RENAN
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Qui se serait attendu à ce que la rampe vînt éclairer cette figure qui n'avait jusqu'alors paru qu'aux reflets de la lampe?
On se le représentait volontiers comme un bénédictin défroqué.
Et, de fait, la figure prêtait à l'illusion — ou à l'allusion, comme vous voudrez.
Soudain, le voilà qui s'est improvisé auteur dramatique. Que dis-je?^ Presque faiseur de revues.
S'il y avait eu un rondeau et des couplets de la fin, son petit morceau, donné à la Comédie- Française, aurait fait penser aux frères Cogniard.
1802 et 1886 fournissant un pendant à i84i et
IJ4 Boutique de plâtres.
ig4i, une des élucubrations les plus célèbres de ces deux Siamois de l'actualité fantaisiste.
Ce n'est pas le premier signe de vaudevillisme émané de la maturité — je pourrais dire : de la vieillesse de M. Renan.
Avant de nous montrer M^^^ Reichemberg en commère, enjolivée du sobriquet de Génie ou de Muse, — je ne sais plus trop, — M. Renan nous avait gratifiés d'une pochade à deux personnages qui m'avait fait songer à Gare l'eau! du Bobino défunt.
Le Père Éternel y potinait avec l'ange Gabriel, absolument comme cancanaient M. le Soleil et jypiie 1^ Pluie dans le dialogue de Saint-Agnan Cholcr.
Seulement Choler était, sans conteste, plus amusant.
Que signifie cette singulière tendance d'un écrivain classé parmi les austères?
Pourquoi cette aspiration à descendre ?
On a dit bien souvent que le diable, en vieillissant, se faisait ermite.
Or, V Univers a souvent qualifié M. Renan de diable.
L'auteur de la Vie de Jésus devrait donc, con-
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formémcnt à cette logique traditionnelle, incliner aujourd'hui vers les recueillements.
Et cela paraît être tout le contraire. Il semble que le monde du fard hante son imagination surexcitée.
Bien des gens n'en reviennent pas. Je ne suis pas aussi étonné que beaucoup d'autres.
Pour moi, en effet, M. Renan a toujours été un romanesque.
Relire, pour s'en convaincre ,. cette Vie de Jésus, où l'Homme-Dieu des dévots était troubadourisé si singulièrement.
On n'a pas assez pris garde à ces vols de papillons qui ont toujours donné de l'aile dans les œuvres de M. Renan.
Peut-être parce que sa personne préparait si peu à l'idée de roman que...
La nature ne le gâta pas, au point de vue plastique.
Bizarre physionomie !
Le nez proémine en rond d'une façon tuberculeuse.
Le teint se colore comme un teint de franc buveur. Et nul n'est plus idéalement sobre.
Le dos fait l'arc. Le cou s'enfonce dans les
l'jG Boutique de plâtres.
épaules. Les cheveux, raides et gris, flottent au hasard.
Non, certes, on ne devinerait jamais sous cette enveloppe un des esprits les plus affinés de ce temps.
Car M. Renan est cela.
Abstraction faite de ses fantaisies excursionnistes d'aujourd'hui, personne n'a remué les idées d'une plume plus curieuse et plus délicatement taillée.
Un maître du bien dire.
Je voudrais pouvoir ajouter : un maître du bien penser.
Mais je ne serais pas sincère si je renforçais de ce second éloge mon premier compliment.
L'investigation de M. Renan m'a toujours fait l'effet d'une investigation toute en superficie.
11 effleure légèrement, spirituellement, finement.
Il ne saurait creuser.
A telles enseignes que je ne suis pas bien sûr qu'il ne se soit pas trompé de chemin^ en ne se vouant pas tout à fait aux œuvres d'imagination.
Il en avait probablement le sentiment intime,
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lorsqu'il parlait du Christ comme d'un héros de feuilleton.
Il l'a peut-être encore, maintenant qu'il rôde autour des planches.
Mais il est trop tard.
En toute hâte, il fera sagement de revenir à ses chères études, — qui nous sont chères aussi, quand elles nous valent quelqu'une de ces pages savoureuses qu'il écrit d'un jet, ou quelqu'une de ces hypothèses philosophiques qu'il échafaude avec tant d'adresse.
A coup sûr, le nom de M. Ernest Renan survivra.
Ce qu'il a signé de ce nom survivra-t-il?^
Je ne garantirais rien sur ce point.
On se souviendra qu'il y eut un galant homme ainsi appelé, qui fut un charmant styliste.
Mais j'appréhende que le style ne soit de ceux qui se démodent.
Et finalement que si quelqu'un, dans cinquante ans, vante les écrits dont nous avons été épris si fort, on n'aime mieux le croire que d'y aller voir.