GRANDEUR ET DÉCADENCE
" Examinent ce coq perdu dans le ciel bleu !
*' S'il gratte, pour chercher un grain dans les nuages,
" Les moellons ébranlés, par de tristes ravages
" Signaleront leur chute et, frappant ians le tas,
" Ecraseront museaux, têtes, jambes et bras.
" L'auteur de ce clocher était pourtant un homme
" Large comme une tour, et pas très svelte ; en somme.
" A sa force plutôt qu'à sa légèreté,
" Il devait ses succès et sa célébrité.
" Si sa flèche n'a pas des assises plus vastes,
" Ça doit être en vertu de la loi des contrastes
" Qui veut qu'en tout pays, un court et gros garçon
*' S'éprenne d'un objet à la fois sec et long.
Tout en monologuant, notre ouvrier loquace A d'autres curieux abandonnait la place. Les riches venaient voir les moellons menaçants, Et la cour octogone en assomma trois cents. Si vous ne croyez pas la véridique histoire Qu'en ce moment je conte, il est un fait notoire Qu'on ne peut contester : c'est qu'il ne reste plus Un seul être afl[ligé de trésors superflus.
Et, cependant le coq a, pendant dix années, Du haut de son perchoir bravé les destinées. On va le dégommer, et ce n'est pas trop tôt. Bien qu'il ait su régner comme un roi d'Yvetot. Les prmcipes s'en vont, en ce siècle barbare : Un roi non dégommé, c'est un oiseau très rare ; Etre perché trop haut, c'est assez dangereux. Et le plus élevé n'est pas le plus heureux.
Si l'on eût respecté le plan de l'architecte. L'altitude du coq eut été bien correcte ; Cent vingt-sept pieds de haut, c'eut été suffisant Pour étaler au loin son plumage luisant. Mais, on voulut lancer au loin, vers l'emph'ée, Sa queue éblouissante et sa crête dorée. Il ne protesta j)as, jugeant que, des hauteurs De son trône, il verrait tous les législateurs. Hypnotisés, fixant ses reflets métalliques. S'abstenir de fouiller dans les caisses publiques. L'architecte, moins fier, fut aussi moins discret ; Il exprima tout haut le sincère regret Qu'il avait en voyant, vers la rive inconnue.