LE NOVICIAT DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A PARIS
Dès que les Pères furent entrés en possession de l'hôtel de Mézières, en 1612, quelques chambres et une chapelle furent rapidement appropriés à la nouvelle destination, et les novices se groupèrent, dans leur solitude, autour du Père Lancelot Marin, premier maître des novices à Paris et promoteur de la fondation.
Une église plus convenable fut élevée en 1630, aux dépens de François Sublet des Noyers, secrétaire d'Etat au département de la guerre ; Henri de Bourbon, évêque de Metz, abbé de Saint-Germain des Prés, voulut en poser la première pierre le 10 avril de la même année. L'évêque de Boulogne la consacra en 1642, sous le vocable saint François-Xavier. Cette église, petite dans ses proportions, mais heureusement conçue, était l'œuvre du frère Martel- Ange, de la maison professe; les artistes contemporains les plus célèbres avaient bien voulu lui prêter leur concours. Notre grand peintre Poussin, après avoir donné les plans de l'ornementation du sanctuaire, voulut peindre lui-même le tableau du maîtreautel représentant la résurrection d'un jeune Japonais à la prière de saint François Xavier (1).
Le sculpteur Jacques Sarrazin, les pein très Vouet et Jacques Stella, autres célébrités de l'art français, voulurent aussi contribuer à la perfection de l'œuvre ; hommage flatteur rendu à l'humble architecte frère Martel -Ange, témoignage de l'estime et de l'affection que ces grands artistes portaient aux nouveaux hôtes de ce nieux asile.
([) Ce tableau occupe aujourd'hui une place d'honneur dans le grand salon des galeries du Louvre, n» 434.
APPENDICE N" YI (p. IS).
NOTICE SUR LE COLLÈGE d'AMIENS (1)
La ville d'Amiens possédait, de temps immémorial, im établissement, scolaire, célèbre au quatorzième siècle, sous le nom de grandes Ecoles ou maison de Saint-Nicolas aux pauvres clercs dils Capets. Par la . négligence des régents, ou par suite d'une mauvaise administration, cette école, à la fin du seizième siècle, tombait en décadence au grand préjudice de la vraie foi. En 1583, l'évêque Geoffroy de la Martonie, voyant la jeunesse du pays aller chercher ailleurs une éducation qu'elle ne trouvait point dans la cité, proposa au corps de ville de faire venir les Jésuites pour remplacer l'ancien personnel des grandes Ecoles ; après quelques difficultés, la majorité du conseil donna son consentement et les Jésuites furent introduits à Amiens, le 18 février 1393. D'après le traité conclu entre le Père de Machault de la Compagnie de Jésus et la ville, les PP. Jésuites durent ouvrir cinq classes de grammaire et d'humanités, avec un compendium de logique, et, suivant les ressources, un cours de philosophie et de théologie. Par le crédit du comte de Saint-Pol, gouverneur de la province de Picardie, les Jésuites, après le retrait de l'édit de bannissement, obtinrent du roi Henri IV, des lettres patentes datées de 1604; enregistrées au bailliage d'Amiens en 1608. Dès l'année 1607, les Pères avaient préparé le nouvel établissement avec le concours des familles notables de la ville, parmi lesquelles nous devons citer le PèreFoursy de Frémicourt, Jésuite, natif de Péronne ; Charles Le Roi, ancien principal du collège, qui se fît Jésuite et laissa son bien pour l'œuvre du collège ; Jean Le Roi, son frère, cha-
(1) Histoire d'Amiens, par le P. Daire célestin, t. Il, p. 300. — Comptes rendus au parlement, 15 mars 1763.
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noine, laissa aussi une fondation pour les pauvres clercs dit capettes ou capets (i), et une autre en faveur d'une mission dans les campagnes ; une cotisation donna 6,000 livres pour la bibliothèque. La Société des archers, en 1616, laissa au collège un terrain contigu qu'elle occupait. En 1613, la vïUe autorisait la construction d'un pont sur la rue pour communiquer du collège dans l'ancienne église de Saint-Denis des Prés dont les Jésuites étaient en possession depuis l'année 1610, Cette chapelle, bâtie au onzième siècle, en 1083, fut agrandie en 1664, Au dernier siècle on y vénérait le corps de saint Félix, donné, en 1716, par le Père Michel LeteUier, confesseur de Louis XIV. En 1618, le bâtiment des anciennes écoles étant hors de service, il fallut reconstruire tout le collège sur un plan nouveau; les travaux marchèrent lentement, faute d'argent; on dut faire appel à la charité publique; les études en souffrirent jusqu'à ce que la donation des Frères Bingard, Pierre et Louis, permit d'achever (1704) l'édifice commencé dans les premières années du dix-septième siècle.
