AUX TEMPS MODERNES
Un chef-tUamore contient toujours l'énigme d'une race.
A. ÜOURDELLE.
A l'enthousiasme de Bourdelle pour le roman el le gothique où il distingue, outre les qualités d'ordre, de mesure, de discipline, l’expression parfaite du tempérament d’une race, de fa race française et surtout, j’y insiste, de la race paysanne, oii il admire un art « qui n’est jamais dans la main, mais toujours dans l’esprit », ne pouvait correspondre une réelle sympathie pour l’art de la Renaissance. Que Bourdelle nous parle de Michel-Ange, de Léonard de Vinci, de Donatello, de Verrochio, —
on trouve peu de chose dans ses papiers in
UOiJRDELLE PAH
U'I-MÈM !•
imcs sur Raphaël, — presque toujours les réserves dépassent le » éloges.
Bourdclle connaissait I Italie à peine mieux fue la Grèce. Il n’v fit que deux voyages. Il e rend en 1914 à Venise et à Ravenne. Ii goûte dors la splendeur de Saint-Marc; il admire es mosaïques do San Vitale et de Sanf Apollilare. Un autre voyage, en 1922, le conduit à ’lorence, puis à Home et à Naples, en coinmgnio de l'architecte Peiret. Ils rencontrent Rome Henry Lapauze qui les accompagne lans quelques visites aux églises ou musées, e Bulletin de la Vie artistique ,T) a publié ous la plume de M Daria Guarnali, fille de icnry Lapauze, un résumé des impressions 'art de Bourdclle. l’ra Angelico l’enchante et s’extasie devant ses fresques <lu Vatican,
omme il s’était extasié
devant celles de FIo-
ence; il fait quelques réserves devant les siylles de Raphaël à l’église de la Pace; ce ui l’intéresse le plus de Raphaël, c’est la
ialatée de la villa Farnésine. Là son enthouiasme déborde. îl en devient indulgent pour nies Romain. Il passe sans mot dire devant
's statues de Bernin. Michel-Ange lui en imose par ses fresques de la Sixtine; il est lèmc à ses yeux pl us grand peintre que ïulpteur et, devant le Moïse de Saint-Pierre-
ux-Liens, il hésite...
« L'œil scrutateur, sa barbe dans la main, écrit mt- Giiarnati, il le considère tour à tour de face, de ’oite, de gauche, entin s’exclame :
« Eh bien nonî Ce n'est pas un artiste! Regardez
BOURDELLE l’Ali LUI-MEME
tous ces noirs : sur le front, un noir; sur la face, un noir; sur le cou, un noir; un artiste n’aurait pas fait ça... C’est un prophète, un visionnaire. |
« El il ajoute, après une pause : C’est tout de même le plus grand sculpteur de rilalie. 11 déborde î’Italie. » J
Dans un manuscrit dont il sera question
plus loin, projet d’un livre de Bourdelle sur
Rodin, on trouve sur Michel-Ange, sur son
Penseur et sur son Moïse, une condamnation
aussi sévère, niais mieux motivée : 2
« On ne peut comparer des attitudes plus admirables, on ne peut mieux compo , que dans l’une, le Penseur, une des plus nobles actions de l’homml et dans l’autre, le Moïse, une expression presque
divine. fl
« Et pourtant il faut oser le dire lorsqu'un a su
le sentir et qu'on a su en amasser les preuves, ces deux oeuvres, filles d'un très grand esprit sont plutôt du monde théâtral et du mode littéraire, qu elles
n’appartiennent aux grands principes sculpturaux.
« Elles contiennent dans leur superbe mimique tout une décadence; elles ouvrent l’èrc de fart pour le geste et c’est l’oubli de la grande aînée, la loi souveraine de la beauté, la loi des constructions, la mimique du geste rempacée par l’émouvant sublime des justes constructions. (<0 Jl
« Et c’est ici que nous devons monter. »
Un rapprochement entre Léonard de Vinci
(«) Comparer le jugement de Bourdelle avec celui Delacroix sur Michel- Ange en tant que peintre : « hi dernier des antiques est infiniment plus savant que tout Pœuvrc de Michel-Ange. Il n’a connu aucun des senti nu nts. aucune tics passions de 1 homme. Il semble qu el faisant u u tiras cl uni' .j:imbc, il ne pense qu’à ce bra; U à cette jambe, pas le moins du monde à son rapport je ne dirai pas seulement avec l’action du tableau, niai’ avec celle du personnage auquel il fait le membre, i Journal, 4 octobre 1854. ■
llOLlUtEM.K l’AU lii-mi;m e
et Michel-Ange explique différemment l'attitude de Rourdelle à l'égard de ces deux represcutanls de la Renaissance italienne.
