‹ Bouton d'Orient en TunisieChapitre 10 sur 25 · OBSERVATION [IT · texte numérisé non relu

OBSERVATION [IT

(Publiée par M. le docteur Marcel Benoit, médecin de-colonisation à Gafsa.

L... R... D... 27 ans, commis principal des postes à Gafsa; en Tunisie depuis 10 ans, à Gafsa depuis 5 ans.

Ant. héréd. — Néant. Pas de tuberculose.

Ant. person. — Pas de tuberculose. Pas de paludisme.

À aucune époque n'a élé sujet à des poussées de furonculose.

Maladie actuelle. — Début: Au retour d'un voyage en France, qui avait duré deux mois, vers le 25 septembre 1906, le sujet a ressenti au pied droit une sorte de gène avec picotements épidermiques, sans d’ailleurs y attacher aucune importance.

Vers le 4 octobre, le malade s’est découvert cinq pustules siégeant exactement au niveau des ulecérations actuelles. Ces pustules étaient

blanchâtres, aplalies, non ombiliquées, absolument indolores et

sans prurit. Après une faligue quelconque, le malade ressentait les mêmes picolements que précédemment, mais étendus à lLoute la face interne du pied, sans localisation au niveau des pustules. En même lemps apparaissail une pustule identique siégeant à la face interne du liers supérieur de l'avant-bras droit.

Vers le 12 ou 15 oclobre, les pustules se sont épaissies et se sont couvertes d'une croûte jaunâtre avec périphérie constituée par une zone plus foncée, presque noire. Ces croûtes élaient d’ailleurs irrégulières, peu adhérentes, nullement polyeycliques, sans suintement el indolores. Les picotements persislaient toujours après une fatigue un peu sérieuse. Les eroûles ont persisté pendant environ trois semaines, sauf celles de l'avant-bras qui tombèrent le huitième jour, découvrant une zone tuméfiée, rouge, sans ulcérations et indolore.

Le malade soigna dès lors l'accident du membre supérieur par des applications de feuilles de noyer macérées continuées jusqu'à ce jour.

Le 10 novembre, les croûtes siégeant au pied tombent spontanément et laissent chacune à découvert un cratère sanieux, à peine indiqué, parfaitement régulier, avec tendance à une forme ovale, à bords surélevés, sans dépression à pic, sans induralion, avec collerette érythémateuse. Les cratères étaient au nombre de cinq, parfailement indolores et suppurant très peu ; quatre où cinq jours après, la forme régulièrement ovale disparaissait pour faire place à l’état actuel.

État actuel. — 22 novembre 1906.

Avant-bras, face inlerne, tiers supérieur. — L'accident aflecte une forme presque circulaire, légèrement rongée sur quatre côtés et mesurant 38 millimètres sur 37. L'aspect général est celui d’une brûlure par vésicant. La région est légèrement tuméfiée et porte une ulcération siégeant dans le quadrant inférieur droit, laissant suinter un très léger ichor moins félide qu'au pied. Pas la moindre douleur. Pas de ganglions axillaires ou épitrochléens.

Pied droil, face interne.— La région envahie est comprise entre :

1° Une horizontale allant du bord interre de l’ongle du pouce à trois travers de doigt au-dessous de la malléole.

2° Une parallèle à cette horizontale passant à deux travers de droit au-dessus de la malléole.

Nous y trouvons

1° Cinq ulcéralions primilives ;

% Trois ulcérations secondaires.

Les ulcéralions primilives siègent, trois au niveau du cou-depied, les deux autres au-dessous et en arrière de la malléole.

Une des ulcérations secondaires occupe le niveau de l'articulation métatarso-phalangienne du pouce. Les deux autres sont siluées entre le premier el le deuxième groupe d'ulcérations primitives.

Les ulcéralions se présentent à l'observateur sous forme de perles de substance larges d’un demi-centimètre carré environ, à bords rouges irréguliers, surélevés en pente douce, non décollés, à cratère entièrement rempli d'un pus jaune verdâtre, assez mal lié, laissant suinter un ichor jaunâtre, transparent, peu abondant, à odeur caractéristique de suppuralion. La région est

LES rouge, œdémateuse, ainsi que la jambe entière jusqu'au genou. Il n'y a pas la moindre douleur et pas de trace d'engorgement ganglionnaire au creux poplité et au pli de laine.

On prélève trois échantillons de pus (frottis sur lame, fixation à la chaleur), Pansement au pe’manganate de potasse pur.

5 décembre. — Le sujet s'aperçoit qu'il porte au niveau de Ja face interne de la cheville gauche deux ulcérations semblables aux précédentes. Pansement au permanganale de potasse pur.

7 décembre. — Je découvre moi-même deux puslules suppurées, grosses chacune comme une lentille, siégeant au niveau du bourrelet unguéal du gros orteil gauche. La région est tuméfiée et violacée, d'ailleurs parfaitement indolore.Ce sont deux clous à la période de début. Je prélève un échantillon du pus de chaque pustule. Pansement au traumalol.

10 décembre. — Les boulons traités par le permanganale de polasse pur présentent des traces certaines de cicatrisation. Comme la première application, purement expérimentale, avail été très légère, j'en fais une nouvelle sur Loules les ulcérations, après avoir préalablement fait sauter les croûles.

La sensalion de chaleur, bien qu'intense, n'en est pas moins supportable et facilement acceplée par le malade.

13 décembre. — Les boutons sont recouverts d'une croûte noire due à la réduction du permanganate.

17 décembre. — Après avoir fait tomber les croûtes, j'applique de larges pansements humides au permanganate de potasse concentré (à 1°/,). Ce traitement est coniinué pendant cinq jours.

22 décembre. — La cicalrisalion marche très rapidement. Je supprime le permanganate et je badigeonne chaque lésion avec une solution concentrée de bleu de méthylène.

30 décembre. — Toutes les anciennes ulcéralions sont entièrement cicatrisées ; le malade se chausse, fait des courses à pied et à bicyclette el reprend ses occupations. La guérison est complète.

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