BO U RUELLES BAR
un repos qui n’est qu’un arrêt d*un instant entre deux mouvements.
Une des dernières œuvres de Bnurdelle est son Dttümier qu’il ne put terminer, mais dont la tête, érigée sur un socle, rappellera à Marseille la puissance du génie de ce maîtreobservateur de la vie qui excella à grandir chacune de ses études sur nature, pour atteindre au type. Médecins, avocats, ehanicu&es,
blanchisseuses, chasseurs, has-ldeus, divorceuses, représentent les figures d'une comédie humaine complémentaire de celle de Balzac.
Le Daumicr de Bourde lie, si ce dernier avait pu poursuivre son travail jusqu'au plein achèvement, eût pu égaler le magnifique Balzac
de Bodin, en accusant toute la différence cuti
Séparait le tempérament des deux sculpteurs.
Chaque portrait de Bnurdelle atteint par la facture, par le parti pris de simplification, par la volonté de comprendre, de saisir et d'exprimer le caractère, à une qualité que la sculpture française, si riche cependant en portraits admirables, n'a connue qu'assez rarement, La grandeur n’exclut pas chez Boufdclle la grâce, même le charme, comme nous le prouvent quelques effigies féminines, un buste de femme anonyme, une tête d'enfant qui peut être comparée aux tètes les plus exquises de la Renaissance florentine, le portrait de Simti, au visage délicatement encadré de sa souple chevelure. Bnurdelle atteint à l'effet en sacrifiant délibérément tout ce qui aurait
rendu sa besogne trop aisée, recherches du détail expressif où se complaisent tant de sculpteurs, modelé trop accentué des cheveux, expression du regard par la tache d’ombre de la pupille creusée e(, presque toujours aussi, il réduit le vêtement, quand il ne le supprime pas, aux indications les plus sommaires.
Nous connaissons sa méthode : analyse minutieuse et puis grande synthèse expressive. André Suarès, qui a vécu dans l'intimité de Bourdelle, nous le rappelle avec la magie de son style :
« L’art de Bourdelle tend à fixer le type...
Tous les hommes et femmes sculptés par Bourdelle sont cent fois plus eux-mêmes dans le bronze et la pierre que dans leur enveloppe charnelle. Bourdelle les a modelés tels qu’ils devraient être, s'ils avaient accompli le plus pur et le plus noble de leur destinée, s’ils avaient pu conquérir leur propre beauté. La grandeur de Bourdelle est là et c’est la plus rare. On n’en voit de semblable que dans les plus hautes figures de l’art grec et les plus vivantes du moyen âge (15> ». Bourdelle se situe, comme on le voit, dans une magnifique tradition.
A cette liste de figures, il convient d’en ajouter une dernière, celle de Bourdelle par lui-même. Dans un masque de bronze qu’il exécuta en 1925, nous apparaît le Bourdelle artisan, fruste, simple, puissant, méditatif, tout près du peuple et fier de ses humbles
origines. Le portrait plein de vie que trace de lui André Suarcs est digne de compléter le précédent :
« Je l’appelais Euripide, écrit-il. Quand je I*ai connu, déjà dans l’âge mûr, it avait au point le plus étonnant la ressemblance du grand tragique; lui-même l'a portée à la perfection dans l’incomparable dessin qu’il a fait de sa propre figure. (1fi) La tête de Bourdelle est devenue toujours plus belle avec les ans. Très nu, harmonieux et vaste, son crâne frappait par la pureté du volume et l'ampleur du iront. Son œil gris était plein de force volontaire, tour à tour de douceur caressante et de malice. Sa bouche fine, aux petites dents, était aussi rieuse qu’elle pouvait être grave. Il riait doucement, sans bruit et sans éclat. L'indignation lui était aussi facile et aussi prompte que l’ardeur enthousiaste. Sa figure alors se fermait, se contractait sur elle-même, centrée sur la violence intérieure. Toute cruauté, toute bassesse allumait la révolte sur ses lèvres et dans ses veux. Ordinairement assez douce et un peu faillie, sa voix prenait un creux et grondait de colère... Ce n'est pas à lui qu'il eût fallu dire qu’on peut faire une grande œuvre avec une âme basse... Qu’il était humain, notre Bourdelle et de quelle chaude humanité I » (17>
Bourdelle est d’abord, quoi qu’en aient pensé ceux qui ne font jamais compris, un le nos grands classiques, si être classique c'est
BOÜ'FIDELLE par LUI-MÊME
vraiment aimer l’ordre que l’esprit introduit dans la multiplicité des phénomènes que nous présente la vie, si c’est aimer la cadence et la mesure, sans exclure le mouvement, la victoire de la vie sur a matière rebelle, pour lui faire exprimer d’éternelles vérités, si être classique veut dire se donner une discipline établie au nom des lois de la raison et non demeurer o jouet de ses passions, de ses sen-
sations et du hasard. L'art rïe Rodin nous prêche le respect de la liberté et de la conscience individuelles. Il ne va pas au delà de cet individualisme auquel son génie a su conférer un caractère de grandeur et de beauté indiscutables. Bourde! le nous apprend à désirer une harmonie d’ordre supérieur, à surmonter notre individualisme pour aspirer à un accord plus vaste avec la nature, avec la vie, avec la société, accord que seules créent en art les oeuvres qui reflètent leur époque et non pas seulement un individu ou une personnalité. Au rvthme d’éléments isolés, Bourde! le a préféré substituer, dans la mesure de
ses forces, le rythme des ensembles. C’est là la forte leçon qu'il nous donne. Avec lui commence la réaction de notre Sculpture contemporaine contre l’art si prenant pourtant de Rodin, réaction qui aboutit, après Bourdellc, à l’œuvre des Maillot, Despiatt, Joseph Bernard, Albert Marque, Guénot et parallèle à la réaction de la peinture contre l'impressionnisme.
