‹ Bourdelle par lui-mêmeChapitre 11 sur 13 · PAR LES VEUX · texte numérisé non relu

PAR LES VEUX

« Il court en épelant ses réceptivités, mais comme il note en plein élan, il fait des chutes; il coupe et recoupe sa route; il revient sans lin sur ses pas: il déchire les Heurs des haies, il les respire et les épuise, mais de leur douce mort se colore son écriture.

« Il est tout esseulé d’amour! Il s'accuse, puis il s'implore, il se renie, puis il s’acclame, il mord ses cris; il pousse en troupeau haletant une Imrde de lémoignages. Il n'uiidonnance pas, il ne regarde pas au delà de ce qu’il étreint. » (*î Voici maintenant Rodin au travail, créant

ses œuvres « souvent tragiques au possible »

dont Bourdelîe nous dit :

« Elles portent sur leur chair pleine et sur leur peau tiède et profonde 1rs témoignages d'abandons brusques.

« Les plus rares, les mieux aimées, portent sur

(a) Même défaut capital, selon Bourdelîe, chez Rodin écrivain et chez Rodin sculpteur.

leur pulpe éternelle les empreintes ineffaçables des ultimes retours d'amour. »

Empreintes marquées au prix de quelles souffrances I

« Lutte accablante de Rodin!

« Je le revois inclinant sa tête géométrale, sa face à rudes angles, butant du front contre son argile excitée, contre sa terre d'azur sombre coupée par le couteau d’acier.

« Je revois souffrir devant moi sa pauvre terre de sculpteur défoncée dans la main de flamme» tenace, impatiente et patiente, mais qui bridée d’esprit, butée aux limites physiques, fut contrainte d 'abandonner râlante au bord des temps, la forme exténuée d'inextinguible volupté.

« Je vois ce Maître Ouvrier d’angoisse secouant sa terre griffée, désolant profils sur profils, cassant à tout jamais l’extase d’un visage, éternisant ainsi un sourire brisé, puis laissant retomber son front sur sa grande main lasse.

« Je me souviens. I

« 11 me disait : « En un instant je viens de tuer des mois de travail bon », et j’entends son rire tranchant] « Bourdelle, ajoutait-il, on ne tient rien

jamais! Chaque journée il faut recommencer d’apprendre. » j

« Grands plâtres de Rodinî Plâtres désespérés, fragments d'espoir déçus! Torses de victoires perdues! Têtes tombées des journées d’amertume, mains d’épouvante et mains de pauvreté de l’âpre jeunesse du Maître! 4

« Amputés oui, mais du corps de l'insaisissable! Lr. m Iiequx de feu volés par Prométhée! Tronçons d'Ange blessés dont le rayon divin ne s’est pas re- 1 i ré ! » -ij

Dans l'Echo de Paris du 30 août 1923, on lit ce jugement plus sévère :

« Combien ils sont poignants, ees tronçons de

BOÜRDEïXE PAU

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