‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 51 sur 86 · I. — ÉTAT DU PROTESTANTISME EN FRANCE A LA FIN DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

I. — ÉTAT DU PROTESTANTISME EN FRANCE A LA FIN DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

Nous trouvons dans les OEuvres du P. Bourdaloue assez de discours, et dans l'histoire contemporaine assez de faits où son nom figure, pour connaître sa pensée et sa conduite à l'égard du protestantisme français et de ses adhérents.

Les discours et les pièces que nous consultons pour le développement de ce chapitre, sont :

1° L'Oraison funèbre de Henri de Bourbon, prince de Condé, prononcé le 10 décembre 1683 (11 ;

[i) T. Xin, p. 343.

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2° L'exhortation sur la charité envers les nouveaux catholiques (1), prononcée vers 1685;

3° Les archives de Montpellier, pour l'année 1686;

4° L'exhortation en faveur du séminaire des Irlandais, 1698 (2);

5° Un sermon pour la fête de saint Pierre, sur l'obéissance à l'Eglise (3);

6° Des pensées sur la naissance et le progrès des hérésies {h).

On trouve encore dans les œuvres de Bourdaloue des parties de discours de controverse (5) sur le Saint Sacrement, le culte de la sainte Vierge, la prière pour les morts, des allusions et des réflexions qui s'adressent aux dissidents perdus dans l'auditoire.

Pour juger sainement de la pensée et de la parole de Bourdaloue sur le sujet délicat qui nous occupe, il faut se transporter à son époque et prendre place au milieu des assemblées qu'il évangélise, dans le sein d'une société non moins passionnée que la société du dix-neuvième siècle, mais mieux équilibrée par la science solide et pratique de la religion ; il faut, pour le moins, être en possession d'un jugement sain, d'une conscience formée, jouir d'assez de sang-froid pour contempler avec calme les luttes qui s'élèvent entre les peuples, sans confondre les victimes avec les bourreaux.

Quand Bourdaloue est en présence d'une « secte ennemie de F État et de F Église » , en présence du protestantisme militant, il demande « un bras qui la domjjte

(i)'T. Yin, p: 89. "

(2) T. VII, p. 132.

(3) T. XII, p. 375.

(4) T. XIV, p. 227.

(5) Essai d'Octave du Saint-Sacrement, t. XV, p. 415.

et une tête gui la réfute » (1) : voilà la règle de conduite qu'il prescrit; sa règle d'action est conçue dans d'autres termes qui doivent et qui peuvent se concilier avec les premiers. En parlant des huguenots, il s'exprime ainsi : «Édifions-les, aimons-les, assistons-les...; voilà l'aimable violence que l'Évangile nous permet de leur faire, pour les forcer à rentrer dans la maison de Dieu (2) .»

En 1683, Bourdaloue prononça l'éloge du prince Henri de Condé, en présence de son fils, le grand capitaine, et de toute la Cour. îl eut peu d'eïïorts à faire pour être compris et applaudi par son auditoire. Cette .même année qui s'achevait, laissait dans ses souvenirs bien des tristesses: la mort de la reine, la mort de Colbert, le siège de Vienne, la reprise des hostilités avec les puissances coahsées ; et, pour comble de malheurs, la secte protestante que le prince Henri de Condé avait combattue avec succès, relevait la tête ; elle faisait des vœux pour le triomphe des mahométans et des puissances protestantes, et commençait à abuser de la longue tolérance dont elle jouissait depuis Henri IV.

L'orateur avait étudié son histoire, et s'il en parle dans des termes sévères, c'est avec connaissance de cause.

Dans l'Oraison funèbre du prince de Condé, Bourdaloue commence par étabUr qu'en perdant la foi catholique, la France perdait le fondement de sa vraie grandeur. Or, c'était le malheur dont elle était menacée, et qu'a détourné contre toute espérance le Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis.

L'orateur parle ici du cœur, c'est le sentiment patriotique qui l'inspire :

La France, dit-il, autrefois si heureuse et si florissante

(1) Oraison funèbre du prince H. de Condé, t. XIII, p. 367.

(2) Sermon sur le scandale, t. I, p, 115.

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tandis qu'elle avait conservé la pureté de sa foi, gémissait dans la confusion et dans le désordre oii l'hérésie l'avait jetée. L'erreur de Calvin, devenue redoutable par sa secte encore plus que par ses dogmes, malgré toute la résistance du parti catholique, avait prévalu. Son venin, par une contagion funeste, avait gagné les parties les plus nobles de l'État; le sang de nos rois en était infecté ; l'héritier légitime de la couronne l'avait sucé avec le lait ; les princes de sa maison étaient non seulement les sectateurs, mais les chefs et les défenseurs du schisme formé contre l'Église. De là on ne devait attendre que la décadence, et même l'entier renversement de l'empire français. Les temples profanés, les lois méprisées, l'autorité anéantie, le culte de Dieu, sous ombre de réforme, perverti ou plutôt aboli, en étaient déjà les infortunés présages. Mais, au milieu de tout cela, la France était sous la protection du Très-Haut. Quoique penchant vers sa ruine, et sur le bord affeux du précipice où elle allait tomber, la main toute-puissante du Seigneur la soutenait. Le Dieu, non plus d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, mais de Clovis, de Gharlemagne et de saint Louis, veillait encore sur elle ; et pour relever son espérance contre son espérance même : Contra spem in spem (Rom., 4; 18), il se préparait à la sauver, par ce qui semblait devoir être la «ause de sa perte (1).

[I montre ensuite comment Henri de Condé a réparé les torts que ses ancêtres avaient faits à la religion de nos pères.