RO l T R DEIJ JS PAR LUI-MÊME
Ecoutons Bourde lie nous enseigner luinlôme les principes (le la Continuité de la vie, des jours, des siècles, l’accord nécessaire du génie avec l’humanité la plus large possible cl nous rappeler le sens el la portée des immuables lois au travers des âges et des races. Toute l'ànie de Bourdelle, le magnifique lyrisme qu’il a traduit dans la pierre et qu'il n’exprimai 1 pas moins bien avec des mots, sont contenus dans ces paroles si riches de sens et si humbles de forme :
« En évoquant les grands aînés d’hier qui ont l crin i n é leur journée, penché vers leurs visages fiers, nous verrons les soleils couchants emporter leurs traits dans les nuits pour en créer des aurores...
Notre temps tient aux autres temps; l’instant séparé de ses nombres ne peut être valable. Lft partie suppose le tout.
« Le génie de chaque nation, quand il aboutit au chef-d’œuvre, est composé des plus hauts vœux de l’humanité entière.
<* Je tâche à bien remplir les temps entre eux car je suis ouvrier de charpente et ma forêt construite assemble l’unité,
« A travers tous les âges, les mêmes lois vont se répercutant. Quelles que soient les nuances «les races, je vois les immuables lois. » u«)
Paroles de prophète, de visionnaire, mais
aussi de créateur de vie, admirable leçon non seulement d’esthétique, mais d’éthique, telle qü’ejje se dégage de renseignement comme de
l’œuvre de Bourdelle.
1 '.et te œuvre peut être citée à côté des plus grandes créations des génies de tous les siè-
clés. Bourdelle est de ]a race des Dante, des Beethoven, des Michel-Ange, des Rembrandt, de ceux qui par ïc verbe, la musique, la forme sculptée ou la couleur, dominant la traduction de leurs tourments personnels, ont voulu, par] delà, fixer les aspirations de l'humanité vers l'éternelle beauté. I
(1) Aux ouvriers de mes jours, publié dans L’Œuvre d* Antoine Bourdelle. Librairie de France, 1930. Fasc. 1. Et Offrande « mes anciens. Manuscrit, octobre 1924. — (2) Cité par Louis Vauxcelles. L’art français de la Révolution à nos jours , T. II, p. 280. ■ — - (3) Cité par Ch. Le Goffic, Petit Parisien , 6 avril 1922. — (4) Consulter poui les souvenirs d’enfance : Trente journées du grand Tra- ■ vail, mars 1910, manuscrit publié e7i partie dans la revue Vifa, puis édité en brochure par Claude Aveline. La Haye j 1925, les noies autobiographiques réunies sous les titres : La Providence, La Racine de mes travaux, Les ouvrier^ de mes jours, L’Intuition, la Vocation, et aussi une lettre du 30 juin 1915, à M. Ladislas Mickiewicz, — (5) Voir les jugements sur Falguière et Dalou dans Liberté et Vérité. Violence et mesure réunies. Noies autographes, sans date. — (6) .4. Fontainas. Bourdelle. Editions Ricdcr, p. 7. — » (7) Architecture moderne, conférence du Louvre. — (8.) Fontainas. Bourdelle, p. 60. — (9) Conférence à la Sorbonne, publiée dans la Reune de France, 15 octobre 1921, passage cité par Fontainas, p. 50, — (10) A. Julia. Bourdelle maître d'œuvre. Librairie de France, pp. 171 , 172. — (11) Lettre publiée dans l’Amour de T Art, pai K. Schiafflno, janvier 1930, pp. 17, 18. — (12) Voir l’amusant article publié à propos de Sainte Barbe, par Guy Chastel : Bourdelle et son Chanoine. Mercure de Franc! j l ,rr avril 1934. - — (13) L’amour de /’.4r/, janvier 1930, p. 53. — (14) Conférence à la Sorbonne. La matière ei l'esprit dans l’art. - — (15) ,4. Siiarès. Préface au Catalogue de l’exposition Bourdelle, h l’Orangerie, p. 22. — (16) Dessin à la plume. — (17) A. Suarès. Catalogue, pp. 29, 30, 33, 34. - — (18) Conférence du Louvre. Passage cité par Paul Gsell. La survie de Bourdelle. (La Renaissance, mars ’
LA PENSEE 1)K HOl IïDELLE
sa position a l'égard de l’art grec
DE l’art ROMAN ET GOTHIQUE
II faut suspecter les formules. Toute vérité arrêtée ne sera plus la vérité.
