KOI K 1)1.1 U; PAR LUI- MÊME
<i lit cela ira tic fuit nulle part actuellement, dans le monde, aussi pleinement.
« De vous, maître, de vos œuvres, toutes les surfaces s’agitent par la force des profondeurs.
« Dans la vie des sculptures, les plans superficiels, ce son! des incidents.
« Mais les plans profonds, constructifs, ce sont des destinées.
« El comme toute votre œuvre est faite en plans profonds, vous enchaînez ainsi la force du destin des lignes.
« Maître, qu'à votre exemple tous les esprits œuvrent en profondeur, que la force unique de l'homme soit l'amour de la vérité.
« La vérité, c'est la justice.
« Votre montagne de Meudon où vit votre œuvre, mais c’est l'Acropole nouvelle, ouvrant silencieusement toutes ses fleurs de marbre au-dessus de Da-
ns. »
Dans les jugements qu'il portera dans la suite sur Rodin, Rourdelle tempérera plus savamment, mesurera avec plus de justesse les éloges que l'on rencontre toujours sous sa plume, lorsqu'il s'agit du maître. Il y mêlera quelques réserves; il osera tracer enfin les limites de l'art de Rodin; il affirmera sa volonté d'exprimer par la sculpture, sinon des vérités nouvelles, négligées ou méconnues jusqu’alors, du moins de ramener la sculpture aux plus vastes synthèses. La période où Bourdclle se cherchait est close désormais. En
H K 19, il a exposé au Salon sou Héraclès archer . Il va bientôt, avec sa collaboration au décor du théâtre des Champs-Elysées, mettre à répreuve les idées qu’il s’est faites sur la liaim\ intime de l’archilecture et de la sculpture.
BOimDEIXK PAU LUI-MEME
idées qu’il avait puisées en partie dans l’étude des Grecs, en partie et surtout dans son admiration pour les imagiers gothiques, Ii ne s’agit plus pour lui de se laisser aller à son tempérament. « Contenir, maintenir, maîtriser », tel esl désormais son idéal, « voilà l'ordre des constructeurs », déclare-t-il à ses élèves de la Grande Chaumière dans la leçon qu’il leur fait le 7 décembre < H "
« Il ne faut, ajoutait-il, qu'aucun &esle, aucun plan, qu'aucune ombre des sculptures offusque line* muraille lisse, aucune saillie. $
11 a étudié de près l’œuvre des tailleurs de
pierre gothiques :
« Ils connaissent, ceux-là, que les ornements qu'ils ordonnent doivent vivre en bonne amitié avecla bonne paix des murs. »
C’est non seulement la condamnation formelle de la Porte de l'Enfer de Rodin, c’est aussi celle de la Marseillaise de Rude, de la
Danse de Carpeaux, sur ce point Bourdelle
ne fera jamais de concession à ce qu’il estime être la foi essentielle de la grande sculpture monumentale à laquelle son œuvre s’eli’orcera de se soumettre pleinement.
11 faut reconnaître pourtant que lorsque Bourdelle vit, plus tard, chez le fondeur Radier, /« Porte de l'Enfer de Rodin traduite en bronze, il écrivit une page, retrouvée dans ses
HOUItDRï.LE PAV. ht l-MtlMK
Manuscrits, demeurée Inconnue jusqu’ici, et >ù il s’incline devant le caractère « surhumain » des recherches de Hodi.11. Il fait bien sucore quelques réserves, mais ses éloges dépassent ces dernières et ta Porte de l'Enfer, e livre à laquelle Koilin travailla toute son existence» est « la cathédrale de la vie » du ;rand sculpteur. Voici au surplus celte page u rieuse i
l NE (MCYlir: S l'RIl CM AI N K
Je viens de me trouver, de façon toute inattenîuc, enserré dans ie cadre d'un des plus grands tortiques d'âme fermant sur le xix 1 ’ siècle.
Je ne savais pas l'oeuvre prête.
Emplie d'humaines Heurs tragiques, la porte de ’Enfer de Dante se dressait soudain devant moi a plus grande œuvre de Rodin et qui d'ailleurs les ’ronpe a peu près toutes.
Auguste Rodin le Grand; ces mots ont retenti peu-
ondement en moi.
Dans la transe rude du bronze qui brûle à tout amais du génie du sculpteur, c’est bien ta porte le l’Enfer, l’on fer de l'homme et l’enfer de Puriste.