Henri, l'incomparable prince dont j'ai entrepris de parler, était le sujet que Dieu avait choisi entre autres et prédestiné pour cela. Appliquez-vous , mes chers auditeurs, et admirez avec moi la profondeur des conseils divins. Ce prince était né au sein de l'hérésie ; et quoiqu'il fût encore enfant, le

(1) T. XIII, p. 347.

parti hérétique comptant sur lui, et se promettant tout de lui, le regardait avec raison comme son héros futur. Rien dans l'apparence n'était mieux fondé que cette vue. Mais c'est ici, providence adorable de mon Dieu, où vous commençâtes à triompher de la prudence humaine, et où, par des voies secrètes mais infaillibles, vous disposâtes toutes choses avec force et avec douceur.

Dieu ne voulait pas que la maison de Gondé dût à une autre qu'à elle-même l'accomplissement d'une si sainte obligation, ni qu'une autre qu'elle-même eût l'avantage de réparer ce qu'elle avait détruit. Elle seule en était capable, et tout le mérite lui en était réservé. Elle devait mettre au. jour un autre Esdras, qui fît revivre parmi les siens la loi de Dieu; un second Machabée, qui, animé du même esprit^ purifiât et renouvelât le sanctuaire que ses ancêtres infidèles avaient les premiers profané. Ce Machabée, cet Esdras était notre Henri; et en effet, c'est par lui que la maison de Gondé, après trente années de désolation, retourna au culte des autels et rentra dans la communion romaine ; et par lui que la maison royale acheva d'être purifiée du levain de la nouveauté et de l'erreur (1) .

Ces détails, pleins d'intérêt pour l'histoire, contribuent à la gloire du nom de Gondé.

Voici maintenant comment Bourdaloue définit l'hérétique :

Ce qui fait l'hérétique, ce n'est pas seulement l'erreur^ mais l'entêtement et l'obstination dans l'erreur. Tout homme, dès-là qu'il est homme, est capable de se tromper et de donner dans une erreur dont les fausses apparences le surprennent et le séduisent; mais on ne peut pour cela le traiter d'hérétique, et il ne l'est point précisément par là. On peut bien dire que ce qu'il avance est une hérésie ; que telle

(1) T. XIII, p. 348.

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proposition, telle doctrine est contraire aux principes de la foi; mais s'il ne s'y attache pas opiniâtrement, et qu'il soit disposé à se rétracter et à se soumettre, dès que le tribunal ecclésiastique et supérieur aura donné un jugement définitif qui décide la question, alors, pour parler ainsi, lliérésie n'est que dans la proposition avancée, que dans la doctrine, sans être dans la personne (1) .

Il le met en action, et par cette exposition il s'autorise à déterminer la règle de conduite que tout gouvernement sage, ami des peuples, doit suivre invariablement. C'est Luther qu'il va mettre en scène, à l'occasion d'un sermon sur la parfaite observation de la loi (2) , où il montre les dangers qu'il y a à négliger les petites choses au bénéfice des passions.

De quoi était-il question, quand Luther, cet homme né pour la désolation du royaume de Jésus-Christ, commença à répandre le venin de son erreur? de quoi s'agissait-il? à peine le sait-on, tant la chose, ce senJjle, importait peu. Il trouvait dans les indulgences, ou, pour mieux dire, dans l'application et dans la concession des indulgences, certains abus qui le choquaient : il aurait voulu en retrancher l'excès et en rectifier l'usage. Était-ce donc là des points si essentiels dans la religion? Non, chrétiens; mais, de quelque nature qu'ils fussent, la décision ne lui en appartenait pas : il n'en devait point être l'arbitre ni le juge. Cependant il le prétendit, et sur cet article il osa traiter de superstitieuse la pratique commune des fidèles. Où le mena ce premier pas? vous le savez, jusqu'à combattre les plus inviolables maximes de la foi orthodoxe. C'était peu de chose que la matière qui s'agitait; mais ce fut assez pour le rendre hardi à innover. De l'usage de l'indulgence il en vint à la substance même

(1) T. XIV, p. 227.

(2) T. III, p. 161.

qu'il rejeta; et parce que la foi de l'indulgence avait du rapport et de la liaison arec celle du purgatoire, après avoir décrié l'indulgence, il n'hésita plus à attaquer la créance du purgatoire. La foi du purgatoire était le fondement de la prière pour les morts ; il abolit la prière pour les morts. Cette prière se trouvait autorisée par les liturgies, et par le sacrifice de la messe; il renonça au sacrifice de la messe, non sans peine, il est vrai, mais enfin il y renonça. Gela l'engageait dans le mystère de la satisfaction de Jésus- Christ, du mérite des bonnes œuvres, de la justification des hommes ; il ne respecta rien : satisfaction, mérites, bonnes œuvres,, il dogmatisa sur tout. Là-dessus l'Église s'élève •contre lui; il ne connaît pas d'autre Église que celle des prédestinés, qui est invisible. Le Souverain Pontife le déclare anathème, et il déclare lui-même le Souverain Pontife antechrist. On lui oppose les livres de l'Écriture; U désavoue pour livres de l'Écriture tous ceux qui lui sont contraires. On le presse au moins par ceux qu'il reçoit, et il s'obstine à n'en point recevoir dont il ne soit lui-môme l'interprète pour en déterminer le sens. On convoque des assemblées et des conciles; mais il proteste contre les concUes, et il ne veut pour règle que l'esprit intérieur qui le gouverne. VoUà le dernier emportement de l'hérésie. Pensait-il en venir là? non : il confessa lui-même cent fois qu'il était allé plus loin qu'il ne voulait, et il s'étonnait le premier des progrès de sa secte et de ses erreurs (l).