A. Bourdelle,
La critique a parfois reproché à Bourdelle le n’avoir pas de personnalité. Elle est allée dus loin encore; il est fréquent d’entendre lire qu’il n’y a pas une œuvre de Bourdelle pii ne semble un écho soit des Grecs, soit des jothiques, soit de Bodin. On n’accuse pas évilemment Bourdelle de copier les Grecs ou nos deux imagiers, mais on dénonce chez lui une orte de volonté d’archaïsme dont le public rançais s’accommode avec peine.
Bourdelle a vivement souffert de ces critipies qu’il savait mieux que personne injustes.
lui qui disait à ses élèves de la Grande Chaumière : I
« Imiter les gestes d'autrui, jamais, car pour 1110 ils sont faux! Tu as ta voix toi-même; elle est lt reflet de ton âme; fais-la chanter; fais-la crier; ai s j la pleurer; fais-la prier, pour la fierté et pour h vérité. » (U I
Il ne cherche qu'une chose : la vérité, unt vérité d'ordre général, il est vrai, qui « sculpterait le destin de l'humanité » (2) et surtout: une vérité d’ajourd'hui, car il n’y a pas ch certitude à attendre de l’étude d’une tradition depuis longtemps interrompue, selon lui, dam la sculpture. Ilourdelle le : ^rettait. Il a tou-j jours, d'instinct, voulu retrouver cette filiation avec le passé; il s'est défié de toute nouveauté qui n'exprimerai t pas intégralement l'âme de la race, « les lois d’éternelle permanence ».
A plusieurs reprises il confie au papier, dans le silence de l'atelier, ses inquiétudes à ce sujet. U u manuscrit curieux, daté du 6 mars 1910 et qui n'a jamais été publié nous le montre s'interrogeant sur î.a route à suivre, indiquant celte où déjà il s’était engagé :
« I.a varié lé de mes recherches, avoue-t-il, vient do ce que nous n'avons pas de traditions; aucune voix autorisée, aucun grand maître de ia sculpture n'a un portique populaire où l'on puisse l’écouter.
« Alors c’est partout le désarroi, les recherches de tous chemins.
« J'ai tâtonné eu pleine nuit.
^ II en existe deux brouillons avec quelques variantes.
BOUUDELLE PAR EUJrMÉME
« j'ai été longtemps un simple, un instinctif... j'aï eu des élans, des montées et des chutes. Après des repos, des sommeils et des désespoirs, j'ai commencé à comprendre lin peu.
« L’homme de nos villes, l’artiste de notre temps, encadré d’universités d’art qui sont des maisons commerciales, doit, pour retrouver les sources vraies, être tenace, austère, grand.
« Il faut qu’il soil tout cela pour revenir aux choses immortelles qu’un pâtre de génie a tous les jours à la portée de sa pensée et de sa main.
« Petit-fils de tisserand et de chevrier, te me suis efforcé de me souvenir sans cesse de leur vie, comme
on se souvient d’une source.
« Ht je veux ceci :
« Ayant eu le long courage de l'analyse, de m'être doucement attaché aux particularités, aux intimités des choses, c'est de les comprendre, de les donner dans leur total, c’est en plus de mettre leur unité en rapport avec l'universel et cela dans le domaine des émotions des désirs et des aspirations de l'homme.
Je veux retrouver sa racine, ses attaches avec l’infini. »
En une autre page non moins belle et qui a paru dans une petite revue Les Fêtes qu'éditait Figuière, sous le titre : « Méditation pendant le travail. parmi les marbres en chantier et le mortier tout Irais des fresques », Bourdelle aborde la question de l'archaïsme qu'on lui reproche d'avoir poursuivi dans ses oeuvres. Il se plaint que ceux-mêmes qui ont voulu rendre justice à ses sculptures et a ses
fresques du théâtre des Champs-Elysées « ont cherché trop loin le ilôt qui soutient sou travail », que dans son art « tout contemporain
de notre vie présente, ils ont trop prêté au
passé ». (a) j S
« Leur erreur est si généreuse, ajoule-t-il, que je leur dois de dévoiler toute nia vérité. §
« Nous ne pouvons trouver que cendres dans tout le passé sculpté, car nous vivons d’une vie différente de celle que vivaient les anciens statuaires. En regardant vers eux, nous manquerions à notre propre loi et la plus pure joie, c’est la vérité implacable...
« Aux marbres vivants du passé, aux pierres sculptées éternelles, aux murs où est tracée l’âme fies grands penseurs antiques, j'ai su donner l'admiration émue de mon cœur prosterné.
« Mais j’ai su chercher aussi comment ils ont été créés; j’ai mis toute ma vie ardente à retrouver la source de leur art.
« Croire que je puis prendre, au loin de ma vie intérieure, leur dessin qui construit leur âme personnelle et que je pourrais bien aimer les voir venir mentir à leur destin, en pâles reflets sur mes marbres, est une malheureuse erreur que je dois ici dévoiler. 4
« C’est bientôt fait de nommer Athènes, Delphes, Olympie, Sélinonte et Egine, mais pour les aborder, les œuvres de ces grands sommets, pour les approcher dans leur âme de marbre, il faut par une vie d’efforts longtemps désespérés, en avoir découvert la loi. f
Allons, ce n’est pas là mes sources,
« Les sources vives sont ici, tout autour de nous tous, se renouvelant tous les jours.
