‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 100 sur 128 · LA COURTISANE · texte numérisé non relu

LA COURTISANE

Tout homme ici-bas à son idéal : une femme,

Pour laquelle il voudrait être un Catilina,

Il lui donne son esprit, son cœur et son âme,

II aime, et jamais son amour ne fouina.

Avec ce cœur^lévoué la drolesse jongle.

Et celui qui pourrait-être un grand citoyen,

Elle Tabrutit, le ruine, le tue à coup û*ongle :

Elle en fait un idiot, un athée un paien t

Pas de cœur. Pour Tesprit, elle dit que mirabelle

Doit-être, selon elle, la femme de Mirabeau.

Qu'a-t-elle donc pour elle? comme Phryné, elle est belle

De la beauté qui fascine, éternel flambeau!

Elle préfère Léotard aux vers de VOrestie,

Et ne connut jamais le nom de Gabrio,

Toute son intelligence est dans sa repartie ;

En amour, comme en bourse, elle fait de Vagio.

Becquetant notre cœur comme l'oiseau la figue,

Elle aime les soupers fins oii paraît le faisan.

Fille du peuple, contre lui elle se ligue,

Elle qui dînait souvent avec du parmesan,

De Peau claire, une poignée de noisettes.

Lorgnant d'un œil d'envie le morceau de pdté

Que mangeait en chantant la gentille grisette

Aujourd'hui, elle appelle son amant : âne bâté,

II faudrait, je le crois, être un âne bâté^

Aimer par trop le flan, tout comme la grisette,

Le jambon contenu dans un maigre pâté ;

Ne pouvoir résister à goûter la noisette

Après macaroni, semé de parmesan;

Ne pas croire Dumas, qui contre nous se ligue,

Pour voir si nous aimons, ou esprit ou faisan,

Pour refuser vingt sous! Ce n'est pas un agio.

Quant à moi je souscris, prompt à la répartie.

Sans cependant savoir quel est ce Gabrio,

Sans avoir répété les vers de VOrestie,

Sans connaître du tout, des poëtes le flambeau,

J'aime la poésie, et je la trouve belle;

Sans être un orateur j'admire un Mirabeau,

Et sans être gourmand, j'aime la mirabelle.

Je ne suis pas dévot, mais encor moins païen.

Oh ! vous qui me lisez, surtout pas de coup d'ongle,

Car je suis si petit, si petit citoyen.

Je le dis franchement, que jamais je ne jongle.

Ainsi en ce moment je mets ici fouina

Afin de m'esquiver, et je vendrais mon âme

Pour chanter en ces vers le grand Catilina, ,

Mais je suis à ce nom, tremblant comme une femme.

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