« Ils on! tous deux, remarquait-il ou 1910, une face immuable; ils savent des formes apprises, ils sont sûrs d‘eux; l'amour Inquiet, jamais assuré de posséder le vrai, vaux mieux. »
« Pans ses manuscrits de l'Institut de France, près d'un entassement de beautés de tout ordre, disait encore Béurdelle, le grand Léonard fléchit souvent, pour avoir trop de toi en des procédés finis, arrêtés, morts. » < 2 ) • #
De tels jugements sont-ils bien justes pour
Michel-Ange cl Léonard de Vinci? Evidemment non. On aime à leur opposer celle méditation de Rourdelle devant le masque de Duonarutti :
Ce masque dur garde une vie anxieuse,
Dans l'oeil ouvert le songé intense a fait son lit;
Sous le pont qui se voûte en ligne douloureuse
Soutire l’aine d'un Pieu que la tristesse emplit.
Sur Vinci, Rourdelle s'esf expliqué ailleurs plus clairement. Nous retrouvons à son propos une formule que Rourdelle appliquera à bien d’autres artistes, à Rodtn notamment. L’art de Vinci ne reflète pas assez 1 aine de la foule, l'esprit de la race; c'est l'art d'un solitaire et rien n’est plus blâmable aux veux de Rourdellc. Si 1 ! art gothique l'a conquis, c'est que cct art traduisait mieux encore que l’esprit
d'une race, Lame du peuple.
« Je vénère, — dit-il de Vinci, — ce très grand artiste, ce grand seigneur de l’esprit et je l’a une; mais c’est an génie solitaire.
II n’est pas avec les humbles si grands» ceux du peuple» avec la naïveté si profondément voyante de vérité surtout des Primitifs français. H n’est pus d’une collectivité.
Il ne puise pas à l'éternelle source des traditions; il n'y a pas en son art comme une force de famille, comme Tout les plus grands. » («>
En 1912, la Joconde vient d’être volée au Louvre. Bourdelle ne la regrette pas. Il lui préfère d’abord, et non sans raison. Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus du Salon carré. « Vinci, dit-il, est là tout entier. » Buis méditant sur Je visage énigmatique et sur le sourire de la Joconde, il rêve d’un autre vi-
sage qui le trouble bien davantage :
« La grande Joconde, celle-là plus belle que celle du grand Vinci, c’esl le visage de 'a France aux traits aussi mystérieux, plus impénétrables encore, un peu désabusés parfois, souvent aussi empreint de tous les enthousiasmes et de toute la force d'esprit et c'est bien celle-là, nobles hommes français, qu'il nous faut bien savoir garder, car elle est bien plus belle que celle du Musée qu'on a laissé partir. » (&)
Bourdelle comprend mieux Donatello et
(«) Leçons de la Grande Chaumière, 5 janvier 1912, Variante de Bourdelle dans un de ses Brouillons ; « Léonard est certes un grand seigneur de l’esprit, mais il est solitaire. Il n’est pas avec les humbles si grands! Il n’est pas peuple profond; il n’a pas cette vérité des primitifs italiens et français. Vinci n’est pas d’une collectivité de penseurs; il rayonne à part; il s’isole. 11 n’a pas en son art comme une force de famille, comme l’ont les plus grands esprits. *
(b) 5 janvier 1912. Variante de Bourdelle : « La grande Joconde, celle-là plus belle que celle de Léonard, c’est ce visage de la France monumentale, cette France aux traits encore plus mystérieux que ceux de Monna Lisa et c’est bien cette Joconde là que tout homme qui pense doit s’efforcer de maintenir. Or on la détruit de partout. »
BornnF.Li/E pah i.ri-Mibu;
Verrochio. Au premier il reproche pourtant de n’avoir pas haussé sa sculpture au-dessus de ses émois personnels.
Il voit Donatelio « sensible et frissonnant niais olîravé et attachant ses troubles d'art
fc’ 1
dans des nombres sculptés et laissant malgré lui ses assauts personnels troubler trop la pierre froissée ».
Quant à Verrochio, comment ne laimeraitil pas, surtout à l'époque où il a entrepris l’exécution du monument d’Alvcnr ?
« Verrocliio, plus sanguin et plus âpre, raidissant le reitre de bronze, supportant mat le casque de fer et la terrible armure cl poussant le cheval au bord du piédestal; car c’est lui qui est Colleonc. » ,f >
Ce serait à peu près tout pour la Renaissance, si nous n'avions pas la suite de cartes postales écrites pendant le voyage d'Italie pur Rourdclle à sa fille, âgée alors de onze ans, et ou il nous livre entièrement sa pensée avec toute la candeur et la franchise de ses impressions premières.
