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LAMENTATIONS D'UN MARI INFORTUNÉ

Transporté de colère, un jour, contre ma femme^

Ainsi que Cicëron devant Catilina,

Pexhalais 1,out le ûel amassé dans mon âme :

Ma femme, qui jamais pour rien ne fouina,

Me répondit : « Grand sot, hurle, siffle ou bien jongle.

Tu ne seras jamais qu*un pauvre citoyen!

Tais-toi, ou sur ton front tu vas sentir mon ongle! »

Pour dompter cette femme, il faudrait un paien

Aussi dur qu'un noyau de grosse mirabelle.

Je serais éloquent autant que Mirabeau,

Jamais je ne saurais attendrir cette belle ;

La torche de mégère est chez moi son flambeau.

J'aurais tous les talents de Fauteur d'Orestie,

L'art charmant de conter de dame Gabrio,

De Dumas ou Méry l'esprit de repartie.

Aussi bien que Rothschild je ferais Vagio^

Que ma femme, à mon nez, ferait encor la figue.

De plus, elle est gourmande : il lui faut du faisan !

Je ne sais avec qui la gloutonne se ligue :

Elle ne veut goûter qu'au plus fin parmesan ;

Elle aime à grignottcr l'amende et la noisette;

Elle tombe en extase en voyant un pâté.

Malgré ses quarante ans elle fait la grisette.

Et me traite, en un mot, comme un àne bâté.

Rien n'est grand, rien n'est beau comme une bonne femme.

Eût-elle été liée au fier Catilina,

On trouvera toujours du courage en son âme;

Dans le danger jamais son cœur ne fouina.

Suivez-la pas à pas, jamais elle ne jongle ;

Elle saura parler comme un grand citoyen^

Et sur un mauvais livre elle marque de VongU

Les pages à passer, comme étant d'un païen.

Elle offre avec adresse une eau de mirahellej

Renvoyant à Satan le fougueux Mirabeau;

En tous lieux^ en tous temps vous la trouverez heUe,

Et vous n'aurez besoin d'allumer un flambeau.

Elle sait applaudir aux cris de YOrestie;

Ses charmes n'ont besoin des jeux de Gdbrio;

Son esprit est toujours prompt à la repartie^

Laissant à son mari les soins de l'alto.

On ne la verra pas^ sa main faisant la figue^

Ou s'orner de plumets empruntés au faisan.

Elle sait éviter toute perfide ligue,

Avec soin préparer les mets au parmesan ;

Dans les bois, à l'automne, en cherchant la noisette,

Vous ne la verrez pas se munir d'un pâtéj

Comme souvent le fait la légère grisette,

Qui s'y rend au galop sur un âne bâté.

S. GOURDET.

EUGËNIE DOUEZ

Je suis meilleure amie de plus d'une femmes

Et Ton me connaissait avant Catilina .

Je réfléchis souvent, je suis un corps sans âme,

Mais jamais devant moi la vérité fouina.

Je brise et porte malheur si avec moi Ton jongle.

Quoique douce et polie comme un bon citoyen.

Je suis forte et grande ou bien mince comme V ongle

Bref, tous croient en moi tous jusqu'au plus pàien.

Quand on me voit sur F eau, adieu la mirabelle.

C'est de moi l'opposé qu'on saute en Mirabeau,

Je n'ai pas de cheveux, et pourtant je suis belle,

Je le redis cent fois quand je vois un flambeau.

Je pourrais répéter les vers de VOrestie,

Mais sans l'esprit, la grâce, la voix de Gabrio,

Je n'ai jamais su faire la moindre répartie:

Mes réflexions varient souvent comme l'alto.

Une coquette m'aime comme un gourmand la figue.

On me voit quelquefois plus dorée qu'un faisan.

Contre qui me consulte très-souvent je me ligue,

Pour dire ses attraits filant comme parmesan.

Je suis carrée, pointue, ronde comme une noiseête,

Je puis me mettre en poche comme un petit pdté,

Je fais toujours partie des meubles d'une grisette,

Et je sais sans pinceau peindre un âne bdté.

A MONZIN

CE QUE j'aime

J'aime le doux sourire et l'amour d'une femme^

J'aime le vrai talent, qui vit Catilina

Trembler sous son regard ; j'aime, j'admire Vâme,

De l'immortel Bayard, qui jamais ne fouina;

J'aime le baladin, qui si prestement jonp/^,

Et, pour un petit sou, du pauvre citoyen,

Sait amuser l'ennui ; j'aime écorcher sous Yongk

La pomme qui jadis rendit Adam païen ;

J'aime, sortant du four, la blonde mirabelle ;

J'aime l'ardent tribun, le hardi Mirabeau,

Qui, transporté soudain d'une ardeur plus que belle,

Fait delà vérité scintiller le flambeau ;

J'aime pleurer un brin en lisant VOrestie ;

J'aime, tout attentif, commentant Gabrio,

Saisir à mon profit sa fine repartie ;

A payer d'un baiser l'usuraire agio ,

J'aime passer une heure à manger une figue;

Je trouve un vrai plaisir, humble comme un faisan ;

J'aime les coeurs si forts révélés par la ligue ;

D'un bon macaroni, semé de parmesan.

