporte' par les anges dans le sein d'Abraham.

Un riche mourut aussi et il fut enseveli dans l'enfer, paroles tirées de l'Evangile du jour.

Dans Xexorde, l'orateur donne le véritable sens de son texte d'après saint Augustin; il condamne toute présomption du pauvre contre le riche, aussi bien que tout désespoir de la part du riche; néanmoins il pose cette conclusion finale que V opulence est un plus grand obstacle au salut que la pauvreté, proposition que le Fils de Dieu a

(1) T. IV, p. 38.

(2) T. IX, p. 258.

soutenue de mille manières ; rinvocation à Marie termine cet exposé.

La triple concupiscence fait obstacle au salut du riche :

1° La concupiscence des yeux le pousse à l'injustice ;

2" La concupiscence de la vie le pousse à l'orgueil envers Dieu et envers les hommes;

3" La concupiscence de la chair le jette dans l'esclavage des sens. Or, rien ne développe plus ces trois concupiscences que les richesses ou du moins l'abus des richesses.

En effet, avec saint Chrysostome, il faut distinguer trois choses dans les richesses : V acquisition, la possession et Yiiscif/e.

'L'acquisition est une occasion d'injustice, effet de la concupiscence des yeux; première vérité.

La 2^ossession enfante l'orgueil, c'est-à-dire la concupiscence de la vie ; deuxième vérité.

Le mauvais usage des richesses entretient l'amour des plaisirs, et excite la concupiscence de la chair; troisième vérité.

D'où sortent les trois points du discours :

J " L'homme du siècle est injuste, quand il veut acquérir les biens de la terre ;

2° L'homme du siècle est orgueilleux, quand il possède les biens de la terre ;

3" L'homme du siècle est voluptueux dans le mauvais usage qu'il fait des biens de la terre.

Trois caractères du riche mondain qui vont partager le discours.

Le remède indiqué, c'est l'aumône qui modère le désir des richesses, rend humble dans la possession des richesses et saint dans l'usage des richesses (1).

Pre.aukre partie. — Proposition à établir : L'homme qui

(i)T. iir, p. I.

192 LE p. LOUIS BOURDALOUE

En finissant le discours sur laparolc de Dieu (1), Bourdaloue épanche son cœur vers le Dieu de miséricorde et le supplie de ne point permettre qu'après avoir été le prédicateur d'un auditoire chrétien, il soit condamné à en être l'accusateur. Il termine le sermon pour l'octave de P Assomption (2) par une longue prière à Marie, mère de Dieu, où la doctrine et la piété se fortifient mutuellement.

Nous résumerons ce que nous avons dit jusqu'ici de la méthode oratoire de Bourdaloue, en mettant sous les yeux du lecteur le canevas d'un de ses discours ; on se rendra mieux compte de la marche ordinairement adoptée par l'orateur. Nous prenons comme spécimen le sermon sur les richesses (3), prononcé le jeudi delà première semaine de Carême : c'est l'un des discours où le talent du prédicateur apparaît dans tout son éclat, avec sa méthode, ses divisions et subdivisions, ses raisonnements, ses peintures de mœurs, ses conclusions partielles et générales qui humilient chrétiennement les coupables et les mènent à résipiscence.

Pour texte, nous trouvons ces paroles de saint Luc, chap. XVI, V. 22 : Un 'pauvre mourut et il fut transporté par les anges dans le sein cV Abraham.

Un riche mourut aussi et il fut enseveli dans l'enfer, paroles tirées de l'Évangile du jour.

Dans Vexorde, l'orateur donne le véritable sens de son texte d'après saint Augustin; il condamne toute présomption du pauvre contre le liche, aussi bien que tout désespoir de la part du riche; néanmoins il pose cette conclusion finale que r opulence est un plus grand obstacle au salut que la pauvreté, proposition que le Fils de Dieu a

(1) T. IV, p. 38.

(2) T. IX, p. 258.

soutenue de mille manières ; l'invocation à Marie termine cet exposé.

La triple concupiscence fait obstacle au salut du riche :

1° La concupiscence des yeux le pousse à l'injustice ;

2" La concupiscence de la vie le pousse à l'orgueil envers Dieu et envers les hommes;

3" La concupiscence de la chair le jette dans l'esclavage des sens. Or, rien ne développe plus ces trois concupiscences que les richesses ou du moins l'abus des richesses.