Il comprend les primitifs italiens bien plus profondément que les maîtres de la Renaissance; il aime, dans les édifices de l'architecture, les églises romanes ou byzantines; il n‘a aucune admiration pour les palais italiens ni pour les églises du xvi siècle. « Sain l- Pi erre de Rome, note-t-il, pas beau, pas religieux, mais colossal. »
t >e Rome il écrit le 29 septembre à sa petite « Poucet te » :
BOURPELLT-: l'Ail
Lï’l-MÊMK
« Pour connaître Home il faut des mois. On sc
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fait une idée de rensemble.
« Je voulais surtout voir la qualité de son art; elle est inférieure. Les plus belles choses sont antiques.
« Raphaël est entre deux inondes, un païen ei l’autre religieux; il n’est d’aucun des deux absolument, mais il est du monde de la grâce.
« Home est comme Raphaël, ville entre paganisme, beauté profane et beauté sacrée. Le profane est visible, le côté saint caché, aux catacombes. Les églises de la papauté sont des salons mondains. La foi s’y appelle dévotion mondaine. La Religion est plus belle et plus modeste que cela. *
L/église qu’il admire le plus, c’est à Pæstum, le Panthéon d’Agrippa :
« Il est la plus belle chose vue en Italie avec les peintures grecques à fresque et quelques marbres, oeuvres grecques qui sont ici au Musée. »
A côté des Grecs ne trouvent pleinement grâce à ses yeux que Cimahüe, Giotto, Piero délia Franccsca Beato Angelico. « Ce sont des saints du grand art de la fresque qui reri' dent, eux surtout, par leurs œuvres, le sol italien sacré. » Les compositions de Giotto à l’église de Saint-François d' Assise sont l’objet de son admiration. Beato Angelico l’émeut « jusqu’aux larmes ». « C’esl un homme-ange peintre. » « Fra Angelico, dit-il encore, est de la grâce du cœur et de celle du corps aussi.
Avec Michel-Ange il est un des sommets de Part italien, vraiment italien, »
Je crois qu’il faut attribuer plus de sincé-
Od Ou Piero deî Frnnccschi.
rite à ce jugement sur Michel-Ange, si sommaire soit-it, qu'aux critiques un peu dures qui ont pu échapper à Bourdelle en un moment d'humeur cl que nous a contées, non sans quelque malice, M ,n (îuarnali. il reste cependant de l'impression qu'elle a notée devant le Moïse, et aussi de quelques autres jugements rapportés ici, que, devant l’art de Michel-Ange, Bourdelle était partagé entre l'admiration profonde pour ta noblesse de sa pensée et un certain agacement pour la rhétorique grandiloquente que traduit parfois son art. si contraire à ce que Bourdelle considérait comme, l'idéal de la sculpture.
Au xvii siècle, un seul artiste trouve grâce aux yeux de Bourdelle, un indépendant, celui qui ne sul pas et ne voulut pas se plier à la discipline de Versailles, le grand Puget, « pétrisseur du cœur de la pierre qui, ramassant dans son dessin l'aigre sueur, le sang âcre du peuple, les brasse en ses cariatides qu'écrase le Palais des Lois ». <:jl Bourdelle a écrit à plusieurs reprises des pages éloquentes sur ce génie révolté, « profond, impétueux et grand, parce qu'il fut bon, apitoyé ». v " i! l'aime précisément pour n'êlre pas « le lils de la Massilia latine, encore moins de la grecque Phocéc », mais pour être un flot de la mer marseillaise ». < 7)
« Puget, ce grand prisonnier de son siècle, ce Mi Ion du goût stiivi-n: le grand i . t • rre Puget se
dresse et se débat dans le pesant style roy.nl, il s’y
entrave davantage quand il travaille pour Versailles, car à Versailles Je cadre n’est pas fait pour lui.
« Certes, dans Ja mêlée notre lion a jeté la perruque! Il a remontré l'ossature, la noblesse du front de l’homme. Une part de clinquant de cour est reflétée par cette âme libre du peuple. f
« S'il eût pu sortir du baroque dans l'écriture de son art, il resterait un des plus hauts flambeaux chez les initiés d’entre les statuaires. »
Bourde! îe exalte surtout en Puget le sculpteur des proues de navires, « le maître d’œuvre charpentier », mais il ne cache pas sa sympathie même pour celui qui « fait trembler le marbre devant lui », comme disait Puget, dans une lettre à Louis XIV. Plusieurs fois, du reste, Puget a vu et compris, selon Bourdellc, la grâce de la pierre.
