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LE DOCTEUR CHARCOT

Saluez, s'il vous plaît I C'est un membre de l'Académie des sciences que je vous présente.

Inutile d'ajouter que ce n'est pas un nouveau venu pour la notoriété. iM. Charcot a fait tout ce qu'il fallait pour que la sienne fût retentissante. Plus qu'il ne fallait même, si l'on en croit l'appréciation de beaucoup de gens qui ne montrent qu'une admiration restreinte pour les représentations mélodramatiques données par le médecin imprésario au Théâtre Hystérique de la Salpêtrière.

Mais procédons par ordre.

Voici M. Charcot devant la glace. Copions.

Présentement l'académicien ne ressemble plus

au brun intense dont l'aspect poétique frappait jadis d'un doux étonnement le regard des clientes.

A cette époque de prime jeunesse, avec ses longs cheveux noirs comme des baguettes de tambour et droits comme elles, avec son teint d'une pâleur blafarde, avec ses yeux d'un éclat étrange, M. Charcot avait je ne sais quoi d'hoffmanesque.

Excellente réclame fournie par la nature; car d'un docteur hoffmanesque on est tout de suite prêt à faire un docteur Miracle.

Aujourd'hui il a neigé sur l'ébène de cette chevelure. La pâleur est restée, mais avec empâtement des joues, ce qui abolit l'impression poétique. L'étrangeté n'est guère plus représentée dans la physionomie que par d'énormes sourcils, des sourcils-moustaches qui durcissent encore un œil suffisamment dur par lui-même.

Je néglige les détails accessoires, tels que taille moyenne , et autres renseignements de passeport.

J'arrive à l'homme... pardon! au savant.

Les débuts de iM. Charcot n'ont été ni pénibles ni éclatants. C'était de la bonne moyenne, et il

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aurait été assez difficile de présager alors les tapages que ferai,t la renommée du névropathe.

Cependant ceux qui s'y connaissaient pressentaient là une ambition ardente. M. Charcot, en effet, ne prétendait pas se contenter du rôle terne d'un praticien de quartier. Il fallait seulement une voie. Laquelle }

Les maladies nerveuses étaient à la mode. Va pour les maladies nerveuses!

Le choix était habile, d'ailleurs.

Il n'en est pas qui ouvre plus largement la porte aux conjectures sans contrôle, aux expérimentations hasardeuses, aux affirmations sans preuves.

Puis, par là, on avait tout le monde. Qui n'est pas un peu névrosique aujourd'hui ? Comme c'est bien porté, ceux même qui ne le sont pas ont la prétention de le devenir.

M, Charcot était donc sur une excellente piste. Il s'y lança résolument.

D'abord ses recherches furent aussi opiniâtres qu'ignorées. C'est ainsi toujours. La renommée ne s'empare de vous qu'après coup.

J'ai dit : les recherches de M. Charcot; je n'ai pas dit : les trouvailles.

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C'est qu'il me paraît bien difficile en pareille matière de donner sa garantie.

A la Salpêtrièfé, l'expérimentateur â produit dès résultats bizarres, dramatiques. Tout cela à-t-il abouti à beaucoup de guérisons? On est fort, à notre époque, pour découvrir le mal > par malheur, on est moins fort pour découvr'/le remède.

Ce qui ne veut pas dire que lés traitertieftts imaginés par M. Charcot n'aient pas réussi parfois à ses malades. Dans tous les cas, ils lui ont réussi beaucoup à lui-rtlêmè.

C'est un des médecins les plus lancés dé Paris. Un instant, ses séances d'hôpital-spectacle ont fait concurrence aux séances de Sorbonneboudoir offertes par M. Caro.

Caro, Charcot, cela sonne de même à l'oreille. Ils sont académisés l'un et l'autre. Mais je crois que, pour l'un comme pour l'autre, le moment aigu de la haute popularité est passé.

Les mises eïi scèfté de là Salpêtrièrè fi'ont pas été sans froisser beaucoup de gens à la susceptibilité délicate. Ceux-»-là s'étonnaient, se révoltaient même à l'idée que des créatures dont l'implacable nature avait fait des victimes devenaient,

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en quelque sorte, des actrices malgré elles dans les programmes offerts à la curiosité banale.

M. Charcot l'a d'ailleurs senti lui-même, car il a beaucoup restreint et ses épreuves et ses invitations.

Tout cela n'empêche certainement pas le docteur-académicien d'être une valeur scientifique. Comment en douterait-on quand l'Institut a cru devoir le certifier?

