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CHAPITRE XXIII

Adieu, docteur Burbus !

Dès le lendemain , tout reprenait au moulin son train accoutumé. Les roues, remises en mouvement, recommençaient leur éternel tictac ; le cousin Franz courait par toute la maison avec sa casaque blanche et sa figure enfarinée ; Élisabethallait soigner les mout(»ns dans la bergerie ; la meunière travaillait dans sa chambre avec Sibylle. Quant à moi, réinstallé dans le bureau dont j'ai parlé, je m'étais remis à chiffrer de plus belle et à griffonner force correspondances d'affaires, en dépit des secousses qui ébranlaient sans cesse le plancher sous mes pieds. Le docteur seul n'était plus du tout le même homme.

Au lieu de s'en aller au bois gaiement comme aupararavant, et de venir au retour s'asseoir à côté de moi, rire et plaisanter, maintenant il partait seul, dès la pointe du jour, avec une humeur massacrante, et ne rentrait que le soir pour souper : encore lui arrivait-il bien souvent de

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se mettre au lit sans me dire im mot. De plus, j'avais re*marqué depuis quelques jours qu'il ne revenait jamais à la maison sans un bouquet de fleurs ou de fraises sauvages, qu'il ne donnait à personne, mais qu'il emportait avec lui dans sa chambre pour les jeter de là dans le ruisseau du moulin.

Un soir , c'était un dimanche , le cousin Christophe était parti à cheval pour faire une course d'affaires dans le pays, et on l'attendait pour souper. Le docteur, de son côté, avait passé toute la journée à errer dans la forêt, sans me prendre avec lui comme d'habitude, ce qui m'avait causé une peine extrême. Il revint le soir, assez tard, avec son bouquet de fleurs sauvages à la main, et, comme les gens de la maison avaient déjà soupe, on lui indiqua la chambre de la meunière, où nous l'attendions pour manger avec le cousin Christophe. Nous étions debout près de la fenêtre ouverte, et quand il vint à nous, de cet air morose qui était depuis quelques jours son air habituel, la meunière, qui l'avait remarqué depuis longtemps, prit occasion de ses fleurs pour le faire un peu causer. Pour toute réponse, il leva vivement son bouquet, le regarda un instant et le tendit à Sibylle, qui l'accepta. .

« Comment se fait-il donc, çionsieur Burbus, dit la meunière, que l'on ne vous voie presque plus ? Vous passez toute la journée à errer dans la forêt et vous ne rentrez que le soir,

— Vous avez remarqué cela, madame la meunière ? répondit sérieusement le docteur. Je dois vous avouer que cela me fait du bien : car je suis, à vrai dire, un exilé sans patrie, et n'ai personne au monde que ma présence ou mon absence intéresse.

— Vous ne pouvez pourtant dire cela de nous sérieusement, répliqua la meunière.

— > Non , non, se bâta de reprendre Burbus avec un amer sourire. On a ici toute sorte d'amitiés et de bontés pour moi , et je dois assurément en être fort reconnaissant. »

Sibylle m'attira à une autre fenêtre, et le docteur s'ap-

procha davantage de la meunière, qui lui dit de sa voix la plus sympathique et la plus douce :

oc Ëcoutez, docteur Burbus, vous avez certainement le cœur malade. Je croyais d'abord que Téloignement du monde et le calme de notre moulin perdu dans une belle forêt vous feraient quelque bien. Vous paraissiez d*ailleurs dans les premiers jours gai et content. Mais maintenant je ne sais ce qui est venu tout à coup vous contrarier, car depuis quelque temps vous avez l'air d'un homme tourmenté par le souvenir du passé.

— Non, non, il n'en est rien assurément, répliqua le docteur, et il se pencha en dehors de la fenêtre.

— Allons, je crois bien, dit la meunière, que vous n'avez pas de faute bien grave à vous reprocher. Un peu ^e légèreté, quelques folies dejeunesse, voilà vos torts, etvous êtes encore trop jeune pour vous amender complètement,

— C'est vrai, bonne dame, répliqua le docteur, il ne faut pour cela qu'une occasion. Je suis ici depuis des semaines, depuis des mois ; je cours dans la forêt, je surveille le travail des ouvriers, je conduis les-chevaux, c'est fort bien ; mais tout cela, le dernier des garçons le pourrait faire.

