RÉFORMES A LA COUR SIGNALÉES EN
Voici ce que nous lisons à l'année 1682, dans les Mémoiresinédits du marquis de Sourches (t, I, p. 78). Le roi, depuis le 6 mai, s'était installé définitivement à Versailles. Après avoir éloigné les favorites et s'être rapproché de la reine, il songea à réformer la Cour, laissons parler le grand prévôt :.
« Le commencement du mois de juin fut signalé par rexU d'un grand nombre de personnes considérables accusées de débauches ultramontaines (1) ; le roi ne les chassa pas de la Cour tous à la fois, mais il exila d'abord M. le prince de la Roche-sur -Yon, qu'il envoya à GhantiUy auprès de M. le prince son oncle; M. le prince de Turenne et M. le marquis de Créquy (2), lequel eut ordre d'aller à Strasbourg joindre le régiment royal d'infanterie dont il était colonel- Quelques jours [après, le roi exila M. le chevalier de Sainte- Maure (3) un des six seigneurs (4) que Sa Majesté avait mis
(t) Tous ces jeunes gens avaient poussé leurs débauches dans des excès horribles et la Cour était devenue une petite Sodome ; ils y avaient même fortement engagé M. le comte de Vermandois, amiral de France, fils naturel du roi et de M™» la ductiesse de la Vallière, lequel n'avait que quatorze ans, et ce fut ce qui les perdit, ce prince étant pressé par le roi, les décela tous.
(2) Fils du maréchal de Gréquy, jeune, bien fait et très agréable de sa personne, brave et qui avait beaucoup d'esprit^ mais débauché outré.
(3) Brave gentilhomme de la même maison dont sortait M. le duc de Montausier, gouverneur de M. le Dauphin; aussi était-ce lui qui l'avait poussé à la Cour. Il était colonel d'un, régiment d'infanterie qu'il eut ordre d'aller rejoindre.
(4) Ces six seigneurs étaient le marquis de Dangeau, gouverneur de Touraine; le comte de Chevray, fils du faux marquis de Monglas, chevalier de l'ordre et maître de la garde du roi; le marquis de Florensac, frère du duc d'Uzès; le chevalier-
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auprès de Mgr le. Baiiphia pour le suivre partout (1); M. le clieivalier dtô Maily, q,ui avait été élevé auprès de MonseigueuiF.,. dès son enfance.; M. delà Gaillemole (2), fils de M. de Ruvi'gny, député général des huguenots; M. de Mimeurre (3), qui avait été nourri page de la clianibre de Monseigneur et qui était encore à son service avec mille écus de pension; et M. le chevalier de Tilladet (4):, cousin germain de M. de Louvois,. qui avait été. colonel de dragons et maréchal de camp. Ge dernier espéra quelques jours de le raccommoder, mais à. la fin, il fallut partir comme les autres. Enfin le roi chassa M. le comte de Roucy et M. le vidame de Laon (3), enfants de M. le comte de Roye, de la maison de. la Rochefoucault, huguenot, mais, un des plus braves, des plus honnêtes et des meilleurs seigneurs du rovaume. M., le duc
de Grignan, frère du marquis de Grignan, lieutenant général pour le roi, en Provence; le comte de Thorigny, lieutenant gênerai pour le roi, en Normandie; le chevalier de Sainte-Maure; ils avaient chacun 6,000 livres da pension du roi.
(1) Gétait dommage de ce jeune gentilhomme qui ne s'était laissé entraîner qu'à la mauvaise compaguie.
(2) Il avait du cœur et de l'esprit infiniment, ce qui l'avait mis dans le monde malgré les désagréments naturels de sa personne; il avait une pension du roi de 3,000 livres, laquelle selon toutes les apparences, était perdue pour lui. Il passa en Angleterre et L'on disait qu'il allait se mettre dans le service de Suède.
(3) Il était fils d'un conseiller du parlement de Dijon et avait témoigné tant d'esprit dans son enfance, qu'on l'avait mis page de la chambre de Monseigneur, avec le jeune La Chesnaye, fils de La Ghesnaye, gentilhomme de la Chambre de Monseigneur; mais Mimeurre se perdit par la. débauche, au lieu que La Ghesnaye se conserva par sa bonne conduite et par l'innocence de ses mœurs.
(4) Il était frère du marquis de Tilladet, capitaine des Cent- Suisses, lequel fut aussi impliqué dans l'accusation; ainsi M. de Louvois, qui l'aimait particulièrement, eut assez d'affaire à le conserver et fut obligé d'abandonner le chevalier.