« La Vierge attachante et si tendre, celle que le héros délivre, Angélique enfermée dans son marbre du Louvre, s'échappe du style royal; elle est de toutes les époques; elle est notre sœur de souffrance, son sein rougit comme l’aurore, tout cœur d’homme s'élance et veut la secourir, tant elle fleurit sous les yeux. J
« Mais pourquoi faut-il que le Roger et tout le reste de ce groupe opprime ce morceau sublime? La virtuosité furieuse a troué le marbre divin. Et c’est l’époque! C’est ce terrible baroque qui est la victime avec le douloureux Puget. :•
« Voilà le fardeau de Puget, »
« Son âme, écrit encore Bourdelle, a manqué de mesure; s'il dramatise les surfaces, il ne sait pas toujours se concentrer en nombres; aussi sa pierre mord son poing; elle accapare un seul détail au lieu de mordre notre esprit clans l’étau plus fort des ensembles. » <8) ^
Et Bourdclle termine par ce jugement contradictoire avec raccusation plus qu’étrange portée contre Michel-Ange de « savoir des formes apprises » :
« Comme rimmensc Michel-Ange, Puget, pour parler par les formes, a forge lut-mêmc scs mots. »
Ne demandons pas trop de logique aux jugements passionnés de Bourdelle sur les artistes. Vovons-y surtout l'expression de son ardeur à les vouloir comprendre et, plus encore, sa préoccupation constante d'opposer aux lins diverses qu'ils poursuivent, son idéal personnel, tel qu'il le fixe apres de longs tâtonnements, orienté de plus en plus vers une volonté de synthèse « assemblant l'imité ».
fer
Tout l’art de Bourdclle lient dans eet effort. C/est ne pas le comprendre ou c'est le dénaturer que d'y chercher des reflets d’autre sorte.
Dans notre xvn siècle, Bourdelle ne voit, en somme, en dehors de Puget, que l'aboutissement d'une tradition qui, « par un saut brusque en bas », a créé ce qu'il appelle dédaigneusement « le style potelé ». Elle a trop emprunté, pense-t-il, aux Grecs de la décadence cl à la Renaissance.
Du xvm* siècle, il parle à peine. Il n'en comprend pas l'esprit, le raffinement, l'élégance. « L'homme règne, écrit-il, l'art attend. » Estce à celte époque qu’il songeait, malgré le grand Hou don qui, en dépit de sa Diane, occupe une place bien au-dessus de tous les
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sculpteurs de son temps, lorsqu’il écrivait : « La grande Vénus grecque es! traitée de lourde paysanne, mais on en crée qui sont des dames de boudoir » ? ' 91 On n’ose en décider, i oute la sculpture moderne, depuis les gothiques, lui paraît mériter cette qualification mé-
Le x?x siècle enfin trouve grâce à scs veux, (’/est ici que sont ses vrais maîtres, avec les gothiques : Ri] de, Carpeaux, Barye, Dalou. Il Je déclare en 192.‘> à Y Echo de Paris qui avait entrepris une enquête pour savoir quels sculpteurs et quels peintres sont les plus représentai ifs du génie de la race.
« Le grand Page!, Roudou, ('.arpeaux, Dalou, Bodin cl tous leurs lieutenants, écrit Hourdclle, sont les naochants divins, mais 'il faut toujours que Bourdelle restreigne l’éloge» égarés, perdus au loin de l'ombre du jeune Bacclms, dieu de l’ivresse harmonieuse. Us sont très grands, mais séparés, hélas! du Temple en marche que constituait le cortège dont ils ne savent pas la fureur mesurée. »
Hourdclle a toujours eu de la répugnance pour des œuvres sculptées qui oublient de se discipliner, de se conformer à l’idéal qui est le sien depuis qu'il a senti sa vraie vocation enfermée dans ces trois mots : « Contenir,
maintenir, maîtriser < n L »
Rien ne fait mieux comprendre .sa pensée que la page d’une superbe envolée lyrique qu’il consacre à La Marseillaise de Rude flD i
« l n artisan se lève; il entasse des blocs fermes comme son âme; il (aille en citoyen des plans qui construisent l'hymne rivique dans l’armée muette
novnnnLLE par lüï-mêmi
<[es murs, dans lu discipline de l’Arc. Ce gr^ve uuvricr, cette abeille de Ja Patrie lui compose son miel amer où le laurier âpre domine : ta Marseillaise.
« La masse du grand arc, sous l'impulsion dt* Rude, pousse ses membres hors des murs. Les blocs deviennent des héros; ils se regardent et écoutent ci sur leurs fronts, formés de l'ordre des contours, ils s'étonnent de voir fleurir, comme un chant de
t 'architecture, la Marseillaise des profils.
« Sur le corps tendu de cet are dont l'élan ressemble au torrent, les angles, les courbes s’engouffrent, L’âme humaine étend ses deux mains; l’aile du marbre se délivre et l’aspect agrandi de l’hymne ameute la forme et la pierre de son immense cri profondément creusé. Repose-toi, Rude, ton hyinm 1 éclaire les étoiles. »
Sans doute, el c’esl sa vertu, Rude a « l’àmc du citoyen »; « il clame au delà de la pierre, hors de la pierre virginale, il la possède et l’étreint humainement; il ne la laisse pas rocher ».
