‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 66 sur 86 · NOTICES SUR LE COLLEGE DE RENNES · texte numérisé non relu

NOTICES SUR LE COLLEGE DE RENNES

La ville de Rennes appela les Jésuites à la direction de ses écoles en 1587. Le P. Dupuy, provincial de France, disent les mémoires du pays (1), mais plus vraisemblablement délégué du P. Pigenat, provincial jusqu'en 1592, le P. Dupuy, vint traiter avec MM. de la communauté de ville pour régler la fondation projetée ; l'exil des Jésuites, amené par suite du procès de Gbatel en 1594, suspendit l'exécution du projet jusqu'au jour du rappel en 1604; les lettres patentes du roi Henri IV, enregistrées le 23 juin de la même année, autorisèrent l'ouverture du collège et l'acceptation des dons et legs faits pour le soutenir.

(1) Le P. Dupuy a été provincial en 1592; en i587 le P. Pigenat était chargé du gouvernement de la province de France.

Toutes les classes de la société s'empressèrent de contribuer au développement des nouvelles écoles. Le clergé, le parlement, le corps de ville et les habitants rivalisèrent de générosité en faveur des nouveaux maîtres.

Le 30 août 1604, le collège était ouvert avec six classes de lettres et deux de philosophie; une maison de campagne était achetée au lieu dit Bellevue; la première pierre de l'église, fut posée le 22 juillet; l'importance de l'édifice demanda du temps et .des dépenses, auxquelles la viUe souscrivit; la dédicace n'eut lieu qu'en 1675.

En 165o, on élevait au nord de l'église la chapelle de la Congrégation, dite de la Purification ; la ville en a 'fait depuis un musée; une autre Jchapelle, située au sud de la cour des classes, servait de chapelle aux élèves les jours ordinaires ; aux jours de fêtes on y réunissait les membres de la congrégation des artisans ; la bibliothèque était au-dessus ; cette bibliothèque fut incendiée au commencement du dixseptième siècle. Du côté de l'est, s'élevait la maison de retraite, occupée maintenant par les appartements du proviseur, la lingerie et l'infirmerie du lycée.

Le collège de Rennes était le collège le plus fréquenté de tous les collèges de la province de France; ordinairement il comptait deux mille cinq cents élèves, dit le P. Sotwel; en 1675, il en a compté jusqu'à trois mille. Les Mémoires de la ville de Rennes élèvent le chiffre au nombre de quatre miUe ; la communauté se composait de vingt-six religieux ; on enseignait outre les classes de lettres et d'humanités, la philosophie, les mathématiques, la théologie spéculative et morale (1).

Nous recueillons, dans les souvenirs du collège des Jésuites, à Rennes, plusieurs faits qui nous ont paru dignes d'être racontés. Les Jésuites de Rennes, à la nouvelle de la mort du roi Henri lY, arrivée le 14 mai 1610, donnèrent tout l'éclat possible aux funérailles du grand roi, fondateur du collège et l'ami des Jésuites. Par les soins du recteur, les

(1) P. Sotwel hibl. scrip. 1676, Rhedonense collegium. II ' 36

S6a LE p. LQinS EOURDALOUE

discours prononcés à cette occasion furent reGaelUiSy imprimés et livrés tLU public (l'6;ii, in -^8°).

Vers 1622, les notables de Rennes, voulant corriger la prononciation traînante et chanlante des indigènes, 'éveillèTent l'attention des Pères du Collège sur ce point d'éduication; on envoya à Rennes des Pères originaires de Bordeaux ; aussitôt grand émoi dans la viHe : .« Veut-on faire gasconner les Bre~ tans? )) Les autorités exigèrent l'envoi de Pères appartenant à la province de Fr^aice-

Autre souvenir : lorsque la -.Compagnie de Jésus dut succomber sous les efforts de la tempête ■qui avait pris naissance au PajL'lement de Bretagne., les Jésuites de Rennes crurent devoir donner à leur àépajrt une certaine solennité ; protester hautement contre Tinique proscription dont le Parlement de Rennes s'était rendu coupable.