— Oui ; mais qui vous dit donc que vous deviez faire quelque chose pour nous ? vous êtes notre hôte.

— Oui, et après ?

— Eh bien! vous pouvez rester aussi longtemps que cela vous fera plaisir.

— Bien, et après, reprit le docteur, après, je vous setrerai la main à tous, un beau matin, et je vous dirai : « Adieu, cousin Christophe! adieu, madame la meunière! adieu, Sibylle ! ■

Nous avions jusqu'à présent , Sibylle et moi , écouté, sans le vouloir, les paroles du docteur. Sibylle ne soufflait mot; mais, se penchant en dehors de la croisée, elle tenait dans ses mains le bouquet de fleurs sauvages audessus du ruisseau qui grondait à ses pieds. A ces mots* du docteur : « Adieu, Sibylle ! » elle soupira doucement, et les fleurs, s'ébhappant de sa main, tombèrent dans l'eau

qui les emporta lentement. Un Ah ! prononcé d'une voix haute accompagna les pauvres fleurs. C'en fut assez pour interrompre brusquement l'entretien du docteur et de la meunière, et les pousser à regarder au dehors ce qu'il y avait.

« Les voilà qui nagent! s'écria le docteur avec un rire bruyant, mais nullement sympathique. Elles vont bientAt arriver sous les roues du moulin , où elles seront broyées et mises en pièces.

— Ah ! si seulement on pouvait les ravoir ! dit Sibylle d'un ton qui trahissait une émotion sincère.

— Vous le désirez, mademoiselle Sibylle ? s'écria le docteur tout joyeux. Une forte main et un bon vouloir peuvent beaucoup. Nous allons donc sérieusement essayer de sauver ces fleurs et de les remettre, s'il plaît à Dieu , dans vos mains. >

A ces mots, et avant que j'eusse pu le retenir, il franchit la -fenêtre, se laissa couler d'un pas assuré et sans le moindre vertige le long du treillis qui tapissait le mur extérieu^, jusque sur la berge étroite du ruisseau. Il était temps. Déjà les pauvres petites fleurs arrivaient au gré du courant sous les roues du moulin. Burbus, d'un mouvement rapide, les saisit ^u passage et revint en toute hâte les offrir d'un air triomphant à Sibylle, qui tendait les mains pouf les recevoir.

La belle jeune fille était devenue pâle comme un lis. Elle n'eut pas plutôt reconquis ses fleurs , qu'elle courut se cacher le visage, dans les bras de sa mère. Je crois môme qu'elle pleurait.

Le docteur ne reparut pas de la soirée, et la meunière eut le lendemain matin un long entretien avec le cousin Christophe, qui paraissait de fort mauvaise humeur par suite de l'aventure de la veille.

Du reste, le docteur n'était pas devenu pour moi plus affectueux, et plus il s'éloignait de moi, plus je me rapprochais de Sibylle , ne pouvant absolument me passer d'une compagnie à mes heures de liberté. Mais chaque fois que Burbus me voyait me promener dans le jardin.

la main de Sibylle dans la mienne , ou , le bras passé autour de sa taille, me tenir tout contre elle dans l'étroite embrasure d'une des fenêtres du moulin, il me faisait mauvaise mine. Je ne soupçonnais alors aucunement, à vrai dire, en quoi je pouvais le faire souflfrir ; mais je ne tardai pas à l'apprendre.

Une fois, c'était par une chaude journée d'été, un orage avait tant soit peu rafraîchi l'air; mais, sur le soir, les nuages gris qui obscurcissaient le ciel s'étaient insensiblement éclaircis ; ils se fendillaient par mille places , laissant voir çà et là entre eux de grands espaces d'un bleu limpide ; ils s'étaient eux-mêmes peu à peu colorés sur les bords déteintes déplus en plus claires, jusqu'à ce que le soleil, les traversant enfin de ses rayons d'or, vînt réchaufifer la terre humide , l'égayer et la ranimer encore avant le sommeil de la nuit. Les arbres et les fleurs exhalaient leurs parfums. Parmi les 'buissons tout resplendissants de milliers de perles humides , les grillons fredonnaient leur étemelle cantilène , les rossignols chantaient. L'air était imprégné de chaleur, mais de cette chaleur salutaire qui dilate un cœur jeune, lui ouvre les perspectives les plus riantes , fait flotter devant lui mille images radieuses, le berce de rêves éblouissants. Hélas! et moi aussi, dans ma jeunesse, je connus ces beaux rêves !