Mais, cl voici tout de meme Ja critique :
4 La Marseillaise du grand Un de laisse le grand are immobile. Si Barye avait fait la Marseillaise sur le thème donné par Biule, c'est tout l’arc qui la construirait. (Iliaque pierre sculptée serait line voix se liant à celle des piliers el des voûtes. » ,I îl
Barye esl sans conteste l’artiste que Bourdelle admire le plus avec Rodin. Sur Barye, « sculpteur et peintre el logiquement architecte », jamais aucune' n rve ne se dans les éloges que lui décerne Bourdelle :
<* Celui-là soulève la France. Thérèse combattant le Centaure, c’est l’esprit maîtrisant la chair; c’est
le nombre dans le contour. C’est l’expression par la structure; c’est la chair remise à l’honneur de se hausser au langage calme des pierres et dans le feu ordonné de l'airain où le dieu Yulcain a soufflé. » o n &
« Barve, disait encore Bourdelle dans sa conféronce du Louvre, sur Les maîtres d’hier , Barve semble directement enfanté par les lignes. Son regard tout intérieur mesure au-dessus des nations. N’étant pas compris par les hommes il a agrandi sa forme au rugissement des lions.
« Ayant analysé les tigres et les loups, il a fui l'homme, il a taillé le bronze des héros. Le Thésée vainqueur du Centaure c’est Barye s’élevant sur la bassesse des manants. Barve fondeur coula les bronzes dans son âme, » £
« Il est si grand qu’on 11 e l'a pas pardonné. »
Carpeaux est jugé avec plus de sévérité.
« Carpeaux nous vient d’un autre plan; il semble avoir repris la cadence des Tanagras de décadence. Sculpté par lui tout un pan du L ouvre sourit sous l’architecture inquiétée.
« Carpeaux a passionné l’argile; ses bustes frémissent d’ardeur et sa Danse, au seuil du théâtre, fait chanceler tout le portique. Carpeaux frappa l'architecture. Aux murs de pierre il met des plans de chair, l/art de Carpeaux n'est plus dans l’arbre; c'est un fruit détaché, tombé encore en fleur, x- 05>
t u amusant portrait de Dalou n’est pas exempt d’âpre malice, encore que Rourdelle ait toujours conservé pour lui une profonde estime :
« Dalou est une ombre de Bu de qui lui passa ses compas par Carpeaux. Entre la mesure du savant Mïonge et les bacchantes de Carpeaux, Dalou dresse un art politique. Son haut relief de Mirabeau porte le sceau du communard qui, en grand péril pour ses jours, sut se faire gardien du Louvre. Ce curieux
UOrRDËLLE PAR Ll'I-MÈME
homme va de Louis David à Covsevox et Coustou.
IUT
Le génie de Dalou est un compas sévère. Dalou est un puissant ouvrier... et une âme municipale. Sur un côté du chef, il portait la perruque, » ( 16 >
A cette série de portraits crayonnés en quelques traits caustiques à la lois et lyriques, ajoutons celui que Bourdclle nous fait de Constantin Meunier. Il regrette que sa technique, sa science d'art ne soient pas a la hauteur de son inspiration, car i! aime les sujets qu'il traite, en particulier sa figure de la Maternité Bourdelle se sentira plus ému pourtant devant les interprétations du même thème par Eugène Carrière. Constantin Meunier eut le tort, aux yeux de Bourdelle, de n’avoir pas cherché la vérité d'ensemble; il ne vaut que par la vérité du détail; il n’a pas >u s’élever à ta grande sculpture monumentale :
« Quand vous voyez une petite chose de Conslaiiin Meunier, c’est très beau, mais ce qu'il a fait (grandi ne vaut rien. » < 17 >
Un jour qu’il séjournait en Bretagne, à Lo- •ronan, en janvier 1912, Bourdelle, à la suite l une lecture, note dans ce style qui ne se démrrassail pas toujours de ses voiles pour laisser apparaître l’idée en pleine clarté :
« Je viens de lire ceci : Constantin Meunier n’a lonné qu’une le^on. La voici ; N’en prendre jamais ;t demeurer artiste.
« Voilà ce qu’il a dit. Il y a là une illusion funeste, -e sculpteur était grand. J’ai vu de lui en Allemagne me ébauche superbe. Seule ou près de ses voisins
(i/t Devenue la Fécondité dans le monument à Zola.
modernes, elle est une valeur. Mais près des grandes œuvres que le temps nous a laissées, cela n’existe plus beaucoup. I
« D'ancien peintre il se fil sculpteur. Mais la sculpture a laissé les grands éclairs de cet homme à la porte. La sculpture ne vit pas d’éclairs. Hile en meurt et c'est une mort qui est belle. Voilà pour Constantin Meunier. » (*#) 3
Bourdcllc parle assez rarement de peinture.