L'hérétique, à ses yeux comme aux yeux de l'histoire, est un révolté; aux yeux de la foi, c'est un parricide lorsqu'il s'élève contre le mystère auguste du corps et du sang de Jésus-Ghrist, la force, la joie, la consolation du chré-

(1) T. m, p. 171. — Le duc de Luynes, dans ses Mémoires, fait mention de ce passage de Bourdaloue, cité par l'archevêque de Sens, dans les Instructions pastorales contre les jansénistes (t. XII, p. 412, an. 1753). « Pour montrer les conséquences terribles que l'on peut prévoir des entreprises- contre l'autorité de l'Église. B

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tien. Nous citons encore le développement de cette pensée toute de foi; c'est qu'en vérité, l'histoire, la raison et la foi maudissent ensemble les auteurs de semblables monstruosités.

Nous prêchons cet ineffable mystère, nous en démontrons l'incontestable vérité, et les âmes dociles à la foi nous écoutent, se soumettent, reconnaissent dans ce sacrement leur Sauveur et leur Dieu; mais qu'en ont pensé des hommes incrédules et présomptueux, que le démon de l'hérésie a infectés de son souffle empoisonné, qu'en ont-ils dit? Le sacrement le plus redoutable et devant qui les puissances mêmes du ciel tremblent et s'humihent, a été pour eux un objet de dérision : c'a été une folie. Gomment surtout en ont parlé les Wielef, les Calvin, les OEcolampade, tant d'autres suppôts de l'enfer et ministres du mensonge? Ils ont, pour m'exprimer avec le prophète, ils ont aiguisé leurs langues comme celle du serpent, et, de leurs bouches empestées, ils ont lancé le plus subtil venin de l'aspic. Oserais-je rapporter ici leurs blasphèmes? leurs Uvres en sont remplis. Car pour contenter l'aigreur dont ils étaient animés, il ne leur suffisait pas de parler, il fallait que la plume, teinte dans le fiel le plus amer, prêtât à la langue son ministère ; il fallait que la main traçât sur le papier tout ce que le cœur avait conçu de plus outrageant et de plus insultant (1) .

Par un renversement le plus injurieux au Fils de Dieu, et le plus contraire à ses desseins, le sacrement qu'il avait institué pour être le sacré lien d'une paix, d'une charité, d'une union naturelle et perpétuelle entre ses disciples, est devenu l'occasion des plus scandaleuses divisions et des guerres les plus sanglantes (2).

Puis, dans un moment de sainte indignation, il s'écrie :

(1)T. XV, p.491.

(2) Ibid., p. 492.

Où me conduit mon sujet? à quelles fureurs? Que d'effrayantes peintures j'aurais à vous faire, si le temps me le permettait! vous verriez familles contre familles, villes contre villes, provinces contre provinces, le feu de la sédition allumé de toutes parts, et les royaumes, les empires sur le penchant de leur ruine; vous verriez les temples pillés, souillés, changés en des places d'armes ou habités par de vils animaux et leur tenant lieu de retraite ; vous verriez des troupes de satellites attaquer le Seigneur dans sa sainte maison, et porter sur lui leurs mains parricides. Quand les soldats, envoyés des Juifs, vinrent l'investir dans le jardin et le prendre : Vous venez à moi, leur, dit-il, comme à un malfaiteur, armés de bâtons et d'épées (Matth., 26; 47). Ah! Seigneur! qui l'eût alors imaginé, que dans le cours des siècles il y aurait encore des hommes à qui vous pourriez faire le même reproche? Qui l'eût pensé, que, dans l'avenir, il y aurait d'autres temps, de malheureux temps où vos tabernacles seraient brisés et enfoncés, où vos autels seraient renversés, où votre corps adorable serait tiré des vases sacrés qui le renferment et jeté sur le fumier, foulé aux pieds, livré aux flammes? des temps où le sang de vos prêtres, en haine du sacrement dont ils étaient les ministres, coulerait devant vos yeux; où ils seraient poursuivis, tourmentés, immolés comme des victimes? Or, on les a vus, ces temps ; toute l'Église en a gémi, tout le peuple ûdèle en a été dans le trouble et la confusion (1)...

Pour former notre jugement sur le protestantisme français, il faut le voir à l'œuvre, et c'est la tâche que s'est

(I) T. XV, p. 493. — Plusieurs écrivains de notre temps, vraiment érudits et même animés de bonnes intentions, ont trop facilement sacrifié les intérêts de la vérité et de la justice aux préjugés modernes : il semble, d'après eux, que les protestants ont été toujours victimes de la persécution, quand au contraire, et c'est un fait historique incontestable, ils ont toujours été les provocateurs.

Au dix-septième siècle, le protestantisme avait déjà, par ses

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imposée le P. Bourdaloue dans l'Oraison funèbre du prince Henri de Condé ; le tableau de l'invasion protestante en France est plein d'intérêt par sa netteté, comme par la variété et la vivacité du récit.

L'assemblée de La Rochelle, celle de 1621, dit-il, si mémorable et si funeste dans ses suites pour le parti protestant, avait été une espèce d'attentat (eux-mêmes n'en disconviennent pas) que nul prétexte de religion ne pouvait justifier ni soutenir. Assemblée non seulement scbismatique, mais séditieuse, puisque, malgré l'ordre, et contre la défense du souverain, elle avait été convoquée, et qu'au mépris de l'autorité royale, on y avait pris des résolutions dont la France, aussi bien que l'Église, devait craindre les derniers maux. Que fit le prince de Condé? Animé d'une juste indignation, il se mit en devoir de les prévenir; et, éclairé de cette haute prudence que lui donna toujours dans les affaires une supériorité de raison à laquelle rien ne résistait, il en ■sînt heureusement à bout.

