‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 101 sur 128 · DÉSIRE · texte numérisé non relu

DÉSIRE

Je suis une bonne vieille femme.

Je déteste Catilina ;

Une belle action me touche Vâme^ El j'aime le poëte qui jamais ne fouina.

Je préfère à celui qui jongle

L'honnête et probe citoyen^

Une brosse douce pour mon ongle.

Un vrai croyant à un paien,

J*aime encore la mirabelle;

Je fais grand cas de Mirabeau;

Je gémis de n'être point belle Et souhaite de l'hymen allumer le flambeau.

J'adore Dumas, les vers de VOrestiey La suave beauté de la douce Gabrio^ La pétillante et fine répartie,

Et j'ai en horreur Vagio,

Je fais moins cas d'un hec-figvs

Que d'une aile de faisan.

J'aurais tenu tête à la ligue ,

Je combattrais et Russe et Parmesan,

J'ai du plaisir à cueillir la noisette,

Dîner sur l'herbe avec un.bon pâté.

Faut-il tout dire?... J'aimerais être grisette

Pour rire comme elle de nos ânes bâtés.

C'est le roi du succès! c'est Tami de la femme! L'artiste aux cent moyens, qui, de Catilina Détournant le poignard, peut faire une grande dw«, Ou du sombre roman un traître qui fotiina.

On dit qu'avec esprit le cher écrivain jongle.,. Détracteurs qui raillez notre grand citoyeriy Cachez-vous! on a vu le poison sur votre ongle... Le bitume est trop loin du portique païen.

Droit, franc comme d'Hosier, doux comme mirabelle^ Plus éloquent cent fois que ne fut Mirabeau, S'il peint bien l'Italie ou l'Espagne la belle, C'est qu'il tient du soleil un chaleureux flambeau. Poëte comme Eschylle, il eût fait VOrestie, J'en atteste toi-môme, aimable Gabrio.

Aussi prompt au bienfait que fin en repartie, Jamais ses dix doigts blancs n'ont touché Vagio. Emportant sous ton ciel, où nait et croit la figue, La plume que fournit l'aile d'pr du faisan, Terre de Raphaël et berceau de la ligue, Tu le vis rechercher l'œuvre du parmesan.

Quoique jeune gn l'ail vu, sous l'ombre où la noisette S'incline, laissant là les débris d'un pâté.

Près de Montmorency promener la grisette.

Comme un simple mortel, sur un âne bâté.

JH.fN.

Je connais dans Paris une petite femme^ Romaine, au fond du cœur, comme Catilina, L'amour ne caressa jamais sa vilaine âme^ Et Cupidon vaincu, devant elle fouina.

Avec les passions, hardiment elle jongle^ Vit au sein de Torgie, auprès d'un citoyen Qui la bat tous les jours et boit rubis sur Vongley Pendant que sa moitié^ sacre comme un paten.

Son teint est velouté comme la mirabelle.

Elle a le goût des fleurs, ainsi que Mirabeau; Mais le cœur est flétri, si Tenveloppe est beUe : Le vice l'éclaira de son triste flambeau. Concubine d'un greCj ce n'est point VOrestie Qu'elle lit chaque soir, croyez-le, Gabrio :

Chez ce couple honteux, la vie est répartie, La femme fait l'usure et l'autre Vagio, A leurs festins pompeux, on voit briller la figue L'orange, l'ananas, à côté du faisan, Et dans les flots du vin s'établit une ligue Qui n'accorde merci qu'à tout bon Parmesan, Il est passé ce temps où, cueillant la noisette Au milieu des grands bois, un modeste pâté, Contentait les désirs de la simple grisette Qui m'avait ^ruti, comme janJiaQj)âté,

CE QUE J'AIME

Près de moi j'aime à voir une superbe femme

A lire Cicéron, contre Catilina

Exhalant tout le fiel amassé dans son âm£;

Celui qui sur l'honneur jamais ne fouina;

La jeune équilibriste adroitement qui jongle;

L'homme au cœur généreux^ l'honnôte citoyen

A personne, jamais qui ne sut rogner V ongle.

Sincère dans sa foi, catholique ou païen;

La prune au doux parfum qu'on nomme mirabeUe ;

L'orateur plein de feu rappelant Mirabeau;

Le soir, près de mon lit^ j'aime a voir une belle^

S'apprêter souriante à souffler mon flambeau ;

J'aime à lire souvent l'auteur de VOrestie;

Les ouvrages charmants de dame Gabrio;

De Dumas ou Méry l'esprit de repartie;

Celui qui s'enrichit sans faire d'agio.

J'aime à sucer le jus d'une ex;^llente figue;

Au plus tendre poulet je préfère un faisan ;

L'homme avec les dévots qui jamais ne se ligue ;

Un bon macaroni au plus fin parmesan.

Au bois j'aime à cueillir la fraise et \di noisette;

Sur ma table, à sentir le fumet d'un pâté.

J'aime à folichonner avec une grisette^

Et près d'elle à trotter sur un ine bâté.

Pour inspirer Tampur, chez une femme, Sans être hardi comme un Catilina, Je sais plusieurs secrets dedans mon âme.

Devant lesquels nulle ne fouina.

Avec un cœur si doucement je jongle Que sans passer pour mauvais citoyen , Plus d'un mari me fit sentir son ongle, Ou contre moi jura comme un païen.

Quand on est doux comme la mirabelle Et tout en feu comme fut Mirabeau, Tout doucement on doit prendre sa belle, Et de Tamour allumer le flambeau!

Je ne sais point écrire une Orestie ; Jamais je n*eus Tesprit de Gabrio, Encor moins celui de repartie; Je n'entends rien au cours de Vagio ; Mais, à vingt cœurs savoir faire la figue, Voilà ce que ne vaut pas un faisan ; De vingt maris tromper toute une ligue, Voilà bien plus que tout un parmesan.

Aussi, je dis, pour qui hait la noisette.

Que ne savoir croquer comme un pâté, Tout à la fois la prude et la grisette, A mon avis, c'est être bien bâté;

Page 1