LE BOIS DE BOUVIGNY 2U
soient rares au front, ces cimetières. Tantôt isolés, tantôt en bordure des cimetières communaux, ils jalonnent toute la ligne de feu et, çà et là, jusque dans les tranchées, une croix fruste, un nom gravé au couteau dans le bois, signalent la présence d'un brave enseveli par l'explosion de quelque obus et dont on ne pourra dégager la dépouille qu'à la paix. Il arrive même trop souvent que la croix ne porte aucun nom. Ces fosses anonymes ne sont pas les moins émouvantes. Mais toute cette terre n'est qu'un immense charnier, une pourrière, comme on disait au moyen âge. Les soirs y sont tragiques, pleins de palpitations confuses. Quel reliquaire national, plus tard, sera assez vaste pour contenir tous ces fantômes?
Heureux en comparaison les morts de Bouvigny ! La piété de leurs camarades et l'ingéniosité des brancardiers leur ont assuré une sépulture décente, presque artistique. Le cimetière est clos de trois côtés par une barrière en bois blanc, décorée
à la romaine de couronnes civiques et de flambeaux. On y pénètre par un portique orné des mêmes attributs, flanqué de quatre urnes funéraires et surmonté d'un faisceau d'étendards au-dessus d'un cartouche portant cette inscription :
« Ce cimetière a été établi par la ...e division pour honorer la mémoire de ceux qui sont morts au champ d'honneur sur le plateau de Lorette. Honneur aux vaillants soldats tombés pour la patrie ! »
Et, à l'intérieur du cimetière, chacune des victimes possède sa fosse particulière, au pied d'une croix blanche, dans un cadre de silex, avec son nom sur la croix et quelque menue pièce d'identité dans une bouteille fichée en terre par le goulot.
Ce n'est pas la saison des fleurs et les tombes sont nues. Mais une couronne de fleurs artificielles, un ruban tout au moins, s'enroule autour de chaque croix. Aucun des morts n'est oublié. Enfin les fosses ont une profondeur convenable. Nos soldats