Il représenta dans le conseil du roi (et ceci est la vérité pure de ses sentiments, auxquels je n'ajouterai rien), il représenta dans le conseil du roi que cette assemblée était une occasion avantageuse dont il fallait profiter pour désarmer l'hérésie, en lui ôtant non seulement l'asile fatal qu'elle avait tant de fois trouvé dans La Rochelle, mais absolument toutes les places de sûreté que la faiblesse du gouvernement lui avait jusqu'alors souffertes, et dont on voyait les pernicieuses conséquences. Il remontra, mais avec force, que des places ainsi accordées à des sujets étaient le scandale de l'État ; que si ceux qui les occupaient étaient des sujets fidèles, ils ne devaient ni les désirer, ni en avoir

variations, perdu son s\ncn.bole ; ce n'était plus qu'une secte ennemie de l'Etat et de l'Église dont il s'était détaché, ne signalant ■ son existence, comme société, ni par la Traie science, ni par la vertu, ni par le dévouement, mais uniquement par les complots et l'insurrection, comme les révolutionnaires modernes.

besoin; s'ils ne l'étaient pas, qu'on ne pouvait sans crime les leur confier; que, dans le cloute, ces Tilles de sûreté et de retraite leur étaient au moins des tentations dont il fallait les préserver, ou des obstacles à leur conversion qu'il était bon, et même de la charité chrétienne, de leur ôter; qu'il ne convenait point à la piété du plus chrétien de tous les rois de tolérer dans son royaume des places dont on savait bien que la prétendue sûreté était toute pour l'erreur, et oti, tandis que la nouvelle rebgion jouissait d'une pleine liberté, l'ancienne et la vraie était dans la servitude; qu'il ne convenait pas non plus à sa dignité de voir au milieu de la France des forteresses comme autant de semences de, républiques, un peuple distingué, des chefs de parti; qu'il fallait finir tout cela, remettant dans la dépendance ce que l'hérésie seule en avait soustrait, et obligeant à vivre en sujets ceux qui étaient nés sujets ; que quand il n'y aurait plus qu'un maître, bientôt, il n'y aurait plus, selon l'Évangile, qu'un pasteur et un troupeau, et que l'unité de la monarchie produirait infailliblement l'unité de religion (1) .

Bourdaloue réclame pour la France l'unité de foi avec autant de raison que les États voisins, l'Angleterre, la Hollande, la Suède, l'Allemagne, la réclament et l'imposent par la violence à leur s nationaux : Pour atteindre leurs but, les souverains de ces pays n'ont reculé devant aucune injustice, devant aucun forfait, le meurtre, le pillage, la proscription, pour établir chez eux, au détriment des anciennes institutions, cette unité en contradiction avec leur principe fondamental de libre examen. De quel droit condamnent-ils Louis XIV ?

Car qu'ont fait les ministres et les pasteurs de l'Église protestante, poursuit l'orateur, quand il s'est élevé parmi eux des contestations dangereuses et des divisions sur le sujet de la parole de Dieu? Ont-ils permis à toute personne

(1) Oraison funèbre de Condé, t. XIII, p. 361.

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de s'en tenir à la parole de Dieu, expliquée indépendamment de leur Église ; et n'ont-ils pas exigé de leurs disciples que, renonçant à tout esprit particulier, ils reçussent cette parole de Dieu, expliquée dans le sens et de la manière que leur Église leur proposait? Persuadés que, pour maintenir leur Église, il fallait un jugement définitif, ne se sout-Us pas soumis à celui du synode national? N'ont-ils pas fait pour cela un serment solennel, par lequel ils s'y engageaient devant Dieu, et n'ont-ils pas ensuite prétendu pouvoir excommunier ceux qui refuseraient de se conformer à cette règle? Quand ils en ont trouvé d'opiniâtres et de résolus à suivre la parole de Dieu, expliquée par eux-mêmes, plutôt que la même parole expliquée par leur Église, ne les ont-ils pas traités de schismatiques ? ne leur ont-ils pas dit anathème, et ne les ont-ils pas retranchés de leur société, qu'ils soutenaient être l'Église de Dieu? conduite que je défie l'Église protestante de concilier jamais avec sa confession de foi (1).

Bourdaloue entend bien que la France aura, elle aussi, le droit de conserver son unité traditionnelle de foi et de gouvernement, et il ne craint pas de professer hautement cette vérité, que l'unité de religion est le lien qui unit le plus solidement les peuples entre eux ; il en prend à témoin les hérétiques eux-mêmes.

Comme la différence de religion a toujours été, pour ainsi dire, le glaive de division parmi les hommes, jusqu'à rompre entièrement les liens les plus inviolahles de la nature, aussi de tout temps a-t-on considéré l'unité de religion comme le plus sacré nœud de l'amitié. Il n'est pas jusqu'à nos hérétiques qui ne le pensent de la sorte. Dès là qu'ils font secte, et qu'ils composent une Église prétendue, ils commencent à s'entr'aider. Yous en êtes témoins, mes chers auditeurs, et ■ vous savez comment ils sont unis ensemble, comment ils

(1) T. Xn, p. 384.

prennent les intérêts les uns des antres, comment ils se prêtent secours dans leurs besoins (1) .