Le lendemain de la fête de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, le 1" .août il^'^, le Père François- Xavier Duchet (1), directeur .des retraites, célébra, à onze heures, une dernière messe, à laquelle tous les Pères assistèrent en surplis ; à la fin de la messe, le célébrant ouvrit le tabernacle, .emporta le Saint Ciboire, laissant le tabernacle vide, éteignit la grands lanape, et sortit, suivi de tous les Pères et d'un grand nombre d'élèves. L'église fut fermée jusqu'àl' époque où elle dut remplacer, comme église paroissiale, l'église de Toussaint, détruite par un inceniMe (2) .

(1) .Les Mémoires de la ville disent Duchez, nous écrivons d'après nos catalogues.

(2) Arch. de la ville de Rennes, 1. IV, art. 68 et Ms. signé A. M.

APPENDICE N" XIII (p. 28 et 29).

NOTICES SUR LES PRÉDICATEURS ATTACHÉS A LA MAISON PRO- FESSE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A PARIS, A LA FIN DU DIX- SEPTIÈME SIÈCLE, 1672 ET 1688.

Le P. Pierre Bj^ossamin. — Longtemps prédicateur et confesseur à Saint-Louis, le P. Brossamin est mort le 2 décembre 1702; son corps repose dans les caveaux 'de l'égUse; l'abbé Legendre, dans ses Mémoires le range au nombre des meilleurs prédicateurs de son temps; il jouissait de la réputation de bon poète latin.

Le P. Jacques Giroust. — Le P. J. Giroust, né en 1524 à Beaufort en Anjou, est entré dans la Compagnie de Jésus le 25 octobre 1641 ; il mourut à la maison professe et y fut inhumé le 29 octobre 1689, d'après la liste nécrologique des caveaux de Saint-Louis (1). Le P. Giroust est une des célébrités de la chaire pendant la première moitié du règne de Louis XIV. Esprit droit et solide, il était très versé dans la connaissance des matières ecclésiastiques ; son éloquence était naturelle, forte (2), pleine d'onction, allant souvent jusqu'au pathétique le plus saisissant. Les négligences de diction qui lui étaient reprochées étaient la conséquence de sa méthode de préparation ; il arrêtait les points principaux de son sujet, les méditait profondément puis confiait l'expression à l'inspiration du moment. Le P. Giroust était encore dans la force de l'âge lorsqu'il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, suivie d'une paralysie de la moitié du corps. Ne pouvant plus monter en chaire, il consacra les dernières années de sa vie à la directiou des âm,es ; dégoûté du monde et des choses du monde, il voulut faire disparaître tous ses

(1) L'Éloge dit, 19 juillet 1689.

(2) Mmoires de Trévoux, 1701, p. 42.

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discours dont il avait fait une rédaction; les supérieurs s'y opposèrent. Après sa mort (1686), le 'P . Bretonneau a rassemblé ses papiers, les a mis en ordre, a rempli les lacunes de ses compositions et les a publiées. Avent, 2 vol. in-12 (Tours). Paris, 1700. Carême, 3 vol. in-12; 1704. Nouvelles éditions en 1737, 1757, 1781. M' Migne les a insérées dans la collection des Orateurs sacrés, en 1845. Tom. XIII, (Bibl. des écriv. de la Compagnie de Jésus, par le P. de Backer.)

Le P. Claude-François Ménétrier. — Le P. Ménétrier est né à Lyon le 10 mars 1631. Dès sa première enfance, il annonça les plus heureuses dispositions .pour la vertu et l'étude des sciences (1). Il entra au noviciat à l'âge de seize ans, le 24 septempbre 1647. Après les études ordinaires, il commença la régence ; dès cette époque il commença ses études favorites sur l'bistoire, le blason, les médailles, genre de connaissances où il excella et qu'il eut souvent occasion de mettre en pratique. Il se passait peu de fêtes soit à Lyon soit à Paris, dont il ne fut l'organisateur. Après quatre années de théologie, il prit part au synode de Die oii le P. de Saint-Rigaud l'avait conduit; par l'étendue de son savoir et sa facilité à parler les langues française, grecque et latine, il confondit les ministres protestants et fit abréger le synode, à la confusion des hérétiques. Depuis, il eut occasion de voyager en Italie, en Allemagne, en Flandre et en Angleterre; il recueillit de ses excursions, des connaissances et des relations d'amitié qui lui servirent toute sa vie. Enfin les supérieurs l'envoyèrent à Paris, où il exerça le ministère de la prédication tout en utilisant ses études

(1) Quelqu'un ayant trouvé dans la combinaison des lettres de son nom Claude Ménétrier, l'anagramme Miracle de la nature ; le Père répondit par ce quatrain :

Je ne prends pas pour oracle Ce que mon nom vous a fait prononcer Puisque pour en faire un miracle

Il a fallu le renverser.

