‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 46 sur 86 · IIL — LA RETRAITE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

IIL — LA RETRAITE SPIRITUELLE

Au nombre des ouvrages composés par le P. Bourdaoue à l'usage des communautés religieuses, nous avons nommé le livre de la Retraite spirituelle, publié, en 1721, par le P. Bretonneau. La préface de l'éditeur rend compte de ce livre et nous ne pourrions que répéter ce qu'il en dit; aussi nos observations seront- elles courtes. Le P. Bourdaloue n'a pas eu l'intention de donner les Exercices spirituels de saint Ignace dans les termes du maître ; la pensée générale est la même, la marche des exercices et l'expression diffèrent.

Sur l'objet, la nécessité, les avantages delà retraite spi- 7'ituelle, nous trouvons, dans le sermon sur le caractère du chrétien pour le dix-septième dimanche après la Pentecôte, le passage suivant, qui rend bien la pensée de saint Ignace :

Mais ce n'est pas tout. Il faut que la séparation du cœur soit accompagnée, ou, pour mieux dire, soutenue de la

séparation extérieure et corporelle : par quelle raison ? Parce que, dit saint Grégoire pape, la contagion du siècle est telle, que les hommes les plus purs, les plus saints et les plus dégagés de l'amour du monde, ne laissent pas d'en ressentir les atteintes. Il faut donc de temps en temps les affaiblir et en diminuer l'impression, en se retirant et se séparant extérieurement du monde, et faire comme ces consuls et ces princes de la terre dont Job a parlé, qui jusque dans leurs palais se bâtissent des solitudes, où il sont au milieu du monde comme s'ils n'y étaient pas. C'est de là qu'est venu l'usage de ces saintes retraites qui se pratiquent aujourd'hui dans le christianisme, et qui produisent des effets de grâce si merveilleux. Que fait-on dans ces retraites? on écoute Dieu parler, on converse familièrement et paisiblement avec lui, on reçoit ses communications les plus intimes, et on y répond. Ah! mes frères, les jours que vous passerez dans ces pieux et salutaires exercices seront proprement vos jours, et l'on peut dire que sans ceux -Là presque tous les autres sont perdus pour vous. Ce qu'il y a de bien déploi'able, c'est que nous ne les voyons pratiquer ordinairement qu'à ceux qui en ont moins de besoin. Car, à qui est-ce que ces retraites sont plus nécessaires? Ce n'est pas à cet ecclésiastique ni à ce religieux, qui mènent une vie réglée dans leur profession : c'est à cet homme d'affaires, dont la conscience est chargée de miUe injustices, qu'il ne verra jamais bien que dans une retraite; c'est à cet homme de cour qui ne pensera jamais sérieusement à son salut, si une retraite ne l'y fait penser; c'est à cette femme du monde, laquelle se trouve dans un abîme de corruption, dont il n'y a qu'une retraite qui soit capable de la tirer. C'est à ces personnes qu'il faut des retraites. Aux autres, elles sont de conseil, mais à ceux-ci elles peuvent être et sont très souvent d'obligation, parce que, dans l'ordre naturel des grâces et dans la voie commune de la Providence, elles leur deviennent un moyen unique pour se sauver (1) .

(1) T. Vn, p. 159.

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Saint Ignace dans ses Exercices^ donne des armes au chrétien généreux qui entreprend le bon combat, et il le laisse avec sa raison et sa foi aux prises avec l'ennemi, l'encourageant du geste et de ses conseils.

Le retraitant de Manrèse, dès le premier jour, envisage le but qu'il doit atteindre ; rentrant en lui-même, il reconnaîtj voit et mesure les obstacles qu'il doit surmonter ; le directeur ne lui laisse pas ignorer les difficultés qu'il devra renverser , en même temps qu'il lui présente la bannière qui entraîne au combat , avec la devise qui assure la victoire.

L'âme fidèle a secoué le joug du démon ; désormais, elle s'attache à Notre-Seigneur, et vit de sa vie pauvre, soumise et laborieuse ; avec lui elle monte au Calvaire, partage les douleurs de sa Passion ; avecMagdeleine pénitente, elle s'attache à la croix et trouve sa récompense dans la rencontre du divin Maître sorti victorieux de la mort: rencontre qui unit irrévocablement la créature à son Sauveur.