(5) Ils étaient, tous deux très, bien faits, mais ils avaient un mauvais esprit, et on les plaignait pour le moins autant pour l'amour de leur, père q^ue pour l'amour d'eux.
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de la Rochefoucault employa tout son crédit auprès du roi, pour épargner un chagrin si mortel à son parent qu'il aimait fort, mais le roi fut inexorable en son endroit. Il accorda pourtant, aux instantes prières de M. Le Grand, que M. le comte de Brionne, son fils aîné, ne fût point exilé comme les autres (1), quoiqu'il fût accusé de la même chose; mais M. Le Grand ne put sauver M. le comte de Marsan, son frère ; lequel, quoiqu'il ne fût pas chassé de la Cour, fut néanmoins perdu dans, l'esprit du roi à n'en pas revenir (2). On accusait encore un grand nombre de courtisans. M. le comte de Vermandois, amiral de France, qui n'avait encore que quatorze à quinze ans, était fort mêlé dans ces débauches, et le roi l'ayant interrogé avec toute l'autorité d'un père et d'un roi, il n'avait pas pu tenir contre lui et avait tout avoué, de sorte que le roi avait su par lui lous ceux qui y avaient quelque part, ce qui fut cause de eur disgrâce. On en accusait encore un grand nombre d'autres, mais au 10 de juin il n'y en avait encore aucun de chassé que ceux que j'ai nommés. »
APPENDICE N° XX (T. II, p. 110).
NOTICE SUR l'abbaye DE MONTMARTRE
L'abbaye royale des religieuses bénédictines de Montmartre était située sur le flanc méridional de la colline de
(1) On disait que M. Le Grand voyant son fils prêt de se perdre, avait averti le roi de toutes ces débauches et qu'il lui avait demandé en grâce en l'en avertissant^ de ne pas chasser son fils; si cela était vrai, c'était un tour bien habile.
(2) Le roi dit à M. Le Grand qu'il avait aimé et estimé M. de Marsan, mais qu'il ne pouvait plus le regarder qu'avec
ce nom, qui s'élève au nord de Paris. Son origine remonte au douzième siècle. Louis VI, le Gros, et sa femme Adélaïde, pour répondre à la dévotion publique attachée à ' cette terre consacrée par le sang de nos premiers martyrs, y fondèrent, en H34, une abbaye de religieuses selon la règle de saint Benoît. Le pape Eugène III en fit la consécration en 1147, assisté de saint Bernard, abbé de Giteaux et de Pierre le vénérable, abbé de Gluny. Le relâchement s'étant introduit dans le monastère, les religieuses furent soumises à plusieurs réformes en lo03, 1S47 et 1600. Par suite des troubles de la Ligue et du siège de Paris, de nouveaux scandales éclatèrent ; Marie de Beauviliiers, abbesse en 1S98, et qu'U ne faut pas confondre avec Claudine de Beauviliiers, abbesse pendant le siège de Paris, commença la réforme ; elle eut le bonheur d'arriver à son but au prix de bien des contradictions, de beaucoup d'épreuves et de patience; elle était secondée dans ce pénible travail, par les prédicateurs les plus éloquents de son époque, au nombre desquels nous lisons les noms des PP. Goutery, Jacquinot et Sulfren, de la Compagnie de Jésus. Marie de Beauviliiers releva aussi les bâtiments tombés en raines pendant la guerre. L'église du Martyre, agrandiQ, devint l'objet d'une vénération nouvelle lorsqu'on eut découvert, en. 1611, une chapelle souterraine que l'on crut avoir été le berceau de l'Église de Paris.
La plupart des grandes institutions religieuses qui ont pris naissance dans la capitale, ont tenu à contracter leurs premiers engagements dans la chapelle du Martyre. En 1S34, saint Ignace de. Loyola y vint, avec ses compagnons, s'engager au service de l'Église et poser les fondements de la Compagnie de Jésus. En 1604, M. de Bérulle y conduisit les premières carmélites espagnoles qui devaient importer en France la réforme de sainte Thérèse. M"" Acarie, saint
horreur et que c'était un monstre qui avait voulu corrompre son fils; ce fils n'était pas M. l'amiral, comme plusieurs Tentendirent d'abord, mais Mgr le dauphin lui-même.
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Franç,0is de Salea, saint Vincent de Paul, i.-i.. Olier sont venus dans la ckapelle du Martyre implorer la, protection de Dieu sur leurs œuvre& (1) .
