‹ Bourguignottes et pompons rougesChapitre 12 sur 39 · ABLAIN-SAINT-NAZAIRE · texte numérisé non relu

ABLAIN-SAINT-NAZAIRE

Il ne pleut plus. L'aube se lève dans un ciel lavé, bleu de lin comme un ciel d'avril, et l'air n'est pas trop vif. Ce serait plaisir, par un temps pareil, de rouler sur les belles routes de l'Artois, si les pluies des jours précédents ne les avaient transformées en marécages. Des équipes de territoriaux refoulent la boue aux deux côtés de la chaussée; d'autres travaillent à l'empierrage des parties défoncées.

De Saint-Pol à Ablain-Saint-Nazaire, que nous devons visiter aujourd'hui, la distance n'est pas très grande. Une bonne

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voilure peut l'abattre en une heure. Le paysage rappelle beaucoup celui du Vexin. A chaque instant, par des rampes insensibles, on glisse dans de petites vallées sylvestres où des villages sont piétés comme lièvres au gîte. La plupart servent de cantonnement à nos troupes, mais la population n'a pas bougé: pratique, elle s'est adaptée aux circonstances et nombre de fermes ont troqué leur livrée rustique contre la blouse du marchand de vin. Les enseignes, encore toutes fraîches, se succèdent à la file sur bandes de calicot: « Vins en gros, vins vieux et nouveaux de toutes provenances, vins du Roussillon, vins du Bordelais. » Oui aurait dit que l'Artois dût consommer jamais tant de « pinard », pour parler comme nos troupiers ?

Et, soudain, la roule bordée de peupliers se dénude. Il y a encore des arbres, mais les troncs sont sciés à un mètre du sol. Des fils téléphoniques courent à travers champs sur de petites perches. Une masse brune,

couchée dans la douve, arrête un moment nos regards. C'est un pauvre cheval tombé là et que le service de la voirie n'a pas eu le temps d'enlever. Sa tête est à moitié envasée ; ses flancs maigres accusent le dessin des vertèbres. Est-ce quelque éclat de shrapnell qui l'a fauché ou l'épuisement ? Les lignes ennemies , quoi qu'il en soit, ne doivent plus être bien loin, car voici un planton qui, d'ordre supérieur, vient nous enjoindre :

— Les voitures à 3oo mètres l'une de l'autre.

Nous obtempérons militairement. Nos autos, laissant entre elles l'intervalle requis, se lancent sur une côte en lacets au pied de laquelle rampe un long chaos de moellons et de briques qui fut un gai village de France et qui n'est plus qu'une larve informe, tordue, noirâtre, dont les tronçons baignent dans la fange : Ablain- Saint-Nazaire. Il y aurait danger à pousser plus loin en voiture. Nous mettons pied à terre.

— Bien le bonjour, messieurs, nous dit

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