Œuvre faite d éclairs profonds brisés de reprnirs, œuvre remplie de grâces indicibles et de drunés irrémissibles, où les trois étapes du Dante tmirullonnent en sanglotant dans l’accent de feu du >oèU\
Notre Rodin, te Goya de notre sculpture, bien su-
BOUKDELLK VAlK LUI-MEME
parieur quant à la trame, a construit là la cathédrale de sa vie. #:
Il a vécu, il a porté en lui cet immense portique, immense par les bonds du cœur emprisonné, de la chair désespérée et d’esprit scrutateur. Et puis carbonisé par la lave intérieure, comme ces corps tordus, roulés aux cendres des volcans, il s’est laissé tomber rompu, ployé sur le fronton, mais obse: vant, penseur brisé par l’immortel orage.
Laissez ioule espérance, 6 vous qui entrez! Rodin après cela est tout inscrit dans la masse de cette porte. ‘i
Le Dante, au fronton du portail, mord dans son poing cette rude parole ; Laissez toute espérance.
Et là le drame a pris toutes scs proportions. Le statuaire a réservé l’espoir. Grand, au delà de la limite d’homme, Rodin n’a pas su renoncer.
Entré de plain-pied dans l’Enfer, lorsqu’il eut entendu la plainte de la porte, Rodin qui pénétrait dans les Irois plans de l’art lutta d’instinct, mais de tous ses instants, contre le désespoir qu’est la recherche du divin. 1
O ce drame éternel dans la lave qui s’est glacée dans le froid du bronze admirable de Rudier, à l’admirable chant de bronze!... fa) 9
Après la mort de Rodin, François Lava s'était adressé à Bourdelle, en 1918, pour le prier de publier dans sa revue U Eventai l • 2lî) quelques pages consacrées à sa mémoire.
(</) Suivent encore quelques lignes sur le brouillon original, si raturées que nous n’osons les reproduire. Elles n'ajoutent rien de nouveau à ce qui précédé.
Bourdelle dédie son article : « A mon ami Lava, qui m'honora du titre de continuateur de Rodin* » Mais il ajoute aussitôt :
« Vous m'avez atteint droit, monsieur, par votre lettre qui m’accable d’un titre impossible à porter et auquel je ne prétends pas, car lnissez-moi vous dire qu'ayant longuement travaillé pour Rodin, en collaborant à ses pierres les plus ardues à compléter, j'ai pénétré quelques secrets du maître et que, du peu que j’ai pu mesurer leur courbe, je ne me suis pas reconnu disciple de Rodin. Toutes mes synthèses s’opposent aux lois qui dirigent son art, »
Ce passage est connu. On le trouve cité, partiellement au moins, dans quelques études consacrées à Bourdelle. Mais ce qu'on ignorait, ou ce que l'on n’a pas dit, c’est que, sur l'exemplaire imprimé, revu et corrigé par Bourdelle ,fl) , la phrase : « Je ne me suis pas reconnu disciple de Ilodin » a été violemment raturée et rétablie sous celte forme : « Je inc suis reconnu antidisciple de Rodin. » Une note marginale ajoute : « Passage que j'ai volontairement affaibli , adouei . Remis en vint , »
Serait-ce une déclaration de guerre? Non pas. Simplement une prise de conscience.
Bourdelle oppose ses conceptions d'artiste à celles de Rodin et son souci de vérité n’interdit pas rhnminpgc. En effet, Bourdelle conti-
« Et maintenant; monsieur, qu'en dégageant ma personnelle foi, j'ai accompli le devoir essentiel qui
(a) Sans doute quelques années plus tard plaire se trouve dans les papiers faisant écrits de Bourdelle,
Cet exempurtie des
est d'oser toute ma vérité, pour 1 ! instruction de tous,
it faut que je précise»
que ma route a pu
s'agrandir de l'apport à mes techniques des lentes moissons de secrets (pie j’ai glanés dans le champ
dé Kodin.
<< Dans mes longs travaux près de lui, j’ai pu lier en une gerbe de lumières les épis d’initiation au verbe intérieur des formes» les épis d’initiation au sens des rapports entre eux des plans et des profils extérieurs des formes.
« Rodtn a retrouvé dans son art, plus loin, plus liant qu’on ne l’a dit cl autrement qU’on ne le croit, Une des formes les plus rares, une seule des lois qui tirent l’altitude haute de nos anciens, les Bâtisseurs, Sculpteurs, Fresquistes de nos Basiliques de France.
« U n’y a pas eu, il n’y aura pas de maître pouvant infliger à l’Argile, au Bronze, au Marbre, les formes des choses tangibles (transes charnelles) («) plus pénétrées en profondeur et rendues plus intensément que ne l’a fait Bodin.
« Dans cette voie ses nuances sont si infinies, si subtiles, créatrices de transes (d’angoisses) (&> telles, qu’il y demeurera unique» crispé et douloureux, semblable à son Penseur qui se concentre et se contracte en un tel désespoir que tout son airain tremble, paraissant bouillonner en un creuset de feu.
