‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 106 sur 128 · ÉVELINA · texte numérisé non relu

ÉVELINA

C'est le cerveau d'un homme et le cœur d'une femme,

Car, quand Garibaldi se fit Catilina,

Sans calculer la chance, il lui donna son drne.

L'envie appelle en vain, l'art nouveau fouina;

Comme un trouvère habile avec sa prose ij jongle.

Son père en combattant fut un grand citoyen ;

Lui, c'est un grand auteur, franc jusqu'au bout dje Vfi^gk,

Tour à tour sur la scène ou chrétien ou païen ;

Ses vers ont du parfum comme la mirabelle;

Quand il tonne au théâtre on dirait Mirabeau;

Ses pièces ont l'éclat, mais quelle est la plus belief

J'admire, et d'un critique à quoi bon le flambeau f

Tel drame à grand effet me semble une Orestie,

Madame Dash, nommée en riant : Gabrio, ,

Vantait ici le traita là quelque repartie ;

Le génie a son prix. La bourse et Vagio

Comparés au talent valent moins qu'une figue.

Sots gourmands, qui vantez là truffe et le faisan ,

Vous qui conmie des rats, en formant une liguey

Assiégez un gruyère ou bien un parmesan,

Vous raillez un grand homme, en cassant la noisette ;

Mais, quelque exquis que soit un bon lièvre en pâté,

Vive un génie en verve... il semble une grisette

Qui se joue en riant d'un roi qu'elle a bâté. •

G. de Kerhardène.

Rien n'est plus insensible parfois ([u'un cœur de femme

Près de lui que ferait le grand Catilina?

Car, quoique dépourvu souvent de cœur et d'awa,

L'homme toujours devant la coquette fouina ;

Car avec sa b^uté et sa grâce elle jongle.

Tant pis vraiment pour toi, mon pauvre citoyen^

Si elle tend vers ton cœur sa rose et mignonne ongle;

Du fervent catholique elle fait un paien,

Sans plus s'en soucier que d'une mirabelle,

Ahl que dirait, hélas 1 V éloquent Mirabeau

Auprès de cette femme aussi fière que belle t

Pour un monceau do glace à quoi bon un flambeau ?

Pour des yeux sans regards, qu'est-ce que VOrestie ?

Que pouvait à cela tout l'esprit de Gabrio?

Car pour l'intelligence seule est la repartie,

Comme aux hommes d'argent est échu Vagio,

Tout mon discours, hélas! ne vaut pas une figue;

Mais à tous les repas mange-t-on du faisan?

Contre tous les gourmands bravement je me ligue,

Préfère à leur festin un humble parmesan,

Et, ne dédaignant pas la modeste noisette.

J'ai môme la faiblesse d'adorer le pâté.

Au risque de passer à vos yeux pour grisette,

Je vous laisse le choix avec âne bâte.

Lhonia.

Il faut avoir au cœur un courage de femme^

L'aventureuse humeur de ton Catilina,

Au dieu Satan il faut avoir vendu son âme,

Pour relever ton gant... Mais entendre « il fouina! »

Ce mot me ferait fuir au plus noir de la jongle.

...Oui, dussé-je au Parnasse, indigne citoyen,

Ronger en rimaillant ce qui me reste d'ongle,

Dussë-je être chassé du ciel comme un paien.

Et, moi si beau, me voir plus laid que Mirabeau,

J'accepte le défi... Puis la défaite est belle

Quand Méry tient l'épée, et Dumas le flambeau!

Que n'ai-je, pour lutter, du père d*Orestie

Le talent si facile, ou le fier Gabrio!

Mais sans esprit peut-on donner la repartie ?

Sans argent, sans crédit fait-on de Vagio ?

D'un sapin à brûler voit-on naître une figue?

Au nid d'un pauvre oison cherche-t-on le faisan ?

Donc, vaincu je m'arrête, à l'aspect de la ligue

De tes cinq derniers mots, et file au parmesan î — *

Fallait-il que ma muse eût peur d'une noisette,

Moi qui la croyait fille à soumettre un pâté.

Mais elle ait infidèle, ainsi qu'une grisette.

Et s'enfuit en riant d'un poëte bâté !

Le Roy de Bonne ville.

Je suis friand comme une femme !

Do Tauteur dllenri III et de Catilina,

Qui m'a toujours remué Vâme^ Qui devant la gaieté jamais ne fouina, £t dont Tcsprit brillant avec les bons mots jonglé.