Bourdaloue appuie ce principe, en invoquant une autorité bien autrement respectable pour les Fj-ançais, l'autorité de saint Louis. Dans le panégyrique de ce grand roi (2), il vante son zèle pour lïntégrité et l'unité de la foi, et il ajoute :

J'ai dit zèle de l'intégrité et de l'unité de la foi. Car quelle horreur saint Louis n'eut-il pas de tout ce. qui la pouvait troubler, et avec quelle fermeté ne s'éleva-t-il pas contre les hérésies de son temps? Quelle victoire ne remporta-t-il pas sur celle des Albigeois, à qui il acheva de donner le coup mortel?... et sa conduite fut toujours animée par un esprit de religion, parce que jamais il n'oublia qu'il était, comme roi chrétien, chargé devant Dieu du sacré dépôt de la foi, et que c'était à lui d'en maintenir l'unité et l'intégrité, en réprimant avec vigueur tout ce qui pouvait y donner la moindre atteinte (3).

S'il est vrai que Louis XIV, dans l'unité de la foi, trouvait une base solide d'autorité, il est vrai aussi que toute mesure prise dans ce sens était en même temps un hommage rendu à la vérité révélée, connue, aimée et défendue depuis des siècles dans le royaume, une satisfaction donnée aux traditions nationales, une garantie durable de paix et de bonheur pour son peuple.

Pour se rendre compte de l'entraînement avec lequel la société française poursuivit cette idée de retour à la foi de ses pères, il faut se transporter à l'époque de splendeur

(1) Trinité, t. X, p. 409.

(2) Saint Louis, t. XIII, p. 116.

(3) Ihid., p. 117.

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OÙ Louis XIV régnait sans contestation, en maître absolu, sans oublier les désastres amoncelés par des hérétiques, depuis un siècle, en Allemagne, en Angleterre, en France. Les moyens mis en œuwe pour atteindre le but, ceux du moins que la religion avoue, n'ont pas été moins légitimes que le but lui-même ; il suffit, pour le prouver, de citer les noms des hommes employés à ramener les peuples dans la bonne voie, tels que saint Vincent de Paul, Bourdoise, Olier, Fénelon, Bossuet, Fléchier, Bourdaloue, un grand nombre de ses frères voués par état à cette œuvre, et d'autres dont la science, la prudence et la mansuétude n'ont jamais été mises en question (1) .

Henri lY, qui avait vu de près les protestants, savait très bien qu'il était difficile de vivre en paix avec eux, et le modus vivendi qu'il régla par l'édit de Nantes, était à ses yeux un moindre mal qui aurait pu, tôt ou tard, ramener la France entière à ses anciennes .traditions, si les protestants avaient été capables de garder leurs engagements ; mais il n'y comptait guère. Du jour que les protestants avaient pris les armes pour substituer leur prétendue réforme à la foi antique de nos pères et renverser l'ordre

(1) Au nombre des hommes connus et aimés du public, qui se sont employés à la conversion des protestants au dix-septième siècle, nous trouvons Pélisson, l'éloquent défenseur de Fouquet et le compagnon fidèle de ses infortunes. Cette fidélité plut tellement au roi qu'il le fit sortir de prison, lui confia des charges importantes et l'employa dans la distribution des pensions qu'il accordait aux nouveaux convertis. [Mémoires inédits du marquis de Sourches, année 1693, époque de sa mort, p. 6.) « Pélisson écrivit fortement contre les huguenots, dit le marquis de Sourches, et y réussit fort bien, parce qu'il possédait les raisons de part et d'autre; quand il mourut, il travaillait actuellement à un ouvrage contre eux, qu'on disait être admirable et que le roi fît remettre entre les mains de l'évoque de Meaux pour l'examiner et le faire achever. » Pélisson était un honnête homme, ni violent, ni partisan des violences.

établi pour régner par l'arbitraire, ils avaient à compter sur la résistance qui ne se fit pas attendre.

Toutefois, en admettant le droit de défense et le droit de répression, Bourdaloue tient à faire aussi la part du cœur, en protestant de l'éloignement où il est de tout sentiment d^aigreur.

A Dieu ne plaise, s'écrie-t-il (1), que j'aie la pensée de faire ici aucun reproche à ceux que l'erreur ni le schisme ne m'empêchent point de regarder comme mes frères, et pour le salut desquels je voudrais, au sens, de saint Paul, être moi-même anathème ! Dieu, témoin de mes intentions, sait combien je suis éloigné de ce qui les pourrait aigrir; et malheur à moi, si un autre esprit que celui de la douceur et delà charité pour leurs personnes se mêlait jamais dans ce qui est de mon ministère.

Laissons encore parler Bourdaloue^ le passage suivant complète sa pensée.

Ce n'est pas toujours par les armes qu'on fait triompher la religion; et il est vrai même que, par les armes seules, la rehgion ne triomphe jamais pleinement. Il faut que la solidité de la doctrine vienne encore pour cela à son secours. . Car voilà le génie de l'hérésie. Convainquez-la sans la désarmer, ou désarmez-la sans la convaincre, vous ne faites rien. Il faut, pour en venir à bout, l'un et l'autre ensemble : un bras qui la dompte, et une tête qui la réfute. La difficulté est de trouver ensemble l'un et l'autre; l'un séparé de l'autre étant toujours faible, comme l'un joint à l'autre est insurmontable (2).

Avec la charité, avec l'énergie de la répression, là où

(1) T. XIII, p. 361.

(?) Ihid., p. 366.

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elle est nécessaire, Bourdaloue demande encore la science ; il retrouve toutes ces qualités dans le prince de Gondé, et il les expose avec une ampleur de vue qui embrasse plus que l'éloge d'un grand prince; il trace le portrait du parfait missionnaire tel qu'il l'a conçu.