Le soleil se coucha. Le ciel était d'une transparence parfaite. Nous étions , Sibylle et moi , à la fenêtre du grand salon , et nous regardions en bas tourner les roues du moulin, tout en riant et causant des jours écoulés et de nos espiègleries d'enfance.

C'était l'heure du souper. Déjà depuis quelque temps on ne gardait plus à table la place du docteur. Quant à moi , en ma double qualité de membre de la famille et de petit garçon , j'avais le droit de m'asseoir auprès de ma petite cousine , qui ne manquait jamais de venir à ce repas-là , dans un négligé tout à fait campagnard.

Le souper fini , la vieille meunière se mit à lire, selon son habitude, et nous allâmes. Sibylle et moi , reprendre

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notre poste et nos causeries de plus belle, à la fenêtre du salon. Vers dix heures , la mère de Sibylle se leva pour aller se mettre au lit ; mais nous obtînmes d'elle la faveur de rester encore ensemble quelques minutes.

' Les papillons de nuit voltigeaient tout autour de nous; les vers luisants illuminaient çà et là le gazon. Tout -en me rapprochant le plus près possible de ma jeune cousine, je me sentis pris d*un léger frisson. Etait-ce l'effet de l'eau que nous envoyait le moulin? je ne sais; mais le fait est que Sibylle, me voyant ainsi frissonner, tira de son sein un petit fichu et me l'appliqua sur le cou, tout imprégné d'une douce moiteur. Dieu! ce fut alors comme les dimanches matin, quand nous jouions ensemble, tout en faisant Aotre toilette. Je sentis le cœur de ma cousine battre contre ma poitrine; mais le frisson ne me quitta pas.

Tout à coup nous entendons, au lùilieu du silence de la nuit, un bruit sourd comme du bois sur du bois , et bientôt nous apercevons le docteur qui travaillait près des roues du moulin. Il regardait vers nous de temps en temps, et je lui souhaitai le bonsoir. Je crus d'abord qu'il ne m'avait point entendu; mais il n'en était rien, car Sibylle ayant dit à son tour beaucoup plus bas : c Bonsoir, monsieur Burbus 1 9 il ne fit qu'un bond et s'avança sous notre fenêtre.

« Que faites-vous là? demanda Sibylle.

— Je ne pouvais pas dormir, répondit le docteur ; je suis donc allé faire un tour de promenade autour du moulin, quand j'ai remarqué un pieu qui s'était détaché, et que l'eau aurait infailliblement enlevé pendant la nuit. 9

Je ne sais pourquoi, mais le docteur avait ce soir-là un air morose et profondément troublé, tout comme dans cette pluvieuse matinée de novembre , où je m'évôllai dans sa chambre, en face de la maison Reiszmehl.

« Voilà une bien belle soirée , cher docteur, lui dis-je.

— Oui, me répondit-il, peut-être, selon qu'on prend la chose. Pour moi , le chagrin s'empare de moi , et je

deviens triste, oui, horriblement triste, quand je me trouve 'seul par un beau soir d*été. Vous n'êtes jamais mélancolique, vous, ajouta-lril d*un air sarcastique.

— Dieu merci! non, dit pour moi Sibylle. Les enfants n*ont pas de raison d*étre tristes.

— Les enfants ! dit en riant le docteur. Ah ! celui-là est un enfant bien venu.

— Oui , mais il n'en est pas moins encore mon enfant, repartit Sibylle en me baisant sur le front.... N'est-il pas vrai, petit?... Et voyez-vous, docteur? continua-t-elle dans son innocente candeur , et en lui montrant le fichu qu'elle avait mis autour de mon cou ; voyez-vous ? je l'ai soigneusement couvert , pour qu'il ne se refroidisse pas.