Les Pères du collège d'Amiens dirigeaient, en outre, une maison de retraite dans les dépendances de l'ancien prieuré de Saint-Denis en 1687 ; elle fut rebâtie à neuf en 1740 par la pieuse libéralité des fidèles. Le Père chargé de la direction est indiqué dans les catalogues, sous le titre de Dir. ascet. Director asceterii.
APPENDICE N° YII (p. 15).
NOTICE SUR LE COLLÈGE d'oRLÉANS
Les Jésuites apparurent de temps à autre dans la ville d'Orléans, vers la fin du seizième siècle et au commencement
(1) Comptes rendus au parlement, p. 121, 15 mars 1763,
du dix-septième (1). Ils n'y eurent d'établissement définitif qu'en 1617, lorsque le gouverneur de la Province, eut obtenu les lettres patentes datées du 19 mars 1617, confîrmatives de lettres plus anciennes (2) (1609) . Le 12 mai, les Jésuites furent mis en possession du nouveau collège par le" gouverneur et par les officiers municipaux. Les classes furent ouvertes à la Saint-Luc de la même année, 18 octobre 1617. Le premier établissement, insuffisant et incommode fut remplacé par un autre collège, offert à la Compagnie par Raoul Gaziîle, prieur commendataire de Saint-Samson. Ce généreux et zélé promoteur de l'éducation chrétienne avait construit, dans l'enceinte de son prieuré, des classes, une salle des actes, des .chambres et une partie de l'église qui fut achevée avec le concours de nouveaux bienfaiteurs, le sieur Lallemand et Louis de Machault, conseiller d'État. Gazille, en outre, avait affecté au nouveau collège les revenus d'un bénéfice de Saint-Sulpice de Laigle, dont il était titulaire en Normandie. L'inauguration en fut faite le 9 mars 1619 par les grands vicaires, et le 1-4 du même mois par le lieutenant général; la ville, quelques années après, se décida enfin à contribuer elle-même à l'embellissement de la nouvelle institution; sur la demande du Père Recteur, le maire et les échevins offrirent à l'église (1623) une vitre (3) de 150 livres, avec les armoiries de la cité : c'était justice, car le nouveau collège avait ramené à Orléans la jeunesse, qui jadis allait chercher ailleurs l'instruction et l'éducation. L'ancienne Université d'Orléans, flère de ses Écoles de droit, aurait cru déroger à sa vieille réputation, en acceptant dans l'enceinte de ses murs, une faculté des arts. En 1627, le collège des Jésuites d'Orléans
(1) Les documents pour l'Histoire de France, Lettres inissives d'Èenri IV, t. YII, p. 677, donnent une lettre du roi datée de 1609, dans laquelle il dit à l'Evêque qu'il désire voir les Jésuites établir leur collège au centre de la ville.
(2) Yoir Compte rendu au parlement, 27 août 1763, p. 581 et suiv.
(3) Yerrière.
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•comptait, en huit classes, quatre cent douze élèves (1).
Malgré l'opposition que suscitèrent contre les Jésuites la liaine des huguenots ou des rivalités peu avouables, l'établissement des Jésuites à Orléans recueillit de nombreux témoignages de sympathie; au nombre des bienfaiteurs, il faut compter, avec le comte de Saint-Paul et Raoul 'Gazille, Jérôme Lhuillier, docteur régent de l'Université d'Orléans.' Outre les fondations scolaires, d'autres fondations furent mises à la disposition des Pères, dans le but d'évangéliser les campagnes ; nous en signalons quelques-unes ; Le sieur Lambert du Cambray fonda une mission pour ses terres en 1623. — Anne de Caumont, veuve du comte de Saint-Paul, dame de Ghâteauneuf, fonda aussi une mission pour la paroisse de Ghâteauneuf et l'archidiaconé de Sully: une autre a été fondée par le chanoine Songier pour Tarchidia- Goné de Beauce; Louise d'Etampes, veuve de Guy de Rochechouart, fonda une mission pour les paroisses de Grigneville en 1636; Longuet de Gourbenton établit la même œuvre pour l'archidiaconé de Sologne.
Le collège était encore soutenu par les libéralités du Souverain et par les pensions que plusieurs familles assuraient en souvenir de religieux, leurs parents.
Il est fait mention, en J6o5, de l'acquisition d'une maison •de campagne au lieu dit Montplaisir.
APPENDICE N" YIII (p. 15).