‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 64 sur 86 · A ROUEN · texte numérisé non relu

A ROUEN

La Compagnie de Jésus comptait à Rouen, au commencement du dix-septième siècle, trois établissements d'éducation : un collège, un séminaire et une maison de troisième probation, dite le Noviciat. Le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, témoin du succès qu'obtenaient les Jésuites contre l'hérésie, par la prédication et l'enseignement de la jeunesse, forma le dessein de les établir dans son diocèse; pour préparer les voies, il fit venir le P. Possevin à Rouen en 1569. Possevin prêcha l'Avent cette même année et le Carême de l'année suivante ; entre les deux stations, il se rendit à Dieppe, où le protestantisme dominait. Le cardinal

(1) Mémoires de l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame, publiés par M. lloux, 8° 1863, p. 178. — Y. Emond. Histoire du collège Louis-le-Grand, p. 365.

dut encore attendre plus de dix ans avant de pouvoir donner suite à ses projets; en 1582, après avoir triomphé de l'opposition soulevée contre les Jésuites par le chapitre, les ordres mendiants, le parlement et l'hôtel de viUe, il acheta l'hôtel du Grand-Maulevrier pour y établir le nouveau coUège. Les Pères, peu rassurés sur la solidité des revenus affectés à l'établissement, crurent prudent d'attendre que le fondateur eût rendu la situation moins précaire ; ils attendirent ainsi jusqu'à l'année 1592; à cette époque, ils se virent secondés par le conseiller Jacques du TiUet, .prêtre du diocèse de Paris, qui avait abandonné à la Compagnie son prieuré de Grandmont-lez-Rouen. Son exemple entraîna le concours de plusieurs autres conseillers en faveur du collège ; des écoliers furent chargés de faire la quête pour l'entretien de leurs maîtres ; enfin la ville se décida à donner une subvention de 2,000 livres et de 25 aunes de drap noir. Les classes furent ouvertes le 15 février 1593. Une année s'était à peine écoulée, que les Pères Jésuites de Rouen, durent suivre en exil leurs frères de Paris (février 1595). Huit ans après, en septembre 1603, Henri IV, mieux informé, leva l'édit de bannissement, et le 2 janvier 1604, les Jésuites purent enfin ouvrir leurs classes (1) .

L'enseignement du Collège Saint-Louis, vocable sous lequel fut désigné le collège des Jésuites, comprenait les classes de grammaire, la poésie, la rhétorique, deux années de philosophie, logique et physique, et un cours de théologie. Dès les premières années du dix-septième siècle, les Jésuites de Rouen purent donner un grand développement à leur collège; des terrains furent achetés, et une église fut commencée ; la reine mère Marie de Médicis en posa la première pierre en 1614 ;

(1) Gfr. Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen, avant 1789 par M. de Beaurepaire, t. II, p. 31. On trouve dans le même ouvrage, des détails très intéressants sur le collège de Rouen; la liste des recteurs, des hommes célèbres sortis de cette école; la nomenclature des pièces représentées sur le théâtre du collège au dix-septième et au dix-huitième siècle.

Id. Histoire de Rouen, par Farin, t. II; ann. 1738.

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les travaux marchèrent lentement (1). François de Harlay, archevêque de Rouen, l'inaugura en 1631 ; elle ne fut complètement achevée qu'en 1704.

Sous les dalles de cette église avaient été inhumés plusieurs bienfaiteurs insignes : demoiselle Boivin, dame de Galleville, inhumée le 15 novembre 1641, dans la chapelle de la Passion. Dans la chapelle de la Sainte- Vierge, dame Marguerite Le Marchand, morte le 12 mai 1662. Jacques Poériez, seigneur d'Anfreville, président au parlement de Rouen, mort le 22 octobre 1655, reposait dans le caveau réservé aux religieux.

Le Noviciat ou maison de troisième probation, sous le nom de la Sainte-Trinité (2), était placé sur la paroisse Saint- Yivien;il avait été fondé par dame Elisabeth du Moucel, veuve de M. d'Aubigny, baron de Grespon, le 24 février 1603. Nous pensons que le P. Alexandre du Moussel, signalé comme operarius (3) chargé du ministère des âmes au collège de Rouen en 1688, appartenait à cette famille.

Le Séminaire de Joyeuse était une fondation du cardinal de Joyeuse, confiée à la Compagnie en faveur de trente pensionnaires à la nomination de sa famUle. La duchesse de Guise, nièce du cardinal, passa le contrat de fondation avec le P. Gharlet, provincial, après la mort du testateur (4). Les jeunes gens étaient admis à l'âge de quatorze ans et devaient être en état de suivre le cours de grammaire supérieure, (classe de troisième). Le régime de la maison était réglé; le nombre des élèves devait être proportionnel aux revenus effectifs, il y avait ime tenue uniforme, et pour nourriture ordinaire : potage, une demi-livre de viande, Is pain et le cidre à discrétion ; les élèves, après la philosophie, étudiaient les cas de conscience et ne pouvaient étudier la théologie

(1) Cette église fut, dit-on, construite avec les débris du château Gaillard des Andelys, que le roi avait mis à la disposition des Pères de Rouen.

(2) Il a été transformé en caserne.

(3) Cat. Ms. 1688.

(4) Arch. Rom. ann. S. J. Fr. 1615.

dogmatique qu'avec l'assentiment du supérieur. Ils devaient avoir un correspondant en viUe pour le cas de maladie ou d'exclusion ; s'ils abandonnaient la carrière ecclésiastique, ils devaient rembourser au séminaire, les frais de séjour. Ces sages mesures étaient garanties par un acte passé entre les intéressés avant l'entrée du candidat et désignées dans les pièces du temps sous le nom de caution bourgeoise (1). Elles prouvent que les Normands ont toujours eu l'esprit pratique. M™® de Guise fit l'ouverture Am Séminaire de Joyeuse le jour de la Pentecôte 1616. Les lettres annuelles de France donnent pour date de l'établissement définitif, le mois de février 1622, époque où toutes les formalités furent complètement remplies.

APPENDICE N° X (p. i8).

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