Cela n'empêche pas non plus une nombreuse clientèle d'assiéger sa porte.

Il a ainsi l'honneur et l'argent. Que désirer de plus?

En sa jeunesse, il ressemblait à Bonaparte. Voilà que, dans sa maturité, il est proclamé le Napoléon des médecins.

Souhaitons-lui de ne pas avoir de Sainte- Hélène.

DE MARCERE

DE MARCERE

Les jeux de la politique et du hasard ont d'étranges retours de fortune succédant à d'étranges caprices de malveillance.

Après avoir été délaissé injustement, M. de Marçère a vu revenir à lui la sympathie publique par la force même de^s choses.

On a bien été obligé de reconnaître, à l'expérience, que les hommes de travail, de savoir et de compétence ne sont pas assez communs dans notre Chambre pour qu'elle puisse se priver du concours si précieyx de Ti^n de ççux-là.

On s'en est aperçu dans les grandes discussions. Par exemple, lorsqu'on a débattu la loi du

divorce, dont M. de Marcère fut le rapporteur écouté.

Le rapport qu'il rédigea alors reste un des documents parlementaires les plus intéressants de ces dix dernières années. Il y avait longtemps qu'un morceau de cette portée philosophique et sociale n'était sorti de la plume trop politicienne de nos honorables.

Et voilà comment, après avoir subi la disgrâce avec dignité, M. de Marcère a prouvé de nouveau son mérite en acceptant ce retour de faveur avec modération.

L'homme est d'un type très personnel et fait pour intéresser le physionomiste.

La tête, largement développée du front, s'effile par le bas en une maigreur presque ascétique.

Les pommettes font saillie, s'attachant solidement à des mandibules dont la structure, si l'on en croit le système de Lavater, signifie volonté et énergie.

Le présage est confirmé par l'éclat d'un regard qui pénètre.

Cet œil, d'un noirmétallique, vise bien en face et doit avoir une clairvoyance développée par la pratique des hommes.

De Marccre. J?

Ce n'est pas un méfiant, mais c'est un sachant. On y sent quelqu'un qui, sans tomber dans la misanthropie, se met en garde contre l'illusion.

Très caractéristique, la bouche, en sa petitesse.

Elle n'affecte pas le dédain voulu de certains poseurs. Mais elle sait parfaitement, quand elle le veut, tenir les gens en respect par un léger plissement qui n'invite point aux familiarités excessives.

Avec cela, une irréprochable courtoisie de gentleman pour le commun des mortels, une bienveillance cordiale pour les amis.

C'est bien la gamme qu'il faut à un homme d'État dans ses multiples relations.

Le corps est resté svelte et d'allure très verte.

M. de Marccre est d'ailleurs un jeune, politiquement parlant.

La conversation ne cherche pas l'effet par la paillette, mais elle conquiert l'auditeur par la finesse des aperçus, par la justesse des raisonnements. Pas de cliquetis de mots bizarres, mais des chocs d'idées d'où jaillit la lumière.

On retrouvait ces qualités maîtresses dans le rapport que je rappelais tout à l'heure.

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Il n'y avait pas cherché les antithèses sonores, les grandes phrases à tapage ; mais il y avait mis un puissant effort de logique, en même temps qu'une mesure de dialectique à laquelle les opposants eux-mêmes furent contraints de rendre hommage.

On ne sait pas assez ce que peut la force de la modération.

C'est l'histoire de la fable de La Fontaine.

D'autres, chargés de la même tâche, auraient voulu procéder par coups de vent, M. de Marcère a préféré agir par la chaleur graduelle de l'argumentation.

Il a bien tait, comme l'a démontré le succès final.

L'ancien député du Nord, deux fois ministre, aujourd'hui sénateur, habite, rue Montaigne, un appartement d'où la simplicité n'exclut pas l'élégance.

C'est bien la demeure qu'il faut à celui qui se complaît dans les intimités reposantes de la vie de famille.

Le cabinet est celui d'un piocheur déterminé. On voit tout de suite que les livres de la bibliothèque ne sont pas des livres de parade, mais

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des conseillers sans cesse consultés et qui se groupent autour du bureau dans un sans-façon amical.

L'été, quand le labeur parlementaire est achevé. M. de Marcère s'en va dans l'Orne, faire de la villégiature sans prétention.

C'est, comme vous le voyez, une vie qui ne tient pas à avoir d'histoire, mais qui s'efforce de se rendre utile, et qui, sous ce rapport, est loin d'avoir dit son dernier mot.

Je crois que demain lui réserve encore d'autres occasions de bien servir son pays.

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