— Voilà un heureux enfant! dît le docteur. Quand je me refroidis, moi, nul ne s'en inquiète.

— Ah ! voilà que vous remontez sur votre dada, répliqua Sibylle. Ma mère a bien raison , quand elle vous répond que ce n'est pas bien à vous de croire qu'on ne vous porte aucim intérêt. C'est un fait pourtant bien certain qu'on s'intéresse à vous, et beaucoup.

— Est-ce vrai? dit le docteur avec joie. Est-ce sérieusement vrai? Donnez-moi la main pour gage.

— Comment puis-je vous donner la main d'ici? » dit la jeune fille en riant.

Cependant Burbus insistait, et d'une voix suppliante : « Oh ! donnez-moi la main, répéta-t-il.

— Allons, Sibylle, donne-lui donc la main! » dis-je à mon tour.

Et dégageant lentement son bras de mon cou qu'elle tenait enlacé , elle le tendit vers le docteur. Je me souviendrai toujours de ce moment , de l'ardente passion avec laquelle mon ami saisit cette main qui lui était offerte et la baisa. Ce que je me rappelle encore parfaitement , c'est que cette main était toute mignonne, et que le bras, que je pus voir aussi, était comme fait au tour. Le docteur se donna beaucoup de peine, après avoir baisé cette jolie main , pour toucher aussi de ses lèvres

certaine petite fossette qui se trouvait sur le bras de ma cousine ; mais il finit par réussir. Alors un soupir de joie et de bonheur monta de sa poitrine longtemps oppressée, un éclair brilla dans ses yeux, et il trouva encore quelques bonnes paroles à mon adresse.

« Cher camarade, me dit-il en riant, venez ; il faut que nous fassions encore un tour ensemble dans la forêt. Bon Dieu du ciel ! le monde est pourtant beau ! »

Sur ce, il m'envoya un baiser avec la main et s'élança sur l'armature du moulin. Sibylle le suivit quelques instants du regard, et tout en me élisant : « Bonne nuit, mon cher, dors bien ! » elle avait sur les lèvres un sourire admirable, un sourire vraiment céleste. Alors elle se retira dans sa chambre, et je n'en fus vraiment pas fâché : car, bien que j'eusse grand plaisir à me trouver avec elle, je m'en promettais pourtant encore plus d'une promenade nocturne avec mon cher docteur.

Cette promenade me rappela tout à fait nos chasses au blaireau. Mon ami Burbus courait comme un chevreuil à travers la montagne , franchissant d'un bond les ruissaux aux endroits les plus larges, chantant à plein gosier comme le plus heureux des mortels. J'étais redevenu son ami, son bon ami d'autrefois, et il me le témoignait par de fréquentes embrassades.

Il pouvait être minuit lorsque nous rentrâmes au moulin, dont la noire silhouette se dessinait à nos yeux au fond du vallon, à travers l'ombre silencieuse. Derrière nous, sur la lisière de la forêt, planait la lune radieuse, dont la lumière argentée illuminait l'étroite fenêtre de la chambre où dormait Sibylle. Les roues du moulin, qui avaient cessé de tourner, laissaient tomber lentement quelques gouttes d'eau, qui scintillaient dans leur chute comme autant de perles, et formaient dans la petite rivière où elles étaient reçues autant de petits cercles lumineux et tremblants, qui insensiblement s'élargissaient avant de disparaître et de s'effacer tout à fait.

« Connaissez-vous le conte de la petite Rose ? me demanda le docteur. Il y avait ujie fois une princesse d'une

beauté merveilleuse, qui demeurait au fond d'une épaisse forêt. Elle se piqua à la pointe d'un fuseau et tomba dans un profond sommeil. Peu à peu grandirent autour d'elle les arbres et les taillis, dont le feuillage devint de jour en jour plus épais et plus sombre, si bien qu'enfin nul ne put plus pénétrer jusqu'à elle, nul ne sut plus même où elle dormait. Alors vint le chevalier auquel la princesse était destinée par le sort ; il la réveilla d'un baiser, et puis elle devint sa femme. »

Ce conte achevé, il appuya sa tête sur ses mains, ses traits prirent une expression sérieuse, presque amère, et il se mit à chanter à demi-voix :

Dans un frais vallon Tourne la roue d'un moulin ; Cest là qu'a fui ma belle, C'est là qu'elle se cache.