« foute la vie est l’océan sublime ou tous mes jours penchés m’ont appris à puiser.
« Ceux qui n’aiment pas mon travail — ils sont
(a) C’est en réalité Isadora Duncan qui a directement inspîié Bourdellc dans la plupart de ses compositions pour ce théâtre. Il existe dans les aquarelles et les dessins de Bourdelle, des centaines de croquis exécutés d’après elle, de souvenir. «
BOUKDELLE PAR UJI-MÈME
nombreux — m'ont dit que je suis archaïque. On me l'a dit pour inc punir.
« Mais ils ont cru aussi que l'archaïsme était quelque chose de mort, resté très loin dans les temps fabuleux.
« L'archaïsme est de tous les temps.
« Tout ce qui est synthèse d'archaïsme est l'ennemi né du mensonge, de tout ret art du trompe-l'œil qui change la pierre en cadavre.
« L’archaïque n’est pas naïf; l'archaïque n'est pas fruste. L’art archaïque est le plus pénétré et le seul harmonisé à l’universel; c’est l’art à la fois le plus humain et le plus éternel; tout esprit court, effrayé par la nudité si hautaine du vrai, le trouve fruste parce qu’il est trop loin de lui.
« La vie a été mon école. s>
La définition tic l’archaïsme donnée par Boitrdellc est contestable. Ce dont on ne peut douter c’est de sa volonté d’extraire de la vie, à l’exemple des anciens, une vérité humaine et générale, d’avoir eu l’horreur d’un art trop proche d’un réalisme qui, dit-il si justement, « change la pierre en cadavre ».
En rapportant dans les pages suivantes ses jugements sur les plus grands artistes de tous les temps, nous ne voulons qu’éclairer plus exactement son propre effort.
Dans les innombrables feuillets que Bour-
delle a couverts de sa grande écriture, tan lot
droite, tantôt penchée, il nous faut bien
avouer que nous n’avons trouvé qu’un petit
nombre de brèves confidences sur les (irecs.
On ne peut nier que Bourdclle les connaissait
insuffisamment. Il n’est jamais allé en
Hü ! J aDELLE PA R Lül-M RM I ;
Grèce < a >. Mais il a toujours été un pèlerin passionné sur nos routes de France. Il a interrogé sans cesse nos vieilles églises, admiré Fart des imagiers romans ou gothiques et il saisit chaque occasion nouvelle de témoigner sa ferveur à leur égard. La Renaissance, au contraire, le laisse froid. Nous verrons les réserves que lui inspirent Fart de Michel-Ange et celui de Léonard de Vinci.
Qu’est-ce que l’art classique? demandait à quelques artistes Paris-Journal, en avril 1910. Rourdelle répond à celte enquête, — il répondait avec bonté à toutes celles des journaux» — cl sa définition du classicisme est si large qu’elle exclut toute préférence exclusive ou étroite. « Pour moi, dit-il, toute œuvre bien vivante, humaine, profondément sincère et pétrie du dedans au dehors, mais établie, bâtie par une suprême volonté de proportion du tout dans le un, voilà l’œuvre classique. s>
Ses classiques, ce sont, il le rappelle alors, Rembrandt, Hodin, Constantin Meunier, Carrière, Michel-Ange et... Cézanne. Société bien diverse, bien mêlée, d'où les Grecs sont exclus, et il conclut par ces mots ;
c Tout ce qui sait enfermer la vie ardente, douloureuse ou heureuse, la vie vivante, innombrable, dans Tordre, dans la justice de la vérité générale dans la mesure de beauté universelle, tout cela est classique. » /" •
la) Bourde lie ne connaissait de la sculpture grecque que ce qn’il en put voir au Louvre, k Londres, à Bruxelles, à Dresde, puis en Italie.
But KUEUJ; i’AH I.L I-MEAI I '
U il large éclectisme, telle est la lui de Bourilelte. « Il n'y a pas de style spécial pour mon admiration, écrivait-il encore le mars 191(1; s'il contient du beau eu lui. tout style, quel qu'il soit, doit avoir noire admiration. »
Bourdelle a cependant plus que mil attire le sens de la tradition, mais d’une tradition qui écart e et condamne toute imitation. Il ne comprendrait pas une admiration pour un passé lointain dont ne jaillirait pas une œuvre reflétant l'ànie de son temps. Notre vie est
d'autant plus riehe qu'elle est plus chargée de souvenirs de beauté,
« C'est d'antiquité, écrit-il, qu’est faite autre aurore. C’est ait j notule entier que répond notre nouveau cœur et plus les hommes sont nouveaux, plus de temps, plus d’espace, plus d’aïeux et plus de divin forme leur âme,
« Nous baignons dans plus de jeunesse à mesure que nous résumons plus d’ancien. » (*•
Au Musée du Cinquantenaire, à Bruxelles, lors de la visite qu'il y fait en 193 1, Bu u rdc lie médite sur Phidias et il écrit sans atténuer sa
pensée ce qu'il éprouve devant son style. Jl n’hésite pas à porter contre lui l'accusation formelle (l’avoir menti au marbr<‘ et d'avoir donné, lin dos premiers, un exemple de fausse éloquence. Voici, au surplus, ce passade si curieux, oit l'influence de Phidias sur la sculpture romaine — et il aurait pu ajouter sur la sculpture de la Renaissance — est impitoyablement dénoncée :
« Dans le grand hall, Rome se dresse dans ses oeuvres: elle se drnpe trop à Fcxemple de Phidias
JiO URDELl ,E PAl i L U I-M KM E
qui, hélas! mentit un des premiers au marbre , mais dans un langage si beau qu’il fit croire qu’il était admirable de voiler le marbre dans tous les plis et le trompe-l’œil de fausses étoffes. *
« 1 /imitation servile est la chute de l’art. Celui de Phidias, si grand encore, s'abat par ce défaut de la hauteur du ciel. » (5) 1
C’est cependant à un marbre antique « tout palpitant d’éternité », à un marbre de Phidias qu’il songe en voyant danser Isadora Dunean. Mais sa danse vivante a le rare privilège de « sculpter les pensées sans cassures ».