Telle est la marche sommaire des Exercices spirituels de saint Ignace. Bourdaloue a fait sien cet ensemble d'idées, et les a divisées, non point en semaines correspondantes aux différentes situations de l'âme passant de l'état de péché à l'état de grâce par les voies purgative, illuminative et contemplative, mais en huit journées de trois méditations chacune , avec une considération sur la vie pratique.

La fin de l'homme, du chrétien et du religieux, absorbe toutes les réflexions du premier jour : c'est le fondement de l'édifice spirituel; la considération a pour objet la perfection des actions ordinaii'es.

L'obstacle à la perfection, le péché personnel, soit mortel, soit véniel, le péché de scandale, est le sujet des réflexions du second jour; une considération sur l'oraison

mentale^ principe de la vie de foi, termine cette journée et ramène le calme dans l'âme religieuse, péniblement affectée par le spectacle de ses iniquités passées.

Les méditations du troisième jour sont appropriées aux conditions de la vie religieuse : les dangers les plus réels que court la perfection dans le cloître, naissent, le plus souvent, de la tiédeur dans le service de Dieu, de Vahus des grâces, de la perte du temps : autant de sujets de méditation.

La journée est tenninée par une considération sur le devoir rigoureux de la prière liturgique, commune aux religieux, aux religieuses et aux prêtres : sur F office divin.

Au quatrième jour, les grandes vérités reprennent leur autorité sur l'âme qui s'avoue coupable ou languissante. Le retraitant méditera sur la moj't, sur le jugement de Dieu, sur V enfer. Au soir de ce jour terrible, le directeur donne comme sujet de considération : la visite au Saint- Sacrement. Quel soulagement pour l'âme quand elle repose sur le cœur de Notre-Seigneur, et se sent autorisée à goûter cette douce familiarité, par un directeur sage et expérimenté !

Le cinquième jour continue l'œuvre de la justification, en encourageant l'âme par la parabole de V Enfant prodigue : Son retour à la maison paternelle est Vimage de la conversion d'une âme vers son Dieu.

Ce premier exercice est suivi de la méditation du vègne de Jésus- Christ.

Le troisième a pour sujet l'humilité de Jésus-Christ dans V Incarnation. Enfin, pour dernier exercice, le retraitant lira la considération sur la. présence de Dieu. Notre- Seigneur est devenu notre frère sur cette terre; il devient encore l'objet de toutes nos pensées.

Vaine religieuse contemple dans Je premier exercice du sixième jour :

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La pauvreté de Jésus-Christ da?is sa Nativité;

So7i obéissance dans la fuite en Egypte;

Et enfin sa vie cachée jusqii au temps de sa prédication.

La considération traite de la manière de converser avec le ptrochain.

L'exemple de Notre-Seigneur devient de plus en plus pressant : Il aima les hommes jusqu'à mourir pour eux; cette pensée amène les sujets suivants :

Première méditation du septième jour : De la charité de Jésus-Christ dans sa vie agissante; à son exemple, notre charité doit être douce., bienfaisante., universelle.

La deuxième méditation présente les douleurs intérieures de Notre-Seigneur dans sa Passion.

La troisième, les douleurs extérieures de Jésus-Christ dans la Passion.

La considération traite des lectures.

Enfin, le huitième jour nous conduit au terme et nous établit dans la possession d'une vie nouvelle par les méditations :

1° Sur la vie nouvelle de Jésus-Christ dans sa Résurrection;

2" Sur le retour de Jésus-Christ au ciel dans son Ascension;

3° Sur la descente du Saint-Esprit ou de V amour de Dieu:

La dernière considération parle de l'usage et de la fréquentation des sacrements.

Cette retraite spirituelle, calquée sur le livre des Exercices de saint Ignace, ne les reproduit pas intégralement. Elle peut suffire pour un chrétien mûri par l'âge et l'expérience, qui veut resserrer les liens qui l'unissent à Dieu : elle serait impuissante à ramener dans la bonne voie une âme égarée. Elle ne saisit pas l'homme par toutes les

SON APOSTOLAT AUPRÈS DES COMMUNAUTÉS '16o

facultés : la foi et la raison parlent seules. Il faudrait qu'un directeur habile et éclairé suppléât à ce qui raanque et fît, en temps opportun, appel à l'imagination et à la sensibilité, à l'exemple de l'auteur des Exercices spirituels.

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