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PAIX ET FRATERNITÉ

PÂIK ET FiiATEilNITE

Principe souverain du Temps et de l'Espace, Maître de l'Univers et des Cieux étoiles, Qui, gardant dans ta main les siècles écoulés, Déroules l'Avenir sous le Présent qui passe ; Soleil vivifiant, dont les puissants rayons Prodiguent sans arrêt la lumière et la vie, A travers la nature à tes lois asservie ; Toi, qui règles le cours des vastes tourbillons D'astres étincelants dans la voûte azurée. Toi, qui gouvernes tout dans la plaine éthérée, Par ta Pensée auguste et ton Amour fécond. Toi, dont l'œil paternel et le regard profond. Sondant tous les replis des gouffres et des ondes.

Embrasse les détails et l'ensemble des mondes.

Juge infiniment bon, espoir des malheureux,

Divin consolateur de l'âme solitaire.

Pour les déshérités qui souffrent sur la terre,

J'implore la i)itié de ton cœur généreux.

Du laboureur courbé sur le sillon qu'il creuse,

Récompense amplement les utiles travaux ;

Bénis le travailleur dont la main vigoureuse

Soulève avec efforfle poids des lourds fardeaux.

A la Femme, cet Ange égaré sur la terre,

Ce Mystère sacré qui fait ouvrir nos yeux

A la clarté du jour, être mystérieux

Et toujours bien-aimé, sœur, fille, épouse ou mère

Donne tout le bonheur accessible aux mortels.

Au prêtre prosterné devant tes saints autels.

Accorde tous les dons de ta grâce 'divine.

Au hardi nautonnier domptant les flots amers,

Au matelot bravant les vents et la bruine,

A tout être souffrant sur terre ou sur les mers.

Dispense les secours que son état réclame ;

Surtout, fais qu'en nos cœurs s'allume cette flamme

Que toi-même créas de toute éternité

Et qu'en langage humain l'on nomme Charité ;

Par elle affermissant ton règne sur la terre,

PAIX ET FEATEKNITE

Donne nous la Justice avec îa Liberté, Gage sacré de paix et de fraternité.

Lorsque nous célébrons l'adorable mystère

Qui valut aux mortels la naissance d'un Dieu,

Il nous semble revoir tes célestes phalanges

Flottant sur la Judée à travers le ciel bleu.

Et nous prêtons l'oreille à la voix des saints Anges

Redisant aux bergers : " Gloire au plus haut des cieux

A l'Etre universel, espoir des malheureux ;"

Le Fax hominibus hante notre cervelle

Et, le cœur tout ému d'une flamme nouvelle,

Nous nous sentons portés vers l'amour du prochain.

Fais que chacun de nous le soit encor demain.

Que ce désir ardent de paix universelle,

Exprimé par les tiens en ton nom glorieux,

S'accomplisse bientôt ; qu'une vive étincelle

De ton amour divin nous enflamme en tous lieux ;

Que tout le genre humain, sauvé par ta tendresse,.

Renonce à l'égoïsme et s'occupe avant tout

Du sort des indigents en proie à la détresse ;

Que, pour les soulager, il recherche partout

L'infortune et les maux qu'engendre la misère ;:

Que la philantropie et la fraternité Epargnant aux vieillards le sort de Bélisaire, Enlevant tout prétexte à la mendicité, Empêchent l'intrigant d'exploiter l'indigence Et la pitié des cœurs naturellement bons. L'égoïsme vaincu, soudain nous échappons A tous les exploiteurs dont la funeste engeance Subit depuis longtemps sa maligne influence. Et, délivré par Toi de ce joug détesté, Chacun pratiquera la douce charité.

Dans nos actes divers, nos discours, nos pensées, Nos écrits, respectant les limites tracées Par ta divine loi, nous chercherons surtout A réparer nos torts et nos fautes passées En répandant -le calme et le bonheur partout.

Pour tous les oj^primés de notre globe inlime. Où gémissent encor tant d'esclaves souffrants, Je te prie, ô mon Dieu. Désarme les tyrans ; Convertis le bourreau, protège la victime Et donne à la pensée honnête qu'on comprime Tout l'essor qu'il lui faut pour convaincre les gens. Que la vérité, grâce à tes soins diligents.

PAIX ET FRATEENITB 17T

Pénétrant au palais comme dans la chaumière, Déverse les rayons de sa vive lumière Jusques dans les recoins -dont les angles obscurs Abritent, nous dit-on, des fantômes impurs. Je te prie, ô mon Dieu, pour la veuve qui pleure. Pour les parents en deuil, pour le pauvre orphelin, Pour le pécheur, déjà courbé vers son déclin. Et qui de son trépas voudrait retarder l'heure, Pour l'insensé qui croit que ton culte est un leurre,. Pour tout proscrit, tribun, pape ou roi détrôné. Pour tout peuple asservi, conquis ou rançonné. Bénis, ô Créateur, la plainte du génie Que la bêtise innée insulte et calomnie. Prodigue aux cœurs aimants tes consolations, Soutiens les malheureux dans leurs afflictions. Toi, dont les yeux divins sont les pures étoiles, Dessille nos regards, que, sans ombres, sans voiles. Apparaisse à nos yeux la sainte vérité. Gage sacré de paix et de fraternité.

Montréal, décembre, 1892.

BRUiEUR ET OÉCAOENCE

GRANDEyR ET DECADENCE

Pour un coq de village être perché trop haut, C'est, par le teoaps qui court, un bien triste défaut.

Aristote *

Jadis, au beau milieu d'une ville conquise,

Se dressait un beau coq sur un clocher d'église.

C'était un coq altier, un bon vieux coq gaulois.

On l'avait juché là, sans s'occuper des lois

Ni des vains règlements qu'une junte laïque,

Insensible aux ardeurs du zèle apostolique,

Décrétait sans motifs, sans rimes, sans raisons,

Nivelant à son gré tours, clochers et maisons.

Bien qu'il fut en ferblanc, comme un vrai coq en pâte

Il eût pu vivre heureux, si l'on n'eut, à la hâte.

* Emprunté au fameux chapitre des chapeaux.

182 BOUTADES ET KEVEEIES

Décidé de le mettre à trois cents pieds du sol, Hauteur d'où ma pensée a dû prendre son vol, Pour suivre le plongeon du coq immarcessible Vers un autre perchoir beaucoup plus accessible, A cent vingt pieds du sol, et c'est bien dur, hélas ! Etre monté si haut pour descendre si bas !

L'orsqu'oubliant un peu son incurable dcche. Un pauvre regardait l'interminable flèche Qui supportait la croix et le coq pardessus. Il disait : " J'ai déjà vu des plans mieux conçus. " Pourquoi mettre là-haut une tour octogone " Sur un socle carré ? Je crois. Dieu me j^ardonne, " Que ça s'écroulera quelqu'un de ces beaux jours. " Filons au plus coupant, car de semblables tours " Ça peut nous en jouer de mauvais ; ça peut même " Lapider un chrétien. Or, moi, j'ai pour système " De ne pas m'exposer aux fâcheux accidents : " J'irai prier plus loin le Dieu des pauvres gens. " Je crains des hauts sommets la séduisante amorce " Et cette tour hardie est un vrai tour de force. " Que les gens de la haute, attardés en ce lieu,

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