LA MÊME VOIX
Oui.
MADAME PAQUET
Ce n'est pas mon fils. (Coup de sifflet.)
LE VOISIN
Nous repartons.
MADAME PAQUET
Monsieur, je préférerais la mort à Tincertitude. Et dire (jue j'ai eu la main forcée, je ne voulais pas partir; c'est une horreur!
LE VOISIN
11 n'y a pas de danger.
Mais, monsieur, les journaux
LE VOISIN
Exagèrent souvent les choses.
MADAME PAQUET
Comment, monsieur, vous ne croyez...
LE VOISIN
Que la moitié des choses, et encore... oui, madame.
MADAME PAQUET
Âh ! mon Dieu !
LE VOISIN
C'est un tunnel.
MADAME PAQUET
Vous m'avouerez, monsieur, que si ces choses-là claient supprimées, ce serait bien moins effrayant.
LE VOISIN
Il le faut, madame, il le faut.
MADAME PAQUET
Je n'en vois pas la nécessité; car, enfin, j'aurais auprès lie moi mon mari et mon fils, que je serais beaucoup plus tranquille; si j'ai à mourir, je pourrais mourir ayec eux.
LE VOISIN
Vous les avez donc quittés?
MADAME PAQUET
On nous a séparés, monsieur, on nous a sépu'és. Il y avait un monde affreux, c'était à qui entrerait le premier dans les voitures. J'étais si émue que je me suis trouvée ici sans m'en douter. Je vous prenais pour mon mari, monsieur; j'avais fermé les yeux, je n'y voyais plus. Ah! mon Dieu!
LK VOISIN
C'est la station.
MADAME PAQUET
Qui siffle comme çal (Meitani ii tète à la i>oriicre.) Moiisieur Paquet !
UNE VOIX
Uni.
MADAME l'AQUEl.
Ce n'est pas la voix démon mari.
UTSE VOIX.
Sans doute un plaisant.
MADAME PAQU6T.
C'est de bien mauvais goût, dans tous les €as>
Commencez-vous à vous rassurer ?
MADAME PAQUET
Je le serais, si j'avais avec moi mon iils et mon inari. Ail I mon Dieu I ah 1 ah ! au secours, au secours ! nous voilà perdus !
LE VOISIN
(7 est un convoi.
MADAME PAQUET
De blessés? Mon mari ! mon mari! mon enfant! mon enfant!
LE VOISIN
C'est un convoi de marchandises.
MADAME PAQUET
Vous avez dit un convoi, vous dites de marchandises |XHir ne pas m'alarmer. . . Mon Dieu ! mon Dieu !
LE VOISIN
Nous serions arrêtés»
MADAME PAQUET
•le me suis crue perdue!... Sans vous prévenir! sans vous rien dire!... J'en suis toute retournée: j'en ai la chair de poule... Il y en. a encore beaucoup à passer?
LE VOISIN
C'est le premier.
MADAME PAQlEii
C'est à en mourir; Monsieur, je vous demande bien pardon.
Cttmmeiltdolic!...
MADAME l*AQUET.
Si fait, monsieur j je suis bien enchantée d'avbir fiiit ^lotre connaissance.
LE VOISIN
Voiis êtes trop bonne.
MADAME PAQUET
Sans vous j'étais perdue. Je suis vive, monsieur; mais si vous me connaissiez, vous me rendriez justice ; je n'ai jamais fait de mal à personne... Encore un sifflet !
LE VOISIN
Encore une station.
LES CONDUCTEURS
Gonflans ! Conflans ! Conflans !
MADAME PAQUET
Monsieur Paquet î
UNE VOIX
Oui.
MADAME PAQUET
O'cst encore le même monsieur. Il faut avouer cfu^il existe des gens bien manants. Je ne vois pas ce qu'il y a de plaisant de tourner un couteau dans le ventre d'une pauvre femme. Je suis bien assez à plaindre.
LE VOISIN
Nous voila tout à l'heure à Mantes ; on reste là dix nûnutes.
MADAME PAQUET
Vous croyez, monsieur, qu'il n'est rien arrive A M. Paquet ni h mon fils ?
LE VOISIN
Oui. madame.
MADAME PAQUET
Vous habitez Paris, monsieur?
LE VOISIN
Non, madame.
MADAME PAQUET
C'est comme moi, mais j'y suis venue sijnme, autant dire qne j'eiv suis. ., Ah ! monsieur î
28 UN VOYAr.E