Il exalte, certes, au temple d’Olympie le Zeus de Phidias « avec son front en plan d'éternité », « qui a pendant des siècles éclairé tous tes penseurs grecs » et aussi F Apollon sculpté dans la partie centrale du fronton ouest du temple. De ce temple austère il admire « le tumulte ordonné, les héros levés comme des vérités ». I
« Ses sculptures, déclare-t-il, éclairaient leur génie du conseil des étoiles... O temple d'OIympie, quand ou a pu calculer devant toi qu’aucune fleur soit d’espace. ou de plante et que nul fruit n’a le parfum élevé de les marbres, l’esprit conçoit en nous une telle clarté que plus jamais aucun univers no l’étonne. Rien de tout l’univers concret n’est l’équivalent de les rythmes. » ( fl ) 1
’ft) « Assis sur un trône d*or et d’ivoire » suivant lu description de Pausanias. Original disparu. \
(6) Découvert par les Allemands au cours des fouilles entreprises par eux de 1874 à 1880, C'est k Dresde que Bmirdclle le vit. Mcnlion de ces deux œuvres ainsi que du Thésée, du Carlin non dans les leçons de la Grande- Gh a u mi ère sur Leonard de Vinci <10 et 17 mars 1010).
MOf’HDEïXE PAR UJI-MÈMK
Nobles hommages et qui ne surprennent pas. Mais Bourde! f e ne voit dans la sculpture grecque que raison. Alors qu'il y cherchait une aine, une aine aujourd'hui envolée, i! y trouve surtout d'admirables rythmes, «les tentatives
heureuses « d’harmûniser les nombres ». Interrogeant précisément le Zens d'Olympie, i!
s’étonne de constater que « la proportion était dans ccs temps <lc raison Héroïque, la base de toute expression ». Immense altitude d’esprit, note-t-il. Pourtant il no peut pas ne pas marquer son étonnement du fait que le Jupiter de Phidias, « touchant des pieds le sol équilibré de marbre », atteignant du front le toit
âfc i*
du temple, ait semblé en « accepter toute
l’étroitesse ». W
Le temple grec a beau être pour lui digne d'un pieux et déférent pèlerinage « de l'admiration de son cœur prosterné », l'Acropole a beau lui sembler « un petit rocher qui par ses grands débris demeure la plus haute cime du monde, où le penseur puisse prier », en dépit de rémotion que provoquent en lui la noblesse et la sérénité du Thésée «lu fronton occidental des métopes du Parthénon quelle leçon attendre de la lumineuse Athènes qui ne puisse se trouver ailleurs? « Sans doute elle élève en marbres purs la raison éternelle », mais « dans ses murs d’équilibre sculpté, sur ses frontons formés d'aurore »,
(<i) Vu il Londres.
luinmi i i i i*ài\ ijii-mimi
rl h’ Dr .‘jirtlr «pie I immense tourment de In
IiICO des dieux * . 11,1 ]
H suit Oiin* non profil de lit Irrou tpir nous
ilotllie lr PnrtÎH'IIOIl : 1
* It* l 'ai I liéimii est ltu<t de rrs i ouvres si Imulrs qur rlittjtif (ronron, fltaqiif drju'ls \ uni Unir fier mtr, li'lir esseiilialilé, rar (nid pelil volume \ esl pensé pont’ In lui du 1 1 1 il . peu ml, pour la lui pénémle du peuple rtiliri* il lr huuple entier ne s'arrête pas \ lui même, U s'appareille a IrSpnee ri Im'il pllts
f lit an r. *
Mais v depuis ipir \ i 1 1 ( lr Dieu unique », depuis lerr rlm lionne, 4 ilo pur lr lils du rlim peulior liitnl ruiliiiir gerhos (lr Idr 1rs rnn 1 1 i < I r s épis «lr lui , llourdello estime (pu 1 nous avons « lu p I are nos ecrl il mlrs Ali /(dis dr l'Iddius hrui'lnnl dr son Iront lr soiumel du 1 ni i p lr d'OIyinpir, d préfère « )r grand (au
t'iiir, nouvelle incarnation dr /ms, s'érigeant
■ oun In 1 1 : i u I ( * voùlc du elnenr «1rs cul hédrales
gothiques » . 1 M " M
Dans celle préférence il intervient nueune loi chrétienne. t V-.I l'artiste seul qui s'émeut.