« Il y a une variété infinie pour l’art de peindre, déclarait-il dans l'Echo de Paris en 1923, tellement qu’on ne pcul mettre on tête un seul berger; les troupes, les races en sont trop diverses; leur guirlande a trop de nuances. » j Sa correspondance seule, aujourd’hui bien dispersée, fournirait sur ce point des indications précieuses. Nous avons eu quelque peine à rassembler les témoignages suivants.
Une lettre de Bruxelles, où il travaillait à l'achèvement de son monument de Montauban, adressée en avril 1901 à l'artiste peintre Marie Bennond, contient îles jugements d'une franchise qui ne laisse rien à désirer. Elle éclaire nettement les sympathies ou les antipathies artistiques de Bourdelle.
< Une salle au Musée moderne (plein d'infections 1 , une salie admirable ; Géricault, Courbet, Reynolds, Delacroix et, dominant le tout, Ingres, admirable!
<r Rubens formidable. Il
« Un génie intempérant, avec de désagréables ronflardises ù la Puecli (sic), mais un sang admirable.
Boürdelle par u i-mi;mi:
« Hercule de la peinture jonglunl avec des poids titanesques. »
Mais voici, tout près, un Mautcgna « sévère, sublime », dit Boürdelle :
« !l fait trembler tous les tons de Rubens.
« On dirait le penseur austère et doux, à la hauteur lumineuse, assis et rêvant le front vers le ciel près d’un large ivrogne rué parmi les croupes, les vins et les fleurs de la terre.
« Quel est le plus haut? — Ma foi, le cherche qui vomira, conclut-il; j’en vois la nuance et c’est huit et je la marque, mais ce soûl là de grands fils du globe terrestre. »
Voici Brucghel :
« Brucghel (les trois) — car il est trois frères, cet animal.' Ironie sauvage, rire acéré, peintres divins; ils peignent tout sans sourciller, leur main semble une aile d'auge, sans erreur, ni tremblement; ils ont des atrocités à froid qui foui penser, des gaietés qui donnent la sueur de la cruiule. cr sont des diables malins au grand cœur, des philosophes aux paroles peintes. »
Et puis Goya :
« .l’oubliais dans la salle moderne un Gava ruli-
lant, abattoir d’inquisition ou di s chairs brûlent, grillent, où des os craquent, c’est du sang, du feu, des cagoules, de la splendeur horrible et cela, de loin, semble une corbeille de Heurs aux roses riant leur rosée parmi des sœurs sourdement chaudes et des branches de feu sanglant. » (")
(a) A quelles œuvres s'appliquent lés Jbgeincnts de Boürdelle? Il est bien difficile de le savoir, I /éminent conservateur en chef des Musées ruraux des Beaux Arts de Belgique. M, h. van Puyvelde, a bien voulu, sur outre demande, nous écrire ceci :
« Il existait dans les Galeries, en 1ÎU1), lors du passage de Boürdelle 15 tableaux de Rubens et diverses esquisses de format réduit. » (Nous ne donnerons pas la liste de ccs œuvres*) Il ajoute : « Aucun catalogue
Dans une autre lettre de Bruxelles, sans date, adressée toujours à M I,e Marie Bcrmond, je note encore ceci :
<s J'ai eu avec Franz Hais des surprises, avec Rembrandt, avec Cuyp; pas avec Rubens. Il est tout entier à Toulouse en une seule toile <«). Si cette ville savait ce qu’elle possède, il y aurait une seule salle unique pour cette oeuvre. »
De tous les peintres du xix e siècle, en dehors
de Carrière, et les quelques lignes consacrées à Goya mises à part, Bourdelle n’accorde son attention qu’à Ingres, un Monlalbanais comme lui. Quelle différence entre leurs tempéraments! Si Bourdelle nous a laissé d’Ingres un admirable buste, dans une lettre à M nic D..,, écrite pendant un séjour à Montauhau et dont le brouillon (Ii,> est resté dans scs papiers, il note la difficulté, surtout pour le public insuffisamment averti, de pénétrer la pensée d’un artiste « qui exècre tout ce qui ravit le commun ». C’est ce dédain pour le vulgaire, cette impossibilité de sentir avec la ouïe que Bourde lie n’aimait guère, nous le savons. Pourtant,
de notre '!uséc d’Art ancien n'a jamais mentionne la présence d’un tableau de Mantegna. Ne serait-il pas question du grand panneau de Oirolamo da Crcmona : Le Christ entre Saint Thomas et Saint Jean Baptiste ?
« Quant aux œuvres de Brueghel, il s'agit tfe ta Chute des .1 tiges rebelles de Pierre Brueghel le Vieux, du Massacre des Innocents et du Dénombrement de Bcthléhetn de Pierre Brueghel II, dit d’Enfcr.