<r Cette calcinante ligure se rongera toujours; elle méduse mon regard, elle s’épouvante elle-même, pendant qu’à plusieurs siècles, loin, sur une cime fraternelle, l’autre Penseuï, celui de cet immense Michel-Ange, nous parfume l’esprit de son calme regard où s’ennoblit le Crépuscule. »
Mettant ensuite en parallèle les figures de Phidias, « héros soit l aires comme des dieux »,
celles de Michel-Ange, « pressentant des nion-
Jû'i Coffret ion màiiuït'rite tla BourdéUe sur lé têxte Imprimé.
fto tint) ELLE PAH LUI-MÊME
<lc$ », et celles de Bodin, « ligures arrachées de l’homme », Bourdelle conclut en disant :
« Tout cela n’est plus nous, n'est plus ce qu’il faudra à Fart de demain. »
Alors uil remords l'assaille et il ajoute :
« Malgré que flous prenions une nouvelle voie, ceux des sculpteurs du temps présent qui n’auront pas connu et approché Rodin imcviiNT connu PLAINTE AC DESTIN,
« Ceux qui auraient pu Je connaître et apprendre de lui, c'est-à-dire éveiller par lui des voix qui attendaient en eux peut-être, ceux qui pêchèrent par vaiiilé, se tenant éloignés du maître, en traîneront leur croix de médiocrité.
« Ceux qui Payant connu, ne se souviennent plus du génie qui sans cesse émanait tic cet homme et les a secondés, ce sont les réprouvés de tout; ils ont perdu la direction suprême de l’esprit (lui est le Remeinber du cœur. »
Dans la Suite de l'article, Bodin est pour Bourdelle « le Faune de la sculpture », « le plus grand retrouvent' de vie », formule qu'il corrige par une note manuscrite : « le grand cxaltateur des chairs ». Il est aussi « le Sourcier », « le retrouveur des Ondes de la Forme .
Suit une tentative de résumer la puissance de Bodin :
« Méditons sur Rodin : écOutôns-le, lisons-le; il parlait et il écrivait du luCine outil qui désespérait son argile: il dessinait aussi du même point, partant toujours de la vue immédiate.
« Un thème préconçu n’a jamais dominé en lui qu’en tant que qualité d’analyse des formes; il n’apporta pas d’autre idée dominant ce constant souci; lotit chez Rodin est en recherche matérielle humé-
diate;c’est là qu’il œuvre en se découvrant; il survivra DE CE COMBAT. I
<? Les vraies synthèses que Rodin a pétries, immuablement limitées à transfuser la vie, celles qui lient ses véritables grands savoirs, c’est impudeur d’oser porter la main sur elles autrement qu’en initiés (mis en italique par Bourdclle) tani ce sont des êtres de chair »
Cet article sous sa forme première était connu. Seules les corrections postérieures que nous avons relevées lui donnent quelque nouveauté. Mais comme il est assez difficile aujourd'hui de consulter le numéro de la revue où il parut, je voudrais en extraire encore deux esquisses de Rodin dessinateur et de Rodin écrivain. Elles complètent le portrait du sculpteur :
« Les dessins en couleurs du maître («) vers le soir de labeur, sont le fleurissement de lents efforts anciens de l’arbre de tous ses vouloirs.
« Le scalpel du vivisecteur tombe de la main apaisée; le trait de crayon, quoique tressaillant, se fait simple et là Rodin parfois surmonte l’analyse.
« Certains de ses dessins pourraient dépasser leur papier, s’inscrire dans la chaux du mortier à fresque et, se sacrifiant au mur, s’épanouir en épousant l'architecture. j
« Là il domine chaque fois en des éclairs admirables SON SOMMET DE SCULPTEUR.
« Ils régnent, ces rares dessins; ils sont les aubes éternelles des plus hauts pouvoirs de Rodin; là se fiancent tous ses secrets. »
Bourdclle avait déjà dit de ucs mêmes des-
(«) Boir'cli tk* possédait dans ses collections une très belle suite de ces dessins rehaussés d’aquarelle.
s ins, lors d’une exposition qu'en avait faite Rodin chez Bernheim :
« Les dessins de Rodin *out révolus; ils ne sont pas achevés. Us ont tous la grâce de ce qui se noue pour éclore. Ces œuvres rapidement faites, pour la plupart, sont comme les fleurs du grand statuaire» tes tendresses de cette main entraînée aux forts et hautains travaux de la statuaire.
« Ces dessins, massés en armée, rassemblent, totalisent la science immense de Rodin. »
Quant aux dessins plus achevés de Rodin, « ces dessins élus s’élèvent au sommet de ses plus hautes sculptures; ils viennent souvent d’une source plus calme où tous les flots sont réconciliés. » ' 2U
« Rodin écrivain est semblable, poursuit Bourdello; il rôde en l'émotivité qui se crispe en lui