1 *ns plus «pu* son père, * religieux mois le savoir, P t", loin des temples «d des églises, rar
il portail huile drnifuiv el huile jusliee eu lui *. II.. uni, II,- ll’adhél.iil M mu- i . li uui. illli'l-
rompu*. j"
Ite.iuroup df grillais esprits, dérinrr t d, aimoit» ‘■'■ni la 1 1 m irt des ilioiis... .le u \ pftiv pas souscrire. Vous un li'iiiivftY/ inébranlable dans ma loi (pi’ll 11 } <* pins fin / 1 rs hommes qn'im l>ieu el «pu* c® lUeit e‘«st noire pensée d'arli.ste. que ro Di GU eVsl dalle In pensée netlve, lit penser de beauté nlli do* mine la force ■* on m
2. — Le Maître ti' Œuvre (Strie cit* (freins de lu ( utlu'dralc de
J’entends par Dieu, écrivait-il ailleurs, « le plus grand total île beauté que l’homme puisse concevoir ° 2> ». Il estimait donc simplement que « si J a France a dans l’esprit la mesure grecque », si « c’est notre loi de vénérer les Grecs, le beau génie français a la même clarté ».
C’est à l’art roman et à l’art gothique qu’il va demander celte clarté dont sa nature éprouve le besoin, à condition que, selon son vœu le plus cher, elle renferme à la lois « calcul et rêve ».
Bourdelle portail en lui de tout temps, dès sa jeunesse languedocienne, un amour profond qui grandira d’année en année, pour ce qu'il estimait être nos vraies sources nationales. Dans un article sur le graveur Bresdin que la Vie a publié en mars 1915, il précisait avec force et avec toute la netteté souhaitable, sa position vis-à-vis de l’art de France.
« Nous, hommes de France, c’est par les arts chrétiens que nous avons atteint le faite de la beauté; noire art divin monte de la foi populaire ardente. »
Il concluait mélancoliquement et non sans quelque raison, par ces mots qui restent toujours vrais : , ,
« Comme nos sources nationales ne sont pas enseignées chez nous, hélas! voilà bientôt un demisiècle que je travaille pour arriver à leur rencontre...
« Seraient-ce maintenant nos Romains artificiels de la rue Bonaparte à Paris qui nous font de Part national?
< Nous axons vu surchargés de commandes, d'honneurs, d emplois, tous les déserteurs des lois d'art
B0 U RD ELLE PAR i.UI-MËME
df notre race, de toiu notre goût, du bon sens, de notre fort esprit de mesure.
« L’art d’économie et d’intégrité du matériau employé, la science des structures générales... tout ce savoir de nos vieux maîtres d’œuvre, quel mépris grotesque ils en font!
« L'art d’adresse niaise se perpétue chez nous, hélas! par nos officines d’école; on 11 e descend pas là des grands arts d’Italie, ce n’est que du faux romain que l’on érige sur tous les piédestaux politiques de France.
« On ne respecte plus le marbre; au lieu de lui laisser connue un parfum de force des montagnes,
ainsi que faisaient nus aïeux, nu l'aminci! en de laites cocottes, on le dissèque en des boxeurs de musichall; le marbre pur on le fripe en chiffons honteux, on en fait comme de la tripe déshonorée avec de la laideur obscène. » 0 0
Bourdellc va étudier passionnément notre art roman dans nos plus vieilles églises, celle de Moissac, la plus voisine de Mon lauban, t elles plus humbles, plus modestes, dont ne parle aucune histoire de l'art, de Plurien, de Mortain (Manche), d'Azy, d’Eu (église de Saint- Laurent de Dominait (Notre-I)ame-surl'Eau), de Maîche (Doubs), de Saint-Martin de Trôo, de Lavardin t (, L II les aime pour leur simple langage proche de celui du peuple, pour la meme raison qui lui faisait goûter surtout, chez les Grecs, l’ai t des rustiques potiers. qufelle est louchante sa méditation à Saint-Martin de Trôo, petite église sans ornement qu’il voit « à la même altitude de beauté
(a) Plurien (Côtes-du-Nord), Azv (Cher), Ku (Seine-Inférieure), Domfront (Orne), Troô ('Loir-et-Cher), Lavardin (Loir-et-Cher).
9**: Vrj*
H(H T RUELLE PAR Ll'I-MEME
«(iic les grands chefs-d’œuvre de l’art »!
« Cette modeste église laissée seule en haut de ce village qui d’en bas s'efforce de s'élever près d’elle, cette tranquille église avec son vieux beau style roman angevin, fait songer aussi aux coilTcs si bien ordonnées et entièrement blanches appelées « coulines » et que portent le dimanche les vieilles femmes du pays. Car il y a dans tout cet art ancien de France du bon ordre familial, it v a l’alternance des
saisons paysannes, il y a dans cet art la loyauté tranquille de la terre...