Elle m'a donné sa foi , J'ai reçu d'elle un petit anneau ; Mais elle a rompu sa foi, £n deux elle a brisé l'anneau.

« Arrière ! arrière toutes ces sombres pensées ! s'écria-tr-il tout à coup en s'interrompant lui-même. Dieu est grand l ajouta-t-il très-haut. Bonne nuit, mon jeune camarade ! Pensez toujours à moi. Nous nous reverrons, je l'espère, quelque jour, avec grand plaisir.

-- A demain, répondis-je en riant.

—" Qui sait ? » répliqua-t-il ; et escaladant la fenêtre d'un pied léger il regagna sa chambre.

Le lendemain, comme je descendais de ma chambre, je trouvai une grande rumeur au moulin.

U avait été impossible de mettre la main sur le docteur Burbus, et, après une heure d'inutiles recherches, Uû petit paysan apporta une lettre de lui, disant que le docteur la lui avait remise lui-même dans la forêt pour la meunière. i

Cette lettre devait contenir des choses tout à fait singu- j

lières, car le cousin parut de plus mauvaise humeur que d*habitu<ie, et Sibylle vint à table les yeux rouges de larmes. Tout le monde, jusqu'aux domestiqes, s'épuisait en conjectures sur ce qu'était devenu le docteur ; mais, au bout de quelques jours, on n'en parla plus et on ne songea plus à lui. Seulement, quand je me trouvais avec Sibylle, il nous arrivait parfois encore de prononcer son nom, et sa disparition soudaine semblait avoir produit sur ma jeune cousine une impression des plus pénibles. Cependant la roue de mon destin, qui, durant ce printemps et cet été, avait continué de tourner doucement et agréablement au milieu des prés et à travers la forêt, reçut tout à coup une impulsion nouvelle d'une lettre de mon oncle et tuteur, laquelle m'avait été adressée à F..., chez ma grand'mère, et qui était vraisemblablement le résultat d'un nouveau conseil de famille. Cette lettre était ainsi conçue :

a II me semble, mon cher neveu, que la vie de far nienu que tu mènes au moulin te convient fort. Je sais du moins par le cousin Christophe que tu es devenu plus grand et plus vigoureux. Mais que tu pousses la légèreté jusqu'à ne pas songer un seul instant au moyen de t'assurer im avenir, et que tu ne m'aies pas écrit une seule fois de te pourvoir d'une nouvelle condition pour l'hiver, que tu oublies làbas, comme on me l'a dit,, le peu que tu sais, et que tu perdes le temps si précieux de ta jeunesse à«mener paître les troupeaux et à attraper des nids d'oiseaux , cela me plaît beaucoup moins, sans m'étonner pourtant, car jeté connais. Remercie donc la Providence de t'avoirdonné en moi un tuteur infatigable qui, grâce à l'étendue de ses relations , a pu te procurer une place de commis dans la ville de fabrique d'E. . . . Il ne s'agit plus pour toi cette fois d'entrer dans une boutique d'épicerie, mais bien dans un magasin de soieries et nouveautés, dans l'honorable maison Jean-Gaspard Stieglitz et compagnie. Tu te rendras à pied à E.... Arrivé là, tu remettras les lignes ci-jointes à notre cousin, M. le professeur W..., et ce digne ami avisera de

la manière la plus favorable à ton introduction dans la maison de commerce en question. Je n'ai pas eifvie de te multiplier les avertissements ; mais, situ trompes cette fois encore le peu d*espoir que nous fondons sur ta bonne conduite à l'Avenir, c'en est fait, je te retire ma main sans retour, et tu pourras alors recourir à la dernière ancre de salut qui reste aux jeunes mauvais sujets, c'est à dire te faire soldat. Au demeurant, mes enfants t'offrent, ainsi que moi, leurs compliments les plus affectueux, et je suis pour aussi longtemps que tu voudras ,

« Ton oncle bien affectionné. >

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