APPENDICE, N° XXI (T. II, p. 116).
NOTICE SDR LES ETABLISSEMENTS DES CARMELITES DE LA RÉFORME DE SAINTE THÉRÈSE, A PARIS, AD DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
Les Carmélites de la réforme de sainte Thérèse s'établirent, en arrivant à Paris, (1604) dans Tancien prieuré des Bénédictins de Marmoutiers, connu sous le nom de Notre- Dame des Champs; les Carmélites actuelles, dites delà rue d'Enfer, occupent une petite partie de l'ancien monastère qui avait son entrée, principale sur la rue Saint- Jacq;ues. Le portique existe encore entre les iï°^ 284 et 286. M""" la duchesse Catherine d'Orléans, princesse de Longueville, après avoir contribué à la fondation du monastère de la rue Saint-Jacques, se rendit encore la principale fondatrice du monastère de la rue Chapon, à. l'angle de la rue Beaubourg; les religieuses y entrèrent en octobre 1619.
Un troisième monastère de Carmélites fut bâti en 1664, rue du Bouloi, monastère qui jouit longtemps des faveurs de la reine Anne d'Autriche. Quand le quartier devint trop populeux et trop bruyant, les religieuses transportèrent leur couvent dans le faubourg Saint-Germain, au coin de la rue de Grenelle et de la rue de Bourgogne (21 septembre 1688), du côté de l'église Sainte-Clotilde actuelle.
Les traditions du monastère de la rue du Bouloi, puis de
(1) Piganiol, Description de J^aris, t. III, p. 158.
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Grenelle, sont conservées au couvent de l'avenue de Saxe; celles de la rue du Chapon sont conservées avenue de Messine.
APPENDICE N" XXII (T. II, p. 120).
NOTICE SUR LES ÉTABLISSEMENTS DE LA VISITATION SAINTE- MARIE, A PARIS,: AD DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
A la Un du dix-septième siècle, l'ordre des filles de la Visitation de Sainte-Marie comptait trois couvents à Pari& et un dans la banlieue, à Chaillot, sur l'emplacement actuel du Trocadéro.
Cette pieuse congrégation, fondée, en 1610, à Annecy, par saint François de Sales, évêque et prince de Genève, a été érigée en ordre religieux par le pape Paul V, l'année 1618.
Madame Jeanne-Françoise Frémiot, veuve de Christophe de Rabutin, baron de Chantai, fut envoyée de Bourges Paris, par saint François de Sales, pour y fonder le premier monastère de son ordre; elle y arriva le 6 avril 1619 et s'établit définitivement rue Saint- Antoine. Après la révolution, l'église, construite par Mansart en 1632 (1), fut livrée aux protestants. En 1807, les anciennes rehgieuses du premier monastère se réunirent rue Neuve-Saint-Étienne (de Navarre), puis rue d'Enfer, où elles sont actuellement.
Le deuxième monastère date de 1629; il fut élevé au faubourg Saint- Jacques. C'est aujourd'hui le couvent de Notre- Dame de charité, dit de Saint-Michel. En 1802, les anciennes religieuses reprirent leurs règles ; elles sont maintenant rue de Vaugirard.
(1) J'aillot, Q. Saint- Antoine, t. III, p. 25.
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Le développement du nouvel ordre fut tel, qu'en 1660 un nouvel essaim, par la libéralité de la famille d'Eufréville- Cizei (l) , vint s'établir rue Montorgueil. L'agitation du quartier força les religieuses à changer d'asile; elles s'établirent, en 1673, rue du Bac. L'ancien passage Sainte-Marie, aujourd'hui (1880) rue Paul-Louis Courier, conduisait au couvent des filles Sainte-Marie ou de la Visitation. L'impasse Sainte- Marie est le seul vestige de l'ancien monastère. Yers 1833, les religieuses ont été s'établir à Boulogne-sur-Mer.
La Visitation avait encore un monastère sur la hauteur de Ghaillot, fondé, en 1631, par Henriette de France, fille de Henri lY et veuve de Charles I", roi d'Angleterre. C'est dans ce monastère que M"^ de La Vallière se réfugia pour échapper aux poursuites du jeune Louis XIV, en 1671.
Quand M"" de Maintenon fut décidée à réformer l'institution des dames de Saint-Cyr et à les lier par des vœux solennels, elle chargea de cette mission délicate la mère Priolo, supérieure de la Visitation de Ghaillot (1692) (2) .
APPENDICE N" XXIII (T., II, p. 206).