[Lyonnais dignes de mémoire, par Delandine, 1. 1, p. 99.)

-spéciales. L'abbé Legendre le présente comme un prédicateur pathétique (1). Depuis l'année 1670, il prêcha pendant vingt- cinq ans. Aux qualités du dehors, le P. Ménétrier joignait les vertus qui font le bon religieux; d'une grande douceur de caractère, il était toujours disposé à rendre service. Le P. de la Chaise avait demandé au P. général de l'attacher à la province de France, parce que ses services lui étaient très utiles (2). Son humeur était égale, sa douceur pleine d'attraits; il était modeste, simple, d'une grande piété et d'une grande dévotion envers Notre-Seigneur et la sainte Vierge. Après trois mois de souffrances et de patience inaltérable, il mourut à Paris, à la maison professe, le 21 janvier 170o. Son corps est enterré dans les caveauk de l'église.

Le P. François Ridelle était, en 1688, confesseur des religieux et des théologiens du collège de Gaen.

Le V.Louis Jobert. — Né en 1636, le P. Jobert est mort en 1716, c'était un prédicateur de talent et, d'après l'abbé Legendre, un orateur affectif (3). Il a publié plusieurs ouvrages de piété en l'honneur delà sainte Vierge ;il avait aussi traduit en français la démonstration évangélique de Huet ; à la prière du prélat, il ne livra pas son travail à l'impression pour ne point nuire à l'original. Le P. Jobert a laissé une grande réputation de numismate; son livre intitulé : la Science du médailler (1692) a été traduit et réédité dans tous les pays de l'Europe.

Le P. Honoré Gaillard. — Né le 9 novembre 1641, le P. Gaillard est entré dans la Compagnie le 5 novembre I606, il est mort le 11 juin 1727 ; il avait prêché pendant trenteneuf ans avec succès ; on l'entendit souvent à la Cour. Son corps repose à Saint-Paul-Saint-Louis. M"* de Sévigné écrivait, le 18 mars 1689, à sa fille, que le P. Gaillard était le Bourdaloue de cette année. Tom. VIIL 337.

Le P. Joseph Dorléans entra dans la Compagnie en 1638, à

(1) Mémoires, p. 19.

(2) Lettre au P. Général, 31 décembre 1695; Arch. Rom.

(3) Mém. p. 19.

S66 LE p. LOUIS BOtJïlDALOUE

l'âge de dix-kiiit ans ; il est mort en 1698, il a écrit plusieursouvrages d'histoire et des biographies intéressantes; sa méthode courte et facile pour discerner la véritable religion chrétienne d'avec les fausses, est estimée.

Le P. de Gonnelieu; écrit plusieurs ouvrages ascétiques; c'était un prédicateur estimé, sévère dans son enseignement, indulgent au confessionnal. Il est né à Soissons le 6 septembre 1640, et est mort h la maison de Saint-Louis, où il est enterré, le 28 février 1715.

Le P. Charles de la Rue est né à Paris le 2 août 1643 ; novice à Paris en 1659, il est mort le 27 mai 1725. Il jouissait d'une grande réputation comme humaniste, poète et orateur. En 1719, il a publié quatre volumes de sermons qui ne soutinrent pas la grande réputation qu'il s'était acquise par son action oratoire. Ses oraisons funèbres ont été rassemblées et mises au jour, par les soins du P. Bretonneau, en 1740. Ses éditions des auteurs classiques sont toujours estimées. Il eut pour ami Pierre Corneille : le grand poète faisait cas des compositions du P. de la Rue ; il regrettait que la profession de religieux ne lui permît pas de donner carrière à son génie. (V. Bibl. écri. S.-J. de Backer.)

Nous n'avons aucun renseignement sur les autres Pères. .

APPENDICE N° XIV (p. 31).

ÉLOGE DU P. BOURDALOUE, jÉsmTE, EXTRAIT DU Mercure-Galont,

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