‹ Boutique de platresChapitre 29 sur 33 · ARSÈNE HOUSSAYE · texte numérisé non relu

ARSÈNE HOUSSAYE

ARSENE IIOUSSAYE

Arsène Iloussaye appartient à la grande plcinde de 18^0.

Ce fut l'un des jeunes lévites du cénacle qui siégeait en la fameuse rue du Doyenné.

Il connut tous les maîtres de l'art et des lettres.

Il a commencé à nous les raconter dans des mémoires qui seront une des plus alléchantes indiscrétions de ce temps.

En attendant, racontons-le lui-même.

Vingt portraits ont fixé dans toutes les mémoires cette physionomie d'un accent très personnel.

Un raffiné, un épicurien, un délicat.

Tout cela se lit à première vue sur celte figure

26S Boutique de plâtres.

qui sourit d'un sourire sceptique, mais non blasé.

Car Arsène Houssaye a gardé toute sa curiosité du bien vivre, toute sa sollicitude du bien dire.

Magister elegantiarum, disait le Latin.

C'est tout son portrait.

Après avoir été pendant de longues années le bel Arsène Houssaye, il est resté l'un des représentants des traditions aimables et des recherches ingénieuses.

Autrefois — selon la définition d'un contemporain — c'était un nuage de blond.

Le blond s'est estompé de gris, mais Tensemble de la tête persiste avec son expression de railleuse indolence.

Du milieu de cette chevelure encore floconna'nte et de cette barbe fluviale jaillit un regard investigateur qui transperce. Ce regard, sortant d'un petit œil mi-clos, a une pénétration voilée en quelque sorte.

A n'y pas prendre garde, on le dirait somnolent.

Mais si l'on s'approche, si l'on observe, on constate que la flamme est toujours là.

Arsène Houssaye ne sera jamais un vieux

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On lui reprocha jadis d'être trop muscadin. Qui renouvellerait ce reproche, alors qu'on se sent envahi par la grossièreté voulue, par le débraillé poseur }

Il est bon que quelques tyi)es rappellent encore au souci des urbanités délicates.

Après avoir déserté l'avenue Friedland, Arsène Houssaye s'est fait un nid tout en haut de l'avenue des Champs-Elysées. Là, de la large fenêtre ouverte sur le défilé du Tout-Paris permanent, il voit passer le monde et le demi-monde trottant, galopant ou roulant vers le Bois.

Le spectacle dans un fauteuil.

Son appartement est en dehors des règles prud'hommesques.

Une vaste galerie, à la fois salon, atelier et musée, le résume presque tout entier.

De beaux tableaux aux murs. Au fond, quand l'écrivain reçoit, une estrade qui fait un mignon théâtre où, de temps en temps, des artistes de choix viennent dire de beaux vers à des invités d'élite.

Car Arsène Houssaye est toujours un fervent de poésie.

Non seulement consommateur, mais opérant

lui-même et ciselant un sonnet à Cydalise entre deux nouvelles, selon la bonne formule.

On a trouvé qu'il y avait dans son talent comme une odeur de féminité. Cela voulait être un reproche : c'est un compliment.

Très expert en art, ayant traversé les affaires en y prouvant qu'un simple homme de lettres n'est pas plus bête qu'un financier. Arsène Houssaye est une des individualités les plus composites de ce temps banal.

J'ajouterai que, sous des dehors d'indifférence un peu blasée, il cache une chaleur de cœur qui s"est cent fois prouvée par des services mystérieusement rendus. Ses obligés ont été seuls à savoir qu'il est bienfaisant.

Encore un raffinement à ajouter aux autres.

Ce portrait donné, — et la ressemblance en peut être garantie, — on ne saurait être surpris si des milliers de mains se tendent cordialement vers celui qui a traversé tant d'aventures et d'années sans se faire un ennemi.

Voilà un signe particulier qui en dit plus long que tout un passeport.

LUDOVIC HALEVY

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