LE BOIS DE BOUVIGNY
Deux bois, l'un à son amorce, l'autre au mitan, chevauchent la longue articulation crayeuse qui porte le nom de plateau de Lorette. Le bois de Verdrel nous appartenait. Le bois de Bouvigny était aux Allemands. Nous le leur avons repris en mai.
Chose qui étonne un peu dans ce pays ravagé, mutilé, éventré jusqu'à vingt mètres de profondeur, il ressemble encore à un bois, au moins dans la partie qu'il nous fut donné d'apercevoir, car nous nous arrêtâmes à l'orée. Les troncs, ni les branches n'étaient pas trop hachés et le tra-
vail des sèves au printemps achèvera de guérir les plaies de la guerre. Il y aura encore ici des frondaisons, des nids et des chants.
Tant mieux pour les pauvres soldats qui dorment leur dernier sommeil sur le plateau ! Ce bois de Bouvigny leur fait un écran contre les rafales du sud-ouest, particulièrement violentes à cette époque de l'année et dans cette région. Dès qu'on quitte l'abri des arbres, on sent les morsures du vent. Pourtant le Notus, comme l'appelaient les Latins, ne passe pas pour un vent froid. Mais, par cette fin d'aprèsmidi de décembre, il nous transit littéralement et, comme il souffle dans la direction des lignes ennemies, il ne laisse pas arri ver jusqu'à nous le fracas delà canonnade. On voit la lueur des pièces ; on ne les entend pas.
Nous n'avions pas visité encore de cimetières de soldats français. Non qu'ils