« Enfin le Goya visé par Bourdelle est en réalité un tableau d’Eugenio Lucas, peintre madrilène, qui est intitulé Scènes de l'Inquisition. *
p/ 1 raisenihlahlcmcut le Christ en croix entre demi larrons, tuile inachevée, vers 1630.
nui iuuii.u; iwn u i-mAmi
lii probité de son art n'a pu manquer de faire impression sur lui. Voici cette lettre curieuse à bien des égards :
« Lorsque passant à Montauban, je vais au Musée d Ingres organisé dans le manoir de briques sombres cù se trouvait naguère aussi l’IIôtel de Ville, je cause seul à seul avec les travaux du vieux maître.
« Ingres, dans sun Musee, me dit des choses brusques, roides, que je n’ose redire ici.
(Ce Ingres ne respecte rien!)
« Lorsqu’il analyse pour moi la centaine de ses dessins qu’il assure être de ceux qui donnent son total, dans la redite insupportable de l'immense nombre des autres,
« il me dit là des mots spéciaux, une sorte d’argot de métier et ce ne serait pour tout publie, si je lui rapportais ces pensées du vieux niait iv, qu’obscurité et que malice.
f Ingi es taille et retaille dans son œuvre ; il en
execre tout ce qui ravit II* commun; il retranche
pour sa propre sévérité tout ce qu’en aime la horde dite artiste;
æ il ne i étonnait comme lui étant essentiel que ct 11 * déplaît à la plupart des hommes.
« Si je ne nie présente pas seul au vieux Musée,
tout du superbe travail se tait. Ingres maussade se voile.
« Entre artistes sauvages. les dialogues de lame ne s’établissent que dan-, Je secrel absolu...
« L’art pour 1rs créateurs a un tout autre visage que eelui que le public voit.
« Pour tout cela, il faut que nous taisions. Madame, tout ce que ce Ingres m'a dit... '■ *
, n.iiis iint* lettre a de Alcoiia, datée de Montauban, } n Mil 1 J 1 d, nous âvons encore rcJ ©vu ccci *
« Ingres est un maître que je respecte, mais qui m exaspère. »
C'est peut-être la plus sincère des appréciations portes par Bourdelle sur son compatriote mnnioihmviu
t Xr *i
B < > U ï i I > E î LE LA J t I X' I-M ÊM E
En une autre page non datée, BoürdelJe est moins réticent. Il y fait des dessins d’Ingres un magnifique éloge :
« J'aime tant Ingres que j'entre flans ; * rt < souffrances... ;
« Les dessins viennent de là.
« Il y a de la colère contenue, i! y a la foi du génie qui voit et qui sait su puissance, ce sont des dessins de bœuf! Ingres est frère du Dominiquin, pins que do Raphaël qui l'a mis dans le sac,
« El en cela son cœur est admirable. i>
Bourdeile conclut par ces lignes où s’affirme une fois de plus son manque de sympathie pour l'art renaissant :
« Camille tous les vrais artistes, Ingres a été enfant. J1 s'est donné à Raphaël, Il y a perdu.
« Les œuvres qui sont bien de Ingres, libre, personnel, sont les belles. II était à nous.
« L'Italie La calmé, a usé de ses voluptueux génies les arêtes de ce paysan, de cet ouvrier français, — tant pis. » 3
Carrière est certainement le peintre que Bourdeile a le plus loué. Pour d’autres raisons et avec une esthétique loute différente. Carrière et Ingres sont aussi peu coloristes l'un que l'autre. Bourdeile éprouvait devant les tableaux de Carrière une émotion que la seule peinture ne justifiait pas. Le sensitif, te sentimental qu'il était au fond se plaisait à découvrir sous le voile de poésie dont Carrière enveloppait ses Maternités « celte indicible épopée des naissances où la mère, a mi-souge, à mi-réalité, comme le peintre, continue sans trêve son œuvre ». Il aime traits de Carrière où « s’inscrivent des âmes ».
BnriuiKu.i i*\n lui-même
Ni
Il t'sl encore séduit par F absence de soumission trop directe à la réalité qui caractérise
le style de Carrière; i! goûte enfin l’émotion
profondément humaine de « m s divins crépuscules où palpitent des lueurs de berceaux » et le charme « d'un dessin sans lignes appareilles entrées (ouïes dans l'unité admirable ».
« Je te vois mieux que peindre, — disait-il, je te regarde penser.
« Je dis peindre; pour toi peindre n'esl pas assez dire; je pourrais dire que je te vois aussi sculpter. Tu construis en contours, mais les contours d** tous côtés i tu dessines en profondeur et de la surface de tes toiles, tu t’envoles jusqu’aux ombres de l'infini.
« El cela, ces distances, ces espaces entre les corps, ces beaux plans interpénétrés de lumières cl d'ombres, c’est une màtérinlité invisîîritë, ingoùtnMr par nos cinq sens qui te les donne,
I.e miracle se fait en toi à chaque instant; le miracle du simple enfermant le multiple.