« O sainteté des murs romans! Grand style chaste! » fis)
Son trouble devant l’église collégiale de Lavardin lui fait écrire ces mots :
« Dans mon cœur cette église élève une telle moisson de lys des champs, que l’ombre immense du Parthénon des Grecs chancelle dans mon Ame, sous 1 indicible lloraison de l’art des artisans chrétiens de France..,
« .le tremble dans mon cœur, je tombe à genoux et tout mon esprit monte; je sens que je reviens à ma llerté d’adolescence, près de mon berceau, tant cet art des grands génies purs nous berce maternellement. » (*“) •.
K ii étudiant de près, en septembre 1921, l’église de Moissac et son fameux tympan, il sent se confirmer en lui la grande loi qui a été la loi essentielle de sa propre production :
«. ( v n’est plus de la .sculpture seule, c’est à la fois dr l'ornementation et de la grande statuaire unie à
l'architecture. »
« Je tiens l'art roman, écrivait-il un ah plus en 1920, comme l’expression plastique la plus droite, lu plus pute et la plus éclairée de la pensée constructive et décorative chrétienne.
BOUltDFIXE PAU LUI-MÊME
« C'est dans les basiliques romanes que je me sens absolument tenu dans les nombres de vérité.
« La bâtisse romane est à la fois calcul et rêve; dans la loi de cet art l'initié peut reposer sa foi sur les assises de raison. » 00)
Outre l’expression la plus pure de la pensée chrétienne 1 îourdello voyait enfin dans le roinan, plus encore que dans les chefs-d’œuvre grecs» le vrai berceau du génie français.
« L'art roman est l'ari organique, logique, it est Je temple généré conçu en traits universels.
« (Test dans ce berceau d’absolu que se berce notre génie français. »
Pour arriver à cette certitude Rourdelle dut faire, et tout seul, un rude effort. Il Pu reconnu lui-méme lorsqu’il vit enlin clairement le but de ses études :
« Voici nia plainte, ma confession, mon immense regret.
« Il y a peu de temps encore, — il écrit ees ligues en 1919 - — j'ignorai-.; l’art de mes ancêtres romans; j'ignorais les sources antiques de mon pays; j’ignorais mes aïeux gothiques.
« Je savais bien qu’ils avaient existé, comme tout le monde le sa i t, mais je ne m'occupais pas d'eux, je n’allaîs pas vers leurs œuvres et si tout à coup j’étais allé vers eux, si je les avais regardés, je n'aurais pas su les voir dans leur vérité, dans leur beauté, tant elle est formidable et tant j'y étais peu préparé. Mais peu â peu j'ai pu aller vers eux, j’ai pu les comprendre moi-même, après avoir chassé les faux chef s*<f œuvre que l'éducation officielle nous a (ï fous imposés .
« Je sais â présent aller enfin auprès des chefsd'œuvre du monde et nul ne dérange ma contemplation, car leurs abords son! déserts. »
Si notre pénife a commencé à s’exprimer
dans Fart roman, Bourdelle suit dans l’art gothique son épanouissement, il médite inlassablement devant Notre-Dame de Paris et de Reims, l ’n janvier 1910, redoutant pour Notre- Dame la menace des inondations de la Seine, il laisse monter de son coeur la plus émouvante des prières, alors que, comme Renan devant F Acropole, il en avait compris la sublime beauté.
« C’est bien là ta loi d’éternité, ton lot de splendeur grave et grande et si tendre, c'est bien parce que l’homme y sculpta ses faiblesses, ses élans, ses angoisses, sous ses formes à lui, et ses croyances comme ses désespoirs, que tu es vivante, ô architecture haletante,
« C’est bien parce que tu es née du cœur frémissant de l'humanité que tu es comme mouvante et permanente, ô cathédrale, ô vaste livre d'art : c’est bien là ton trésor impérissable, ô grande aimée en vain méconnue et souillée et pillée, mais toujours intacte en ta loi...
« Aux alentours de toi, grande mère gothique, tout est rapetissé, et hideux, pas un édifice, pas une figure qui hors de toi soient solidement dressés et vivants, pas un monument, pas un piédestal qui présente un détail, line si al ne épousant scs entours; ligures et piédestaux ou murailles modernes sont toujours en conflit entre eux et en conflit avec les lois organiques de tout! Pas un ornement, pas une statue pris en eux-mêmes qui, à l’exemple de tes sculptures authentiques, puissent présenter des profils de saillie mesurés, adaptés à des profils de profondeurs, des plans extérieurs enchaînés à des plans intérieurs, aux ossatures constructives. »
Bourdelle se souvenait-il de Renan? C'est possible. L’élan est le même que dans la Prière
sur l'Acropole, 1 objet de l’adoration est différent, la conclusion est identique :
« Toute noblesse a disparu, disait lïenan. Les Scythes ont conquis le monde. I! n’y a plus de république d’hommes libres; il n’y a plus que des rois issus d’un sang lourd, des majestés dont lu sourirais. De pesants Hyperboréens appellent légers ceux qui te servent. Vue painbéotie redoutable, une ligue de toutes les sottises étend sur le monde un couvert de plomb, sous lequel on étouffe. »
« Tout le brie-à-brac actuel, écrit lïourdelle, est vide et soufflé, tout est petitement vu, rien de ce qui est triomphant ne sait partir de l'accidentel humain pour aller jusqu'aux lois d’éternelles permanences, rien ne va vers la vérité, on déserte la nature en général, il n’y a plus de passion célèbre, plus de cris, plus de volonté, aimés, soutenus. Le plagiat est
le roi du monde...
