LOUISE MICHEL
LOUISE iMICHEL
C'est une simple ressemblance que je veux esquisser.
Les discussions de doctrines ne sont point du domaine du modeste atelier dans lequel posent mes modèles.
On est tout naturellement porté à se faire, des personnalités en vedette, une idée préalable.
Ajoutons que, neuf fois sur dix. cette idée est absolument fausse.
C'est comme pour les voyages, cela.
Il vous est arrivé, comme à tout le monde, de rêver d'avance de paysages imaginaires quand vous alliez vous mettre en route pour telle ou telle contrée. Jamais, n'est-ce pas, ces
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prévisions n'ont rencontré juste? La ville que yous vous figuriez à droite de la gare était à gauche. Où vous aviez supposé un bois, il y avait une plaine. Ainsi de suite.
De même pour les portraits anticipés.
Ainsi il m'est advenu à propos de M^^^ Louise Michel, lors de la première rencontre.
C'était quelque peu naïf, je le confesse; mais je me l'étais figurée théâtrale, rébarbative, incandescente. Un personnage de mélodrame, quoi!
Rien n'est moins exact.
Je parle ici de M'^^ Louise Michel dans la vie privée, ne l'ayant vue à aucune tribune.
Vive a été ma surprise quand je me suis trouvé en présence d'une femme d'aspect calme et réservé, de dehors bienveillants.
Rien qui ressemble aux hypothèses échevelées, aux mises en scène tragiques.
Une grande, très grande simplicité^ voire même avec des apparences de bonhomie.
Le parler lent, trop lent même , traîne à la façon norniande sur certaines syllabes. Cette façon d'espacer la causerie et de prendre des temps donne de la tranquillité au dialogue et présage de la réflexion.
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La tête est d'une coupe très particulière.
Le front se rejette en arrière, prêtant par ce mouvement plus de relief à la saillie du nez. La bouche est volontaire, accentuée.
L'œil passe alternativement de la lassitude à la pénétration.
On lit dans ce regard les épreuves subies. Puis, l'instant d'après, on y sent une énergie qui défie les épreuves à subir.
Les cheveux sont coupés courts. Est-ce encore signe de virilité ?
Dans tous les cas, c'est absence de coquetterie.
Il y a chez l'héroïne des réunions publiques une intention bien formelle de se masculiniser le plus possible.
N'en concluez pas cependant à des excentricités de costume ccfmme d'autres en ont tenté.
Elle ne chausse point les bottes de Lélio, comme jadis George Sand. Elle n'endosse pas la vareuse, comme Rosa Bonheur.
La mise, ce qui me parait une bonne note au point de vue de la sincérité, est exempte de toute affectation théâtrale, dans un sens comme dans un autre.
C'est la tenue courante d'une petite bourgeoise, économe et rangée, qui pense à se vêtir sans songer à se parer.
J'ai dit l'accent spécial de la parole, à la normande indolence.
Si vous abordez des sujets variés, mais étrangers, bien entendu, aux questions brûlantes, vous trouvez une conversation mesurée toujours, intéressante souvent.
Pas de recherche de l'effet. iMême en parlant de la Calédonie et des dures années passées en exil, il m'a semblé que M"® Louise Michel conservait une loyauté d'appréciation que n'altéraient point les exagérations dq la rancune.
Aucun effort pour dramatiser et assombrir les choses.
Elle disait les souffrances , sans grossissement, sans fracas. Elle ne cachait pas les côtés meilleurs, s'il y en avait.
D'où l'on conclut forcément, je crois, quand on a eu avec elle une entrevue , qu'il y a là, dans tous les cas et à quelque point de vue qu'on se place, une sincérité hors de conteste.
Je ne me serais pas permis de donner un âge à l'ancienne exilée, craignant de me tromper en
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plus ou en moins, car son visage lassé (on le serait à moins) offre des contrastes qui déroutent les dates.
Sa comparution devant la police correctionnelle a révélé qu'elle avait alors quarante-six ans.
On m'aurait dit quatre années en deçà ou quatre années au delà, que je n'aurais pas plus suspecté une affirmation que l'autre.
On sait qu'à Nouméa M''® Louise Michel avait repris ses fonctions d'institutrice, exercées auparavant à Paris.
Il y a en effet, dans son débit, quelque chose qui révèle l'habitude de l'enseignement, une recherche de lucidité dans l'expression et, au besoin, sans rien d'excessif, un certain étalage des connaissances acquises.
J'ai fini..
Je crois pouvoir répondre que la ressemblance cherchée est exacte. Le difficile, avec ces personnalités spéciales, c'est de ne les regarder, ni à travers un dénigrement préconçu, ni à travers un engouement prémédité.
En pareil cas, il ne faut faire ni besogne de peintre, ni besogne de sculpteur.
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II faut faire besogne de photographe.
... Quis falsum dicere solcm Audeat ?. . .
Ce qui ne veut pas dire que je me prenne pour un soleil, versant des torrents de lumière sur ces modèles.
Mais cela signifie que je m'efforce d'être impartial et tcîujours aussi loin de la charge que de la flatterie.