ANNÉE 1696, DÉCEMBRE, PAGES
« L'art le plus difflcile et le gouvernement qui demande plus de science et de travail, c'est la conduite des âmes. Il
(1) Il est attribué à l'abbé de Fourcroy.
faut dans ceux qui l'entreprennent nn certain tempérament de Tertus qui ne se rencontre que dans les hommes extraordinaires. Une humilité sans bassesse, un courage sans fierté, une compassion sans lâcheté et une fermeté sans opiniâtreté, en un mot, il faut bégayer avec les enfants, se rendre infirme civee les infirmes et renverser toute la discipline du cœur humain. Qu'y a-t-il de plus pénible que cette entreprise? Telles sont cependant les obligations des directeurs. Ne reconnaissez-vous pas ici k portrait du P. Bourdaloue, savant et pieu^ religieux de la Gompa.gnie de Jésus, et une des plus grandes lumières de l'Église. Représentez-vous donc d'abord cet homme apostolique qui, tantôt fait connaître aux magistrats qu'il faut juger avec équité, tantôt apprend aux marchands qu'il faut user de bonne foi dans le commerce, tantôt Renseigne [aux soldats les plus accoutumés à blasphémer le nom de Dieu, le moyen de chanter ses louanges et de le bénir. Toutes les qualités convenables à un excellent prédicateur se trouvent en lui ; la noblesse, pour relever les sentiments; la force, pour supporter le travail ; le courage, pour résister au mal; la vivacité et la pénétration pour prévoir les meilleures choses. Dieu l'a rendu capable d'exécuter ses volontés, de vaincre la raison humaine par la science du salut; et, faisant revivre" en sa personne l'éloquence de saint Jean Ghrysostome, il lui a donné le corps, le cœur et l'esprit d'un apôtre, et l'a formé tout entier pour l'utilité et la gloire de son ministère. Que ne puis -je vous parler de son zèle et de sa prudence? Vous verriez un directeur zélé et prudent à l'égard de tous pour les ramener tous à Dieu. Il n'est pas de ces directeurs impitoyables qui, voulant luire revenir la sévérité des siècles passés, n'excusent ni ne pardonnent rien, qui, d'un tempérament dur et austère, mettent sur les épaules d'autrui, selon le terme de l'Écriture, des fardeaux insupportables, qui rendent leurs corrections inutiles par une morale rebutante, et qui éloignent des voies du salut ceux que Jésus-Christ appelle à soi. Mais il n'est pas moins éloigné de la faiblesse de ceux qui souffrent tout, qui appellent doux ce qui est amer, qui se contentent de bander
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les plaies sans les guérir, qui réduisent presque à rien la pénitence chrétienne et qui s'attirent la colère du Créateur pour gagner la bienveillance des créatures. L'iUustre prédicateur et le sage directeur dont je fais l'éloge, n'est jamais tombé dans aucune de tes extrémités. Il sait convertir les pécheurs sans les décourager et sans les jeter dans nne fausse sécurité. Mais non seulement ses discours instruisent les peuples, il confirme aussi par sa vie exemplaire tout ce qu'il enseigne. Sa conduite est une école de vertus; sa dévotion n'est à charge à personne. Quelle douceur et queUe affabilité ne fait-il pas paraître ? Il mêle l'austérité évangélique avec la douceur. Tout le monde sait toutes les bénédictions que Dieu a répandues sur ses prédications et avec quelle admiration on l'a écouté, soit à la Cour, soit à Paris, soit dans les plus célèbres villes de ce royaume. Quel bonheur pour la savante et pieuse Compagnie de Jésus de posséder un si digne sujet, qui fait revivre le zèle de saint François Xavier, et qui publie partout la saine doctrine et la véritable morale de Jésus-Christ!
« Fasse le ciel que ceux qui entreprennent d'annoncer la parole de Dieu et de conduire les âmes, se règlent sur cet illustre et sage directeur, qui fera l'admiration de tous les siècles et recevra du Seigneur dans le ciel la récompense qui est due à ses travaux apostoliques. »
APPENDICE N° XV (p. 32) (1).