« Mais toi, géante basilique, lu savoirs.
détiens la clef «les
« Le moindre de tes détails est de conception générale et pénètre tous les ressorts. Tu es toute simple, une et innombrable à la fois... Tu restes haute, lointaine, immuable,
« Et je le conçois, tes lois «l’art sont faites «le forces spirituelles, tu ne peux mourir tout entière jamais..., on voit bien que tu es sûre de l’avenir...
« Toi, haute et grande mère, toi noire bonne cathédrale, sauve par ta beauté la suprématie de l'esprit..., sauve l'art de France et du monde, sauve l’âme de la Cité. » i 22 *
« Le monde ne sera sauvé, pensait de meme Renan, cherchant auprès de Dallas Athéné la sagesse et la beauté dont la France eût pu lui olfrir maints exemples, qu’en revenant à toi, en répudiant scs attaches barbares, »
BOUKE>KiXE PAR LUJhMBME
Reims n’est pas pour Bourdelle l’objet d’une moindre vénération. Que de pages lyriques il a écrites devant sü cathédrale et connue la série des dessins exécutés pendant la guerre, alors que le chef-d’œuvre était menacé par les obus d'une totale destruction, disent plus éloquemment encore, avec le martyre de son cœur, la profonde admiration qu’avait conçue Bourdelle pour « les tâcherons artisans des pierres et les divins ouvriers constructeurs » qui exécutèrent cette œuvre incomparable. ( 2:t >
Qui oserait décider, en ce débat éternel entre la beauté antique et la beauté moderne, qui a raison de Bourdelle ou de Renan? Bourde! U\ sans doute, vénère la tradition. Mais son attitude n’est pas celle de ces « nécromants » dont parle Léon de La borde qui, fanatiques du passé, se font « les fossoyeurs de l’art ». Il n’ùniteru pas plus le gothique qu’il n’imitera les antiques; il cherche uniquement dans le passé des leçons de vérité :
« Aime la vif, donne à tu pensée des aliments purs et vivaces, si tu veux exister vraiment.
« N’imite pas les pilleurs de Musées qui conslruim ni de faux miroirs d'humanité. Ils sont comme des profanateurs de timibes éternelles et leurs œuvres, imitant gauchement, sont ce que l'orgue de barbarie est au maître compositeur.
« Us nous présentent des fruits morts dont nous devons détourner nos faims hautaines. » (2-0
Il disait encore dans une conférence faite à « Student llostel » en 1910 : (25 >
« Méditons-nous 1 Refaisons nos forces dans l’art vivace épars sur notre sol!
HOUHItELlÆ l’A H 1.1 I-MKMC
(il
» Sachons toujours reforger nos âmes dans CCS sublimes ruines de pierre et de marbre purs qui sont nos flambeaux éternels.
« Châteaux raidis sur les hauteurs, calmes églises, inégalables cathédrales où veillent des anges obscurs, lumières d’esprit palpitantes qui étoilez la nuit humaine, vous êtes, pierres dressées, gravées, grandioses ou charmantes, vous êtes à jamais nos anges ?ns vénérés.
(I) Leçon de* ta Grande-Chaumière, La diversité des hommes et les inutiles travaux, 2a mai 1911. (2) L'âme
créée par l'homme, octobre 1912. — /(S7\ 1.0 septembre 1913, — (4) Notes aotograplu ■ \ t i I lOlDr*^- t5> Bruxelles,
Le Musée du Ci n*i mm te nuire, 1914. - - un Conférence du Louvre. — (7) Léonard de Vinci, 10-17 mars loin. —
(8) Le visage changeant des dieux, 7 décembre 1011, -
(9) Manuscrit sans date, vers 190â-1907 probablement. —
(101 Conférence du Louvre. — (11) L'homme dans la nature et dans l'art , -2 décembre 1911. — (12) L'art est l'hurnwnisatitui des nombres , lu février HHU. — (iSÎ La Grèce et tes événements balkaniques, septembre 1012. — (lél C’est d’après le brouillon intitulé : A propos tle notre demain; l'art de France pouf après 1914-1910. date de Monlniibnn. 25 mars 19U\ que murs faisons COB citations. — il.'») Méditation sur te chef de Jésus de A ÎHzareth. - (16) Les humbles chrfs^d'unric de France,
parus dans la Revue bleue, 21 mai 1911. — H7) Les humbles églises de France, 21 avril 1910. — (18) L'auwur de r.irt, numéro de septembre 1921. — (19) LL, juin 1920. ■ — (20) Septembre 1921. — ■ (21) L'art de Radin, paru dans Iai Vie, avril 1919. i22) L'art de Notre-lMmi* se
'dresse, et veille sur Paris. 20 janvier 1910; paru dans La Vie, 31 mai, 7 juin 1918. — 123) Cf. le chapitre de
ce livre sur les dessins de Bourdeile, t.CCOQ$ de la Grande- Chaumière des 21 et 2â mai 1910 et Notes autographes du 6 juin 1913. — t24) L'art est l'harmonisation des nombres , 10 février 1910. — î » Conférence punie dans la Revue bleue, 21 mai et 21 avril 1910.