Jamais les ministres de Calvin n'eurent un adversaire si redoutable que lui. Il savait leurs artifices et leurs ruses, et il n'ignorait rien de' tout ce qui était propre à leur en faire voir plausiblement la vanité et l'inutilité. Habile en tout, mais particulièrement dans cette science de les persuader ou de les confondre. Savant dans l'Écriture, mais surtout pour leur démontrer l'abus énorme qu'ils en faisaient. Savant dans l'histoire, mais surtout pour la Tradition, dont il leur faisait remarquer qu'ils avaient interrompu le cours. Savant dans nos mystères, mais surtout pour la discussion des points et des articles quils nous contestaient. Savant dans la morale de Jésus-Christ, mais surtout pour prouver la corruption qu'ils y avaient introduite. Savant dans la langue, mais surtout pour leur faire toucher au doigt la fausseté ou le danger de leurs traductions.

Mais en môme temps, jamais les partisans de l'hérésie n'eurent un adversaire si aimable, ni à qui, malgré eux, ils dussent être plus obligés qu'à lui. Il ne se prévalait de ses talents que pour les guérir de leurs erreurs ; et il ne savait l'art de les confondre que pour les gagner à Dieu; insinuant pour cela, pressant pour cela, employant tout, et n'épargnant rien pour cela : prévenu qu'il était de cette pensée, qu'ayant été lui-même enveloppé dans le schisme, et Dieu, par sa miséricorde, l'en ayant tiré, il avait, aussi bien que saint Pierre, un engagement personnel à procurer aux autres le môme bien : Et tu aiiquando conversus, confirma fratres /M05(Luc.,22;32) (1).

Pour leur conversion, il s'en chargeait, il s'y appliquait;

(1) T. Xni, p. 367.

et dans la foule des affaires dont il était occupé, il se faisait un plaisir aussi bien qu'une obligation de celle-ci. Combien, par ses charitables poursuites, en ramena-t-il lui seul à l'obéissance de l'Église, et avec quelle passion n'aurait-il pas désiré pouvoir les y attirer tous?...

Bourdaloue revient souvent sur les moyens de conversion qu'inspire la charité, et tout en partageant le désir commun de ramener à l'unité de foi les enfants d'une même patrie, il se tient en garde contre les systèmes violents. 11 cherche à détourner ses auditeurs des procédés delà politique humaine; c'est cette pensée qu'il exprime clairement au commencement du sermon sui' le Zèle pour l'honneur de la religion (1) , avec le texte :

Credidit ipse, et domus ejus îoia.

Il crut en Jésus-Christ, et toute sa maison crut comme lui.

(S. Jean, iv, 53).

Puis il expose sa profession de foi :

C'est d'un père de famille que l'Évangile nous produit aujourd'hui l'exemple. Touché du miracle que le Sauveur du monde venait d'opérer en sa faveur, et ayant embrassé la loi de cet Homme-Uieu, il la fait encore embrasser à ses domestiques, et ne croit pas pouvoir mieux employer son pouvoir qu'à lui soumettre toute sa maison : Credidit ipse, et domus ejus tota. Ce n'est pas qu'il use de violence, ni que d'une autorité absolue il entraîne des esprits rebelles, et arrache d'eux, pour ainsi parler, une foi contrainte et forcée. En matière de religion, tout doit être libre et pleinement volontaire; et Dieu réprouverait un culte où le cœur n'aurait point de part (1).

Louis XIV et Louvois ont dû. entendre ce langage et comprendre que la volonté du Moi n'était pas aux yeux de

(I) T. Vn, p. 25G,

ir 20

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Bourdaloue un motif suffisant pour imposer à qui que ce fût un retour à la vraie doctrine^, non plus que la violence et laforce. Dans cet esprit de charité, ilénumère les qualités quirendent la parole du missionnaire véritablement efficace.

Au zèle, il veut que l'on ajoute les bons exemples, l'édification de nos mœurs, la ferveur de nos prières, les secours mêmes de nos aumônes,, dont reffîcace et la vertu fera sur l'hérésie bien plus d'impression que- nos raisonnements et nos paroles.. C'est à nous de faire cesser les scandales que l'hérésie, avec malignité si vous voulez, mais pourtant avec fondement, nous reproche tous les jours, et, entre autres, nos divisions, dont elle sait, comme vous voyez, si avantageusement profiter : car voilà l'innocent stratagème pour attirer à la bergerie de Jésus-Christ le reste de. nos frères égarés. Édifions-les, aimons-les, assistons-les : sans tant discourir, nous les convertirons. Gagnons-les par notre douceur, engageons-les par notre prudence, forçons-les par notre charité, faisons-leur cette aimable violence que l'Évangile nous permet, en les conjurant de se réunir à. nous, ou plutôt en conjurant Dieu, mais avec persévérance, de les éclairer, et de leur inspirer cette réunion : ils ne nous résisteront pas (l) .

Tel est en effet le véritable esprit qui doit animer tout catholique désireux de contribuer à. la. grande œuvre de la. conversion des hérétiques,, tel l'esprit qui inspirait la conduite de nos missionnaires, d'après le témoignage de Bourdaloue lui-même qui raconte ce qu'il a vu dans ses courses apostoliques :

Honoré des ordres de notre incomparable monarque, et envoyé pour annoncer l'Évangile à des peuples éloignés, j'ai

(1) Oraison funèbre du prince de Bourbon, t XIH, p. 370.