Comme d'Athène un citoyen, Avoir un autographe aussi grand que mon ongl$ !

Ma foi, je me ferais paien.

Je dînerais d'un pois ou d'une mirabeUe.

Je sifflerais Sopliie avec son Mirabeau, Plutôt que de manquer l'occasion si belle D'allumer ma chandelle à ce divin flambeau!

Je souscris donc aux vers moins forts que VOre^^e Dont l'éditeur charmant est notre Gabrio, Quoique j'aimasse mieux sa vive repartie Condensée en un mot, franche et sans agio^ Que ce fatras rimé qui va faisant la figue Au pauvre sens commun et contre lui se ligue. Piteux macaroni privé de parmesan !

C'est par trop d'Arlequin pour un petit faisan t A votre seing joignez gros comme une noisette Do votre esprit... soudain quel savoureux jpd^é Charmera grands, petits, belle dame ou grisette ! C'est ce que vous demande un viel âne bâte,

E. de LÉPiNois.

J'expirerais (J'amour aux genoux d'une fmm,

Mais je ne ferais pas comme Catilina,

Qui, pour régner un jour, jurait vepiu son ân^e,,..

Hier, à ce bout-rimé, ma muse fouina,

Quoiqu'avec mille vers chaque jour elle jongle,

Et cela me rendit fujrieux citoyen.

Furieux à ce point que je me ronge Vongk ,

Et tempêtai comme un \ériiah\& païen,

Sans songer à manger ma jaune mirabelle ^

Ce matin, devenu plus fort que MirabeçLU

J'ai, m'inspirant soudain d'un regard de m^ji hU^,

Su, de la poésie, allumer le flambeau;

Elle a des yeux si bleus et si grands, Orestie,

Et puis elle aime tant son pauvre Gabrioî...

Elle est, comme Lachaud, fine à la repq^rtie ;

Elle blâme l'usure et l'infâme agio,

Ne se régale pas d'une modeste figue

Et se prive de daim, de levraut, de faiean,

Car la fortune, hélas I depuis longtemps se lig^e

Contre nous... Bienheureux d'avoir du parmesan, ».

Mais ciel ! que devenir ? sur mon gilet noise^e,

Ma plume vient de faire un énorme pâté.

Que va dire ce soir ma gentille grisette ?

M'assimiler sans 4o^t^^ à ;tout âne bâté.

Victor Lemarchand.

Si Ton arrive à Page où l'on prend une femme^

On est embarrassé comme CatUina^

Quand, du complot fameux dont il s'était fait Vâmey

Accusé devant Rome, il eut peur et fouina.

Lorsqu'on veut conspirer, il ne faut pas qu'on jongle;

Mais tout conspirateur est mauvais citoyen.

J'aime mieux fier luron buvant rubis sur ongle^

Fût-il mahométan, réformiste ou païen.

En rencontrant ici la rime mirabelle

Je trouve, un peu plus bas, le nom de Mirabeau.

Il devint amoureux d'une femme fort beUe

Qui sut de son génie allumer le flambeau.

Ce brillant orateur, bien avant VOrestie,

Spirituel et fin comme l'est Gabrio,

N'était jamais à court d'heureuse repartie.

Il était dépensier, subissait Vag'io :

Il préférait, dit-on, au sucre de la figue.

Le rôti parfumé d'un succulent faisan ;

Lorsqu'il était à table, il eût nargué la Ligue.

Un flacon de Champagne, un peu de parmesan^

Des fruits mûrs et vermeils, la cassante noisette,

Un dindon bien truffé, du chevreuil, un pâté,

Pour compagne, au dessert, la gentille grisette.

Le rendaient plus heureux que le gandin bâté.

F. Leroy»

.rAIME L'ÈRE ROMAINE!

Si je naissais deux fois, je voudrais naître femme, Et voudrais pour mari Taltier Catilina ; Car j'aime les cœurs forts : j'eusse donné mon âme Au fier conspirateur qui jamais ne fouina.

Celui-là bravait tout : il eut bravé la jungle.

De son temps, on n'était digne et grand citoyen Qu'avec le fer en main, le javelot sous V ongle; Le serment n'était pas d'un civisme païen.

Loin d'être veloutés, comme une mirabelle, Les tribuns rudoyaient ; mais, comme Mirabeau, Ils ne se musquaient pas à l'égal d'une belle : Leurs harangues jetaient tout l'éclat d'un flambeau.

Les héros étaient grands comme dans VOrestie: Une femme de cœur était leur Gabrio.

