APERÇU HISTORIQUE
Pendant un séjour de plusieurs mois à Feriana, localité située à 60 kilomètres de Gafsa, nous avons essayé d'établir à quelle époque est apparu le clou de Gafsa dans la région de la célèbre oasis et ses environs. Il semble que de tout temps les Arabes de ces contrées aient remarqué qu'un certain nombre d’entre eux étaient atteints, à la fin de l'été, de « boutons » siégeant le plus souvent aux membres supérieurs et inférieurs, et auxquels, du reste, ils ne prêtaient pas grande attention, les confondant sous le terme générique de « hhabb » et de « nebta » avec les autres dermatoses, tout en les désignant quelquefois sous les noms de « hhabb el seneh » (bouton d'un an) ou de «bess el tmeur » {mal des dattes).
Les médecins militaires venus en Tunisie lors de l'occupation furent frappés, dès l’année 1882, de l'existence d’une affection qu'ils n'avaient encore jamais cons-
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tatée en Europe, et qui fut confondue, par eux, avec les maladies de peau les plus variées, telles que l'ecthyma et le prurigo.
La même année, Achard, médecin militaire à Gafsa, écrit dans un document inédit :
Il m'est bien difficile de faire l'historique de lPaffeclion ecthymateuse qui sévit au {° bataillon du 45 r'ÉégIment d'infanterie, à laquelle j'ai donné le nom de « Clou de Gafsa » parce que les Arabes de la région de Gafsa, qui n'en sont pas exempts, l’'appellent de ce nom. »
En ISS{, Boinet et Depéret introduisent pour la première fois dans la science le nom de clou, de bouton de Gafsa. Ils publient, dans les Archives de médecine militaire, deux mémoires originaux intitulés : « Du bouton de Gafsa au camp de Sathonay » et « Nouveaux faits relatifs à l'histoire du bouton de Gafsa ».
Dans le premier ils étudient longuement une épidémie survenue au camp de Sathonay, importée en France par un bataillon du 38° d'infanterie. Ils observent un cas de cette affection chez un homme n'ayant jamais quitté la France et décrivent d'une façon complète l'évolution chnique et les diverses formes du elou de Gafsa.
Dans leur deuxième mémoire, les mêmes auteurs précisent les localités où cette dermatose est endémique (Gafsa, El Ksar, El Leila, El Guettar et Feriana) ; ils rappellent que les inoculations du pus et du liquide de culture du bouton de Gafsa produisent chez le cobaye et le cheval des ulcérations typiques : ils arrivent au même résullat en expérimentant sur l'homme. Ils signalent enfin le fait intéressant de clous de Gafsa développés Re sur quatre chiens « sloughi ».
De 1882 à 1893, tous les médecins militaires, dans leurs rapports annuels, signalent de véritables épidémies
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de clous de Gafsa; e’est ainsi que l’on observe, durant l’année 1883, 115 cas dans un seul bataillon du 48° d’'infanterie. Ils sont unanimes à reconnaitre que l'évolution clinique comporte quatre périodes : la première, d’induration; la seconde, de desquamation ; la troisième, d'ulcéralion : la quatrième, de cicatrisation ; que le clou dure en moyenne de deux à {rois mois, séigeant le plus souvent sur les parties découvertes du corps, telles que la main, l'avant-bras, la jambe, le pied et la face. [ls attribuent tous la cause de la lésion qu'ils observent à la chaleur et à l'anémie qu'elle engendre, et constatent que les Européens y sont plus exposés que les Indigènes.
Quatorze ans plus tard, en 1898, Lemanski, de Tunis, : dans une monographie intitulée «le bouton d'Orient » (bouton tunisien) fait une étude d'ensemble de la question.
C. Nicolle et Cathoire, en 1905, faisant l'analyse microbiologique d'un cas de clou de Gafsa en voie de cicatrisation, découvrent des éléments analogues à ceux constatés par Wright dans le bouton d'Alep.
C. Nicolle, deux ans plus tard, examine le pus et Île sang de cinq malades atteints du bouton d'Orient du Sud Tunisien. [retrouve les corps de Wright presque exelusivement intracellulaires.
En 1907, Benoit publie huit observations détaillées de cette affection et préconise le traitement au permanganate de potasse porphyrisé, qui, selon lui, donne les meilleurs résultats.
En 1908, C. Nicolle réalise la culture du parasite du clou de Gafsa en utilisant le milieu de Novy-Neal simplitié par lui, grâce à la suppression de la viande et de la peptone.