J'adore le parfum pour cueillir ]3i noisette;

J'aime courir les bois, muni d'un bon pâté,

Promenant à mon bras l'adorable grisette ;

J'aime l'âne au moulin, qu'il soit ou non bâté,

Alexandre Garlix.

LA FEMME

Dans tout événement il se cache une femme;

L'amour rendit cruel le vieux Catilina;

Du bien comme du mal la femme est toujours Vdme;

L'homme à l'apprécier bien souvent fouina.

Pour lui plaire chacun à sa manière jongle,

D'un despote elle fait un très bon citoyen;

Pour aimer, pour haïr, elle a parfois trop d'ongle,

D'un saint de sacristie elle fait un païen.

Doucereuse souvent comme la mirabelle^

Elle attise l'amour au cœur d'un Mirabeau.

Qui de nous n'est heureux d'être aimé d'une belle?

Pour tout homme l'amour fait briller son flambeau.

Au grand Dumas la femme inspira VOrestie,

Et plus d'une a dicté le livre à Gabrio ;

A tout la jeune femme a vive repartie;

La femme est en amour reine de Vagio;

Son langage a parfois la douceur de la figue.

Tout bon chasseur pour elle aime abattre un faisan.

Une reine autrefois sut corrompre la ligue.

Souvent femme préfère au fat un paysan ;

Elle aime dans les bois à cueillir la noisette,

Et déteste le sot à l'esprit empâté.

Vive pour le plaisir une simple grisette!...

Par la femme toujours l'homme sera bâté.

F. Flamant.

— iOO -

A mes amis, salut I Je leur cherche une femme Dont eût été jaloux le vieux Catilina :

Des fiers conspirateurs il sait réveiller Vâme, Mais sa chère moitié vers Gicéron fouina.

Alors ce beau parleur aux yeux du peuple jontjle ; Par ses discours ardents on vit le citoyen Sortir de sa torpeur, menaçant lever Vongle, Et son fusil au bras courir sus au païen.

Gicéron, gros gourmand, aimait la mirabelle, Mais il eût tapé dru sur monsieur Mirabeau, Qui, soit dit en passant, courait après la belle Alors que du pays il était le flambeau.

— a Allons, plus de latin, » dis-tu jeune Orestie. « Je n'ai pas ton talent, ô muse, o,Gabrio!

)> Je ne sais que lancer la fine repartie

» A ce bon coulissier qui me parle d'agio,

» Lui serait mon amant 1 Vois, je lui fais la figu£.

» Il n'a pas le panache éclatant du faisan,

» Mais de nombreux écus : ami, vive la ligue!

» Mangeons-le corps et biens : ruiné, d[i paj^mesan

» Est un mets délicat pour un c^sse-noisette.

» A nous, heureux mortels, il nous faut du pâté. »

— G'est ainsi qu'à Paris une accorte grisette, S*enrichit aux dépens de tout âne bâté,

Félix Pixox.

Très-volontiers je souscris pour un franc, Pour deux, pour quatre et. même davantage, A ce rare et sublime ouvrage, Où mes vers doivent prendre rang ; Mais je troave qu'il est dommage D'ofiFrir à cinq cents souscripteurs Tout ce charmant marivaudage.

Qui nous vaudra maint persiflage, Maint brocard de mauvais faiseurs.

Nous ne sommes en tout que deux cent vingt rimeurs^ Ayant pris part à cette chaude affaire.

Savez-vous ce qu'il faudrait faire?

Doublez, triplez vos vingt sous.

Tirez à deux cent vingt, et que chacun de tious . Souscrive pour un exemplaire.

Et de ces vers, par gageure entrepris.

Si la valeur est petite,

A défaut d'autre mérite.

Leur rareté fera leur prix.

E. DÉ l'Église.

CE QUE JE SAIS

Je sais que le gourmet estime le choux-fleur,

Que tout bon citoyen sait conjurer le trouble.

Que les acteurs toujours réclament un souffleur.

Que le Russe vendrait le Français pour un rouble,

Que le guerrier s'anime à la voix du clairon,

Que le marin tressaille en revoyant la dune.

Que devant le castel, debout sur le perron,

Le troubadour chantait, inspiré par la lune ;

Je sais que le chasseur adore son fusil.

Que le peintre Gharlet levait souvent le coude.

Que le petit oiseau redoute le grésil,

Que la bonne fortune à tout paresseux boude;

Je sais que la grisette use du nacarat.

Que le char de Vénus n'est qu'une simple conque,

Que bien des insensés perdent au baccarat.

Et que l'homme ici-bas soufi're d'un mal quelconque,

Qn'un insecte élégant porte le nom d'Argo,

Que le juif en tous lieux, en tous temps vole et jongle,

Que l'on ne danse plus comme la Gamargo

Et qu'il faut craindre enfin la langue plus que l'ongle.

Marie de Beau val.

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