Dans leurs armes gisait leur fière répartie : Ils méprisaient l'argent ainsi que Vagio,

Je crois que, de leur temps, on ignorait la figue; Us chassaient le lion, dédaignaient le faisan; De puissants ennemis ils défiaient la liguée. Peut-être mangeaient-ils »du moelleux parmesan?,.. Mais ils ne couraient point après l'humble noisette; De sanglier, même d'ours, ils aimaient le pnté; ^ Ils possédaient l'esclave et jamais la grisette; Leur grandeur proscrivait l'or et l'âne bâté !

Latour.

Conspirer contre nous^ c'est le lot de la femme : Elle rendrait des points même à Catilina; Toujours quelque rouerie est caches en son âme Et jamais pour tromper elle ne fouina.

Quand avec deux amans prestement elle jongle^ Chacun croit de sa couche être seul citoyen.

Au lion de Némée elle aurait rogné Vongle, Mieux qu'Hercule ou que tout autre héros paien. Sa voix, douce comme un sirop de mirabelle, Soudain rugit, passant du Favre au Mirabeau, Si dans son horizon surgit quelqu'autre belle. Si quelque papillon échappe à son flambeau.

Un jour, elle sera Phèdre, Alzire, Orestie, Le lendemain Martine, Agnès, ou Gabrio.

Vous ct-oyez la tenir, la voilà repartie, Vous criant : « Fin courant ! » en terme d'agio. Elle fait cas de nous comme un bœuf d'une figue, De cosmétique un porc, de perles un faisan.

Mais, pour la peindre en beau chaque artiste se ligue L'Albane, et toi Corrrége, illustre parmesan/ Elle nous aime comme un singe une noisette, Pour«ous croquer, et l'homme, une fois em-pâté Dans la glu d'une femme ou duchesse ou grisette. Fût-il Karr ou Dumas, n'est qu'un âne bâté.

Comte de Luppé.

CE QUE J'AIME

J*aime les doux propos que chuchotte une fer(imej ' Propos qui calmeraient même un Catilina, Propos qui, jusqu'au fond, remuant sa gr^inda âi^ç, Firent un jour que Samson, comme un gandin, fouina.

— J'aime l'Indien superbe au milieu de sa jy>ngle, Enfant de la nature et libre citoyen»»,

— J'aime les dçigts rosés et luisants jusqu'à Vongle Qui rappellent Vénus du vieux monde pdien.

Comme un petit enfant, j'aime la mirabelle,

Et, comme un amoureux, j'admire Mirahequ^ Exhalant tout spn cœur aux genoux de sa heik, Ce cœur où son génie alluma son flambeau,

— Le poëte inspiré, auteur de VOrestie^ Avait une Égérie,... un ange... Gabriol,..

— Aussi préféra-t-il sa vive repartie Aux machinations d'un ignoble agio,

— Je ris de la misère et je lui fais»lgi figue : Que m'importe alouette, Qi| perdrix ou faisan f

— Contre les sots pansus, bohème, je mo Hgufi, Et mange, sans remords, mon simple Parmesan.

— J'aime au fond d^ nos boi^ butiner la noisette, . Meilleure que la truffe ornement d'un patè ;

J'aime le frais minois d'une folle grisette Chevauchant et chantant sur un âne bâté.

Lemergiër.

Lâches adulateurs, qui trompez une femme,

Plus pervers que Catilinaj Où donc est votre cœur, où mîtes-vous votre âme.

Dont la bassesse fouinât « Honneur de femme est mot avec lequel on jongle,

— Me dites-vous, — cher citoyen, »

£t, d'indignation, je m'aiguise chaque ongle.

Devant ce jeu-de-mots païen :

Pour vous la vertu passe ainsi que mirabelle.

Quand je serais un Mirabeau, Vous me répondriez en soufflant de plus belle,

De la vérité le flambeau.

Encore à vos désirs faut-il une Orestie,

Une Vénus ou Gabrio, Chez qui la grâce soit à l'esprit répartie,

Pour votre infamant agio.

Vous appelez ceci, chez nous, faire la figue.

Mais malgré vos airs de faisan.

Je connais les vautours : que l'univers se ligue

Les traite pis que parmesan.

Et si je vous tenais, paons, casseurs de noisette.

Hachés comme chair à pâté.

Chacun de vous crierait, sous la dent de grisette :

« Je fus plus sot qu'âne bâté, »

LOUILEOIS.

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