‹ Bourgeois de ParisChapitre 15 sur 122 · LA MÊME VOIX · texte numérisé non relu

LA MÊME VOIX

Oui.

MADAME PAQUET

Ce n'est pas mon fils. (Coup de sifflet.)

LE VOISIN

Nous repartons.

MADAME PAQUET

Monsieur, je préférerais la mort à Tincertitude. Et dire (jue j'ai eu la main forcée, je ne voulais pas partir; c'est une horreur!

LE VOISIN

11 n'y a pas de danger.

Mais, monsieur, les journaux

LE VOISIN

Exagèrent souvent les choses.

MADAME PAQUET

Comment, monsieur, vous ne croyez...

LE VOISIN

Que la moitié des choses, et encore... oui, madame.

MADAME PAQUET

Âh ! mon Dieu !

LE VOISIN

C'est un tunnel.

MADAME PAQUET

Vous m'avouerez, monsieur, que si ces choses-là claient supprimées, ce serait bien moins effrayant.

LE VOISIN

Il le faut, madame, il le faut.

MADAME PAQUET

Je n'en vois pas la nécessité; car, enfin, j'aurais auprès lie moi mon mari et mon fils, que je serais beaucoup plus tranquille; si j'ai à mourir, je pourrais mourir ayec eux.

LE VOISIN

Vous les avez donc quittés?

MADAME PAQUET

On nous a séparés, monsieur, on nous a sépu'és. Il y avait un monde affreux, c'était à qui entrerait le premier dans les voitures. J'étais si émue que je me suis trouvée ici sans m'en douter. Je vous prenais pour mon mari, monsieur; j'avais fermé les yeux, je n'y voyais plus. Ah! mon Dieu!

LK VOISIN

C'est la station.

MADAME PAQUET

Qui siffle comme çal (Meitani ii tète à la i>oriicre.) Moiisieur Paquet !

UNE VOIX

Uni.

MADAME l'AQUEl.

Ce n'est pas la voix démon mari.

UTSE VOIX.

Sans doute un plaisant.

MADAME PAQU6T.

C'est de bien mauvais goût, dans tous les €as>

Commencez-vous à vous rassurer ?

MADAME PAQUET

Je le serais, si j'avais avec moi mon iils et mon inari. Ail I mon Dieu I ah 1 ah ! au secours, au secours ! nous voilà perdus !

LE VOISIN

(7 est un convoi.

MADAME PAQUET

De blessés? Mon mari ! mon mari! mon enfant! mon enfant!

LE VOISIN

C'est un convoi de marchandises.

MADAME PAQUET

Vous avez dit un convoi, vous dites de marchandises |XHir ne pas m'alarmer. . . Mon Dieu ! mon Dieu !

LE VOISIN

Nous serions arrêtés»

MADAME PAQUET

•le me suis crue perdue!... Sans vous prévenir! sans vous rien dire!... J'en suis toute retournée: j'en ai la chair de poule... Il y en. a encore beaucoup à passer?

LE VOISIN

C'est le premier.

MADAME PAQlEii

C'est à en mourir; Monsieur, je vous demande bien pardon.

Cttmmeiltdolic!...

MADAME l*AQUET.

Si fait, monsieur j je suis bien enchantée d'avbir fiiit ^lotre connaissance.

LE VOISIN

Voiis êtes trop bonne.

MADAME PAQUET

Sans vous j'étais perdue. Je suis vive, monsieur; mais si vous me connaissiez, vous me rendriez justice ; je n'ai jamais fait de mal à personne... Encore un sifflet !

LE VOISIN

Encore une station.

LES CONDUCTEURS

Gonflans ! Conflans ! Conflans !

MADAME PAQUET

Monsieur Paquet î

UNE VOIX

Oui.

MADAME PAQUET

O'cst encore le même monsieur. Il faut avouer cfu^il existe des gens bien manants. Je ne vois pas ce qu'il y a de plaisant de tourner un couteau dans le ventre d'une pauvre femme. Je suis bien assez à plaindre.

LE VOISIN

Nous voila tout à l'heure à Mantes ; on reste là dix nûnutes.

MADAME PAQUET

Vous croyez, monsieur, qu'il n'est rien arrive A M. Paquet ni h mon fils ?

LE VOISIN

Oui. madame.

MADAME PAQUET

Vous habitez Paris, monsieur?

LE VOISIN

Non, madame.

MADAME PAQUET

C'est comme moi, mais j'y suis venue sijnme, autant dire qne j'eiv suis. ., Ah ! monsieur î

28 UN VOYAr.E

Page 1