LE P. BOURDALOtJE ET LES PROTESTANTS 307

VU sur ma route de ces missionnaires et de ces dignes pasteurs du troupeau de Jésus-Ghrist. Mais avec quelle consolation les ai-je vus ! avec quelle admiration ! J'en ai encore le souvenir vivement imprimé dans la mémoire, et je ne le perdrai jamais. J'ai vu des hommes toujours prêts, dès qu'il s'agissait de l'avancement des âmes ; des hommes . occupés sans relâche à cultiver des terres sèches et arides, je veux dire à ramener des esprits égarés, à détromper des esprits prévenus, à gagner des esprits opiniâtres, à éclairer des esprits plongés dans le plus profond aveuglement, à se les concilier,, pour les réconcilier avec l'Église. Je les ai vus, et •j'ai béni mille fois la maison d'oii ils sont sortis (1), comme les Apôtres sortirent du cénacle. J'ai souhaité mille fois qu'Us pussent assez se multiplier, pour faire part de leurs travaux à toute notre France (2) .

Le passage suivant, extrait d'une instruction sur l'Eucharistie, exprime, en excellents termes, le zèle qui l'anime pour la cause de Dieu, et sa tendre charité pour les frères égarés :

Peut-être, ô mon Dieu, votre providence, qui veille sur le sal:ut de tous, conduira-t-elle quelques-uns de nos frères errants. Dans un temps où le plus rehgieux monarque s'applique avec plus de zèle et plus d'efficace que jamais à ramener ces hrebis égarées et à les faire rentrer dans le bercail, peut-être quelques-uns, ou par un esprit de critique, ou par un vrai désir de s'instruire, se mêleront-ils dans la troupe et se rendront-ils attentifs à m'écouter. Daignez, Père des miséricordes, jeter sur eux un regard favorable; daignez, pour disposer l'ouvrage de leur conversion, donner à ma voix une vertu particulière et toute nouvelle. Qu'elle s'msmue, cette vertu divine, jusque dans le fond de leurs

(1) Le séminaire de Saint-Nicolas du Ghardonnet, où les missionnaires avaient été formés (2) T. VIII, p. 121.

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cœurs; qu'elle les pénètre, qu'elle les remue, qu'elle les IlécMsse. Ce sont nos frères, quoique séparés de nous. Ce sont des enfants rebelles à leur mère, mais dont elle pleure la perte et dont elle souhaite ardemment le retour. Heureux, si je puis y contribuer, et s'il yous plaît de m'employer, Seigneur, à une œuvre si sainte et si digne de mon ministère (1) !

D'après les principes exposés jusqu'ici par le P. Bourdaloue, concernant le droit à l'unité de foi catholique dans un Etat bien ordonné, et le devoir imposé à tout chef d'État de répandre dans les peuples la connaissance de son symbole, avec netteté et fermeté, avec douceur et sans faiblesse, avec un zèle intelligent qui exclut toute brutalité, toute violence, il est facile de tirer des conclusions pratiques au sujet des innovations doctrinales qui cherchent à se faire jour dans un Etat. On peut admettre avec tous les bons esprits du dix-septième siècle, et l'on peut dire avec la très grande majorité des Français qu'il était sage d'enrayer les progrès du protestantisme militant. Le rôle plein de dignité et de sagesse que le P. Bourdaloue a rempli dans les missions données en conséquence de l'édit du 25 octobre 'J685, nous permet de nous étendre sur ce sujet et de montrer, par des pièces authentiques, que si le gouvernement de Louis XIV a dépassé quelquefois les limites de la mansuétude, le clergé de son côté s'est toujours montré digne de sa mission.

Les missionnaires n'ont point fait défaut à l'Église de France, dès l'origine du protestantisme, et si les hérétiques avaient été aussi assidus à les écouter que les missionnaires avaient été zélés à les instruire, on serait bientôt parvenu à s'entendre (2) ; au lieu de suivre cette

il) Essai d'Octave du Suint-Sacrement, t. XV, p. 418. (r2) Toir P. Prat, Le P. Coton et son siècle.

voie, les protestants, emportés par Tesprit de secte, aimèrent mieux calomnier les orthodoxes et continuer à troubler l'État par leurs conspirations permanentes, et par les variations de doctrine qui déroutaient toute discussion sérieuse.

Au nombre des apologistes des protestants et des calomniateurs effrontés des catholiques, nous devons citer Claude de Rulhière. Dans un livre intitulé : Éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de redit de Nantes, tij^és des différentes archives du gouvernement (1), cet écrivain cite un Mémoire de Fénelon sur sa mission en Saintonge, qu'il donne comme écrit et signé par lui. On y lisait (2), d'après Rulhière : « Les huguenots paraissent frappés de nos instructions jusqu'à verser des larmes... et ils nous disaient sans cesse, nous serions volontiers d'accord avec vous, mais vous n'êtes ici qu'en passant, dès que vous serez partis, nous serons à la merci des moines qui ne nous prêchent que du latin, des indulgences et des confréries; on ne nous lira plus l'Évangile, nous ne l'entendrons plus expliquer et on ne nous parlera qu'avec menaces... 11 est vrai, ajoute Fénelon d'après Rulhière, qu'il n'y a en ce pays que trois sortes de prêtres, les séculiers, les Jésuites et les Récollets. Les Récollets sont méprisés et haïs, surtout des huguenots, dont ils ont été les délateurs et les parties en toute occasion. Les Jésuites de Marennes sont quatre têtes de fer qui ne parlent

(1) 2 vol. ia-S", 1788. Claude Carloman de Rulhière était un gentilhomme parisien qui fut lancé de bonne heure dans le mouvement des affaires publiques; il voyagea en Allemagne et en Russie. Imbu de tous les faux principes de son temps, il s'est fait l'apologiste des protestants avec la mauvaise foi habituelle aux ennemis de l'Église; il était littérateur et poète. Né en 1735, près Paris, il devint membre de l'Académie française en 1787, et mourut en 1791.

