‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 107 sur 128 · SUR DES RIMES FORCÉES · texte numérisé non relu

SUR DES RIMES FORCÉES

Malgré Dumas, Méry, j'aime toujours la femme! Je sais bien que Porcia perdit Catilina, Que pour la belle Agnès, Charles VII manqua d'âme, Que pour la Mainte non, Louis-le-Grand fouina, Mais je reste tranquille, et jamais je ne jongle Avec plus fort que moi... Faire un grand citoyen!... Merci 1 je n'aime pas qu'on me tape sur Vongle. ...Déesse Liberté, tu n'es qu'un moi paient Mais j'aime le beau fruit, surtout la mirabelle, Et je voudrais aimer comme aima Mirabeau.

J'aime la pêche rose et mûre, et douce et belle, Et toujours de l'amour j'allume le flambeau.

Je prise quelquefois les beaux vers d'Orestie, Et je voudrais aimer la blonde Gabrio, Quelquefois je suis prompt à donner repartie, Mais ne me parlez point de bourse ou d'agio ! Hé I que me fait à moi de manger de la figue^ Si demain je suis sûr de goûter du faisan!

Contre les restaurants, si je fais une ligue, C'est que l'on m'a donné du mauvais parmesan! Mais j'aime aller surtout récolter la noisette Dans le bois de Bagneux, emportant un pâté.

Entraînant après moi Coraly, ma grisette, Trônant joyeusement sur un âne bâté»

Georcres Letrlmîcr.

Je suis trop vieux, hélas I pour aimer une femnie^ Pas assez érudit, pour connaître Catilina; Lorsque, mort, vers Dieu s'élèvera mon dwe, Pour épitaphe je veux : « Jamais il ne fouina : Homme du peuple, ennemi de la jongle, Il fut bon époux, bon père, bon citoyen ;.

Jamais à autrui n'eut l'épaisseur de Vonglê, Sans être vrai chrétien, il ne fut pas païen, i> J'espère sur ma tombe, viendra la mirabelle, Et qu'un de mes amis, nouveau Mirabeau^ Dira aux assistants que j'ai aimé ma belle, Depuis que de l'hymen j'allumai le flambeau.

Ensemble nous lisions l'auteur de VOrestie, De préférence à tous, même à Gabrio : , Nous admirions en lui la fine répartie, En nous gardant toujours de faire de Vagio.

Elle n'est plus, celle qui jamais me fit la figue. Mourant sans regrets, je veux un gros faisan Servi sur une table, qu'autour on se ligue Et qu'un bon vin vieux arrose le parmesan; Pendant que les jeunes casseront la noisette, Les vieux gravement attaqueront le pâté.

Alors, tous à l'unisson, compris la grisette. Chanteront les louanges du pauvre une bâté.

Émilo Lavocat.

Je suis trop jeune encore pour aimer une femme,

Et pour apprécier ce que fut Catilina;

Je ne puis er\ conscience, et cela sur mon âme,

luèulter cet empereur au point de dire qu'il fouina.

Mais je dis qu'ici-bas, un homme qui jongle,

Avec ses opinions, n'est pas bon citoyen ;

Je voudrais pouvoir lui faire sehtir Vongle,

En un mot, le traiter comme le serait un paien.

Je suis, comme. vous voyez, moins doux qu'une mirabelle;

Je n'ai pas l'éloquence du célèbre Mirabeau ;

Je ne sais apprécier les charmes d'une belle,

Qu'autant qu'elle môme, m'éclaire de son flambeau.

Jamais, je vous l'avoue, je n'ai lu VOrestie;

J'ignore complètement ce qu'était Gabrio;

Enfin je n'entend rien à la repartie,

Et suis un ignorant dans l'art de Vagio.

Que dans un dessert, on m'offre une figue,

J'en fais autant de cas, qu'un chasseur d'un faisan;

Mais, si contre moi, jamais quelqu'un se ligue.

Je le fais filer comme le bon parmesan.

Je me défie de la perfide noisette

Cachant un ver dans le cœur, mais vive le jjdté.

Je me soucie très-peu d'une belle grisette.

Enfin, que vous dirais-je?... Je suis tm due bâté,

Ernest Lavocat.

Pardonnez à une humble femme,

Vous, qui, plus grand que Catllina,

Dans vos œuvres mettez votre âme,

Et devant le bien jamais ne fouina.

Si vous étiez comme le tigre dans la jungle.

Et, que vous ne fussiez si bon citoyen,

Avant de vous écrire, je me mordrais Vongle,

Car, j'aurais peur de \ous comme d'un 2)alen.

Moi, qui aime les fruits, surtout la mirabelle,

Qui, n'ai pas l'ëloquence de Mirabeau,

Cette pensée de souscription, je la trouve belle.

Elle éclaire l'esprit, comme la nuit le flambeau.

Je l'aime mieux que les vers do VOrestie,

Que tout ce qui nous charme dans Gabrio,

Que Méry avec sa belle repartie.

Et que Rothschild avec son agio.

Plus tard, après avoir mangé la figîie,

Moi, qui no ponrrai offrir de faisan,

A mon convive qui, contre moi se ligue,

Je lui donnerai ce livre au lieu de parmesan.

A ceux qui ne pourront plus casser la noisette,

Jo leur donnerai, en place de pâle.

Et toutes les grandes dames, môme la grisette,

Me diront, merci, ma petite âne bâté,

Clémence Lambixox.

A table, j'aime à voir rayonner une femme ^ Et le conspirateur, fût-il Catilina, Dans un festin d'amis sent amollir son âme.

Lui, qui, dans le danger, jamais ne fouina, Dumas nous éblouit comme un chinois qui jongle, Poëte et cuisinier, c'est un grand citoyen.

Jamais on ne le vit déchirer de son ongle L'ennemi qui l'attaque et ment comme un païen. Son cœur est simple et doux comme la mirabelle. Lui, qui, demain au soir, rival de Mirabeau, Parera notre langue et nous la fera belle.

En promenant sur Tart son limpide flambeau.

Ainsi qu'un vrai gaulois, l'auteur de VOrestie, A la muse parée inspirant Gabrio, Joint le don envié de fine repartie.

Sans avoir pu jamais comprendre Yagio.

Se souciant de l'or ainsi que d'une figue, Il sait faire des vers et dresser un faisan Mieux que le cuisinier qui, du temps de la ligue, Arrondissait Mayenne avec du parmesan.

Il ne sera jamais vieillard casse-noisette:

Toujours jeune, il pourra digérer le pâté, Conserver la gaité d'un rire de grisette, Et n'être l'ennemi que de l'âne bâté,

Armand Lefèvre.

Page 1