ANDRIEUX
Un nom qu'on a revu, qu'on reverra encore sur l'affiche de raclualité.
Qui l'aurait cru, après le plongeon qui suivit son départ de la préfecture de police?
Un orateur que les deux extrêmes ont recommencé à applaudir; à qui M. Barodet et M. Freppel ont crié simultanément bravo!
Qui s'y serait attendu, alors que, fonctionnaire^ il soulevait contre lui les haines de l'intransigeance et les haines du cléricalisme ?
Vous rappelez-vous les imprécations qui suivirent l'exécution des décrets? Vous rappelezvous les sarcasmes enfielîés contre le bourreau à gants gris-perle qui mettait à mal ces pauvres jésuites?
Nous sommes loin de cesfuribonderies, siloin que les plus acharnés sacristains se sont mis à encourager de leurs kiss! kiss! sympathiques M. Andrieux, le jour où il lui plut de lutter à mains plates contre un ministre républicain.
De même les tons sont bien changés du côté des farouches, quand ils parlent de celui qu'ils anathématisaient jadis.
On a grandement raison de dire que tout arrive en France.
Surtout quand on s'y prend de façon à aider aux revirements.
Pour cela il faut une souplesse exceptionnelle et une valeur qui compte.
M. Andrieux a l'une et l'autre.
Il l'a bien prouvé alors que, plus à Taise comme assaillant, il a pu donner carrière à une verve satirique qui s'accommode mieux de l'attaque que de la défense.
Damel si l'on devait le catégoriser aujourd'hui, on serait peut-être un peu embarrassé.
A quel groupe appartient-il réellement.^
Je crois qu'il est son groupe à lui seul. C'est un moyen d'avoir toute liberté d'action — et de satire.
Andi'icux. 121
Le portrait de l'homme a été fait et refait.
Quelques retouches tout au plus sont nécessaires pour le tenir au courant des années.
C'est toujours, d'ailleurs, le même regard qui se voile tantôt de rêverie, tantôt de dédain. Le même regard, incertain au cours ordinaire des choses, allumé soudain par la raillerie ou la colère.
C'est toujours le même visage aux lignes correctes— auquel se serait appliquée la qualification de joli garçon, si cette qualification n'était pas trop sérieuse pour un politicien.
Il a neigé un brin sur les cheveux taillés en brosse. La moustache a grisonné aussi.
Mais l'ensemble de la physionomie a gardé sa finesse très personnelle et sa fermeté très virile.
Elle ne ment pas, la physionomie. C'est un tempérament de trempe énergique que celui de M. Andrieux. Énergie doublée de ductilité, quand les circonstances l'exigent.
C'est là précisément la grande originalité du type.
Les métaphoristes ont souvent parlé du roseau peint en fer ou du fer peint en roseau.
M. Andrieux sait être tour à tour fer ou roseau, suivant que la situation le comporte.
Il plie diplomatiquement au besoin. Au besoin, il casse durement.
Tels on se représente, d'après les documents, certains hommes d'État italiens, contemporains de Machiavel. Je ne vais pas jusqu'à dire : disciples.
Comme ces hommes d'État, M. Andrieux passe pour mener de front les choses sérieuses et les choses futiles, les tournois de Parlement et les tournois de galanterie, — tenant à la fois place en vue à la Chambre ou dans un salon.
A coup sûr, celui qui suffit à des tâches aussi multiples et aussi variées n'est pas le premier venu.
Ajoutons que l'orateur a une personnalité bien à lui.
Rien des solennels qui montent à la tribune pour étirer le macaroni du lieu commun.
Quand M. Andrieux demande la parole, on peut être sûr d'avance qu'il a quelque chose à dire.
Sûr aussi qu'il dira ce quelque chose sans banalité, sans phraséologie, avec un accent qui met
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le mot en relief, avec un esprit qui sait habiller l'argument de neuf.
Combien sont-ils, dans les deux Chambres, qui justifient un tel éloge?
Peut-être pas deux douzaines sur huit cent cinquante.
Ce chiffre est assez éloquent pour me dispenser de commentaires plus longs.
Que si maintenant vous me demandiez ce que l'avenir réserve à M. Andrieux, vous m'embarrasseriez fort.
Je ne serais pas plus surpris de le voir ressauter d'un bond jusqu'au Capitole que de le voir, d'un autre bond, tomber du haut de la Roche Tarpéienne.
Je crois que son scepticisme n'ambitionne pas plus l'un qu'il n'a peur de l'autre.
Donc... pile ou face!