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aux nouveaux convertis, pour ce monde, que d'amende et de prison, etpom' l'autre que du diable et de l'enfer (1). Nous avons eu des peines infinies à empêcher ces bons Pères d'éclater contre notre douceur, parce qu'elle rendait leur sévérité plus odieuse et que tout le monde les fuyait pour courir après nous avec mille bénédictions. » Les lecteurs qui connaissent Fénelon, ne retrouvent ici ni son langage, ni :son esprit, et nous sommes heureux de le retrouver tout entier dans sa correspondance aiithen-

(1) Si l'oa devait ajouter foi au récit de Rulhière, il faudrait admettre que Fénelon et Madame duchesse d'Orléans, la Palatine, étaient du même avis; dans ses souvenirs rétrospectifs, elle écrit : « Le roi d'Angleterre et le roi de Prusse ont résolu, à ce qu'on m'annonce, de défendre vivement la cause des réformés ; les prêtres ne pourront donc plus les tourmenter, ce qui me réjouit cordialement, car je souhaite toute espèce de hien et de bonheur à nos braves compatriotes; et quant aux maudits frères qui les persécutent, je voudrais leur A^oir une corde au cou; ils l'ont bien méritée à cause de leur fausseté et de leur perfidie. » [Corresp., t. H, p. 167-) Si la Palatine n'était connue, on ne comprendrait pas comment le premier personnage de la cour de France a pu tenir un pareil langage. En rapprochant de ces propos, envoyés confidentiellement de Versailles à la comtesse Palatine Louise, le passage suivant de Brueys, auteur de VEistoire du Fanatisme (1692), nous verrons quelle mesure de patriotisme il faut donner aux protestants sortis de France. Brueys avance que l'édit de 1685 jeta le désespoir dans le parti protestant; que les principaux ministres, se voyant sans ressources, firent dessein de troubler la paix de l'Europe. « Quoique ce dessein, ajoute- t-il, parût au-dessus de leurs forces, ils remuèrent tant de machines, ils exagérèrent avec tant de couleurs dans les cours étrangères l'épuisement d'hommes et d'argent que la France avait souffert par l'évasion de leurs sectateurs; et ils trouvèrent de tous côtés des dispositions si favorables par les jalousies que ia gloire et la puissance du roi venaient 'de donner 'à tous ses voisins, qu'ils virent bientôt que ce qu'ils avaient projeté n'était pas impossible. Il fallait un chef qui fût de leur secte, animé contre la France, habile, hardi, ambitieux et capable de tout entreprendre ; ils le trouvèrent dans la personne du duc de Nassau prince d'Orange qui, depuis la paix faite malgré lui en 1682, rongeait son frein en Hollande et attendait

tiqiie avec le rnarquis de Seignelai (1), publiée en 1827, d'après les originaux appartenant à M. le comte de Sèze, pair de France. Fénelon convient d'abord qu'il a trouvé les protestants mal disposés; les lettres qu'on leur écrit de Hollande, qui leur font espérer une délivrance prochaine, les indisposent contre les missionnaires ; il semble, dit-il, que l'autorité du roi ne doit se relâcher en rien,.. Il se félicite du succès de la mission à Marennes, et pourvu, ajoute-t-il (2), « que ces bons commencements soient soutenus par des prédicateurs doux et qui joignent au talent d^ instruire celui de s'attirer la confiance des peuples, ils seront bientôt véritablement catholiques. Je ne vois, Monsieur, qice les Peines Jésuites qui puisseiit faire cet ouvrage, car ils sont respectés pour leur science et pour leurs vertus... » Une seconde lettre (3) tient le même langage sur les Jésuites de Marennes.

La conclusion que nous devons tirer du rapprochement de ces passages, c'est que l'avocat des protestants, Rulhière, est un imposteur ; et que la conduite des missionnaires en général, et des missionnaires Jésuites en particulier, était exempte de tout reproche, qu'ils avaient la science, la bonne renommée, la charité et le savoirfaire, requis pour la circonstance.

Bourdaloue en a laissé des preuves vivantes encore dans ses œuvres oratoires, tous ses discours l'attestent. Soit qu'il implore la générosité des assemblées de charité pom" les 7iouveaux convertis, ou pour les pauvres Irlan-

avec impatience que le flambeau de la guerre vînt à se rallumer. » D'où il résulte que les ennemis du dehors se recrutaient des sectaires du dedans.

(1) Œuvres de Fénelon, 1827," t. I^i- de la Correspondance, p. 3 et suiv.

(2) Ibid., p. 5.

(3) 26 février 1686, à la Tremblade.

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dais catholiques, chassés de leur pays; soit qu'il prêche aux convertis de Montpellier^ il ne fait jamais appel à la violence; et s'il se montre sévère, c'est toujours à l'égard de ses coreligionnaires qu'il voudrait voir plus empressés à porter secours à leur g frères égarés.

Ajoutons qu'en plaidant la cause des nouveaux convertis, Bourdaloue ne se fait pas illusion sur leur compte ; il sait ce que valent les conversions en masse, il sait la part qu'il faut faire à l'intimidation; mais, loin de conclure à la tolérance absolue, il dit assez haut qu'il faut s'employer activement à la conversion des hérétiques, nous avons vu par quels moyens.

Entrons maintenant dans quelques développements sur les œuvres en faveur des nouveaux convertis, rassemblés •dans la capitale au dix-septième siècle.

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