« De la particularité d’un homme tu gravis à son universalité : de l’accident tu extrais la loi générale.
« De nus pauvres mots, de nos misères, dr notre apparition éphémère, lu fais des éléments d’éternité. » < 21 >
En tète d'un brouillon où il rassemblait des notes Sur Carrière, Bourdelle fixait encore cette impression :
« C’est un chaut humain qui s’essore de votre u livre el frissonne jusqu'au plus grand de notre Ame troublée, un chant composé de sourires et de sanglots, puisqu’?! a retendue de l’amour et qu*il moule dans la ligne de vérité. » {2 ~)
En somme, c'est plus encore l'homme excel-
BOUllDELl.E PAli LUI-MEME
lent (j uc l'artiste qui avait gagné l’amitic de Üourdelle.
« Mon cher Carrière, disait-il au banquet qui lui lut ollcrt en IÎMI4 et que présidait Rodin, votre œuvre clame la souffrance, la tendresse, la bonté humaine...
« Cette hauteur de culture et d’amour vous permet de créer 3a vie par le seul moyen, il semble, de la lumière et de l’ombre, mais surtout par la vertu synthétique de votre esprit qui vous autorise pour peindre, à prendre en plus des tons, comme de la douleur, comme de la sagesse, comme de la pi~ tiê. » ( 23 > «'<•
Il forme le souhait que 1 '.arrière puisse décorer de fresques les murs « ries Bourses du travail, des Sorbonnes et des Panthéons », besogne pour laquelle Carrière était cependant assez peu désigné. Et, lidèle à son souvenir, il écrivait encore après la mort du peintre :
« Son oeuvre .si universelle était simplement toute sa vit* intime.
« Le domaine iamilial, les repas modestes en famille, les bégaiements des berceaux, les premiers essors des enfants, la mère penchant sur la clarté des naissances le clair obscur de l’amour humain, la grande ombre sombre du peintre, du maître, projetée sur la mêlée des adolescences claires et sur les troubles des jeunes espoirs des siens, c’est de là, c’est de ces joies tendres, c'est de ces angoisses du père et de la maman, c’est de tout cet orgueil d'avenir, de tout ce champ humain, mouvant, tel qu’un domaine d’épis pensants, que notre suprême sensitif. que notre brave grand homme d'amant de Ja vie tirait ses hymnes éternels. » (24)
Ces hommages touchants éclairent admirablement un côté de l'âme de Bourdelle. Sa .sensibilité, son lyrisme expliquent son affec-
nontnELi.K par lfi-mrmh
lion pour Carrière» comme aussi le besoin profond qu'il avait, et qu'on a tant critiqué chez lui, de confier au papier tout ce qu'il ne pouvait exprimer par la sculpture. Dans ce dernier domaine, il savait se maîtriser; i) se contenait; il imposait à son génie la rude discipline qu’ordonne la pierre ou le marbre. En face du papier et quand la plume remplace le ciseau, il laisse déborder les sentiments dont son âme est pleine.
Ne nous en plaignons pas. (iràce à ces confidences, il nous est permis de pénétrer mieux sa pensée que ne nous y autorise son œuvre de statuaire; grâce à elles, nous allons pouvoir établir exactement et dans toutes ses nuances sa position à l'égard de Fîodiu.
Mais le sujet est si vaste qu'il mérite d'être traité à part.
(Il l’ r novembre 1922, — (2) Notes autographes, 10-17 mars 191(1. — (3) Leçon sur Bruxelles et le Musée du Cinquantenaire, 1914. — (4) Itl, — (N i Conférence du Louvre. — ai) Pensée sur l'art, manuscrit sans date. ~ - '7) Comœdia, 27 février et fi mars 1923, article reproduit flans le Journal d'Air, 18 août 1923. — (8) Conurditt, fi mars 192:1. — (9) Conférence à lu Sorbonne, reproduite dans la Benne de Fronce, 1921. — (10) Echo de Paris, 80 août 1923. — (11) Leçon sur le Visage changeant des Dieux, 7 décembre 1911. — (12) Conférence du (.ouvre : HH maîtres d'hier. — (13) Echo de Paris. .10 août 1923. — JH /d. — (15) Conférence du Louvre» — (16) Id. — ( I 7 ■ Notes autographes, 5 mai 1910. - (18) Leçon sur la Bretagne et
Locronan, 19 janvier 1912. — (19) Brouillon sans date. — (20) Notes autographes, sans date. — (21) Leçon sur Beethoven, la Vénus de .1/i7o, Eugène ('arrière, 20 janvier 1910. — (22) Notes sans date, litre : La haine n'est que Fim puissance d'aimer, — (23) Revue Le Musée, 1906* - — (24) Leçon sur Beethoven, la Vénus de Milo, ('.arrière. 20 janvier 1910.