En effet, avec saint Chrysostome, il faut distinguer trois choses dans les l'ichesses : Y acqnisition, la j^ossesûon et Wisage.

U acquisition est une occasion d'injustice, effet de la concupiscence des yeux; première! vérité.

La 23ossessio7i enfante l'orgueil, c'est-à-dire la concupiscence de la vie ; deuxième vérité.

Le mauvais usage des richesses entretient l'amour des plaisirs, et excite la concupiscence de la chair; troisième vérité.

D'où sortent les trois points du discours :

'J " L'homme du siècle est injuste, quand il veut acquérir les biens de la terre ;

2" L'homme du siècle est orgueilleux, quand il possède les biens de la terre ;

3° L'homme du siècle est voluptueux dans le mauvais usage qu'il fait des biens de la terre.

Trois caractères du riche mondain qui vont partager le discours.

Le remède indiqué, c'est l'aumône qui modère le désir des richesses, rend humble dans la possession des richesses et saint dans l'usage des richesses (1) .

PrŒ.MiÈRE PARTIE. — Pi'oposition à établir : L'homme qui

(1) T. III, p. I.

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veut acquérir des richesses est exposé à violer les lois de la justice.

Bourdaloue prouve cette proposition par le témoignage de saint Paul, par le témoignage de saint Jean Chrysostome, qui dit que l'homme avide de richesses veut être riche : 1° A quelque prix que ce soit; — 2° il veut être riche sans mettre de limite à son désir; — 3° il veut être riche en peu de temps.

Ici commencent les applications morales.

On veut être riche à tout prix : même par les voies déshonnêtes, de là l'usure, la confidence (J ) et la simonie, la vente de la justice, le péculat; on n'épargne ni profane, ni sacré. Les désirs des riches n'ont pas de limites ; il semble que la terre est faite pour eux seuls, il ne reste plus de place pour les autres. On veut être riche tout de suite. L'Écriture dit que quiconque cherche à s'enrichir^ ne peut être innocent (2).

La deuxième partie établit cette proposition : La possession des richesses rend celui qui les a acquises orcjueilleiix devant Dieu et devant les hommes. L'orateur apporte le témoignage de saint Paul, commenté par saint Chrysostome, le témoignage de saint Augustin (3). Orgueilleux auprès des hommes : l'homme en possession des richesses devient suffisant et fier. Le développement de cette vérité, exposé en tableaux pris sur le vif de la société humaine. Nous voyons ainsi passer devant nous le riche hautain, le riche suffisant, le riche au-dessus des lois, le riche entouré d'approbateurs. Le riche ne s'en tient pas là : orgueilleux envers Dieu, il devient idolâtre comme le peuple d'Israël, il abandonne le Dieu de ses pères et prend son or pour son Dieu. Rien de plus sai-

(1) En matière bénéiïciale.

(2) Prov. 28 ; 20.

(3) T. III, p. 17.

MÉinODE OBATOIBE DTJ P. BOURDALOUE 19o

sissant que la conclusion de cette seconde partie, où l'orateur dépeint le riche sous toutes ses faces (1).

Dans la troisième partie, nous trouvons le riche livré à la mollesse et au j)laisir, désordre que la seule raison condamne. L'Évangile va plus loin : il commande le renoncement, surtout aux riches, pour trois excellentes raisons, dit le P. Bourdaloue, d'après saint Chrysostome :

1° Pour éviter la corruption des sens qu'engendrent les richesses ;

1° Parce que le riche a toujours quelque chose à expier ;

3° Parce que le riche trouve des obstacles presque invincibles à la pénitence.

L'orateur" ajoute : «Et parce qu'il est impossible avec toutes les aises delà vie de conserver la pureté des mœurs, de là vient un débordement et une corruption générale. » Réflexion qui amène un tableau frappant de la corruption dont Paris, offre le scandale (2).

11 admet cependant que tous les riches ne se livrent pas aux horribles désordres dont il a parlé; mais on se permet le luxe, et il combat le luxe et ses conséquences. Pour conclusion dernière, Bourdaloue presse les riches de tenir compte des menaces qui leur sont adressées par les saintes Ecritures, en employant leurs richesses en œuvres de miséricorde.

(1) Œm, de BourcL, t. III, p. 25, 26.

(2) IbicL, p. 34.

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