AH! CACHEZ VOTRE ESPRIT
Enseignez, A plus B, l'algèbre à votre femme, Ou l'art de tricoter au fier Catilina ; Tenez de longs discours sur les élans de Vâme Au marsouin mourant qu'un marin /owina; Parlez de conscience au Tartuffe qui jongle, Au tyran aveuglé des droits du citoyen ; Prouvez au beau condor qu'il faut se passer d'ongle; Expliquez : « trois font un, et un trois » au paien; Avalez des boulets, comme une mirabelle; Niez son sûr génie au fougueux Mirabeau; Refusez ce chapeau aux vœux de votre belle; Éclipsez le soleil par un méchant flambeau; Cherchez Paris en Chine, ou Rome en Orestie; Attaquez sottement l'esprit de Gahrio ; Calculez des douleurs la charge répartie Qu'engendre le bonheur d'un joueur d'agio.
Nommez Roland honnête, et le vautour, heo-figue ; Rassasiez un ours de l'aile d'un faisan; Confondez blanc et noir la Fronde avec la Ligue, Tarquin superbe avec le fuyard parmesan ; Enfermez l'univers en coque de noisette ; Coupez l'aurore en deux comme un petit pâte ; Parlez d'astronomie à la fraîche grisette...
Mais... cachez votre esprit à un baudet bâte.
Non, demander des vers rimant d*abord par femme.
Pour continuer après, citant Catilina,
Ce n'est pas plaisanter... Mais, mettre en peine une dme
En laissant deviner ce que c'est que Fouina,
C'est la mystifier. Ah ! que celui qui jongle
Avec l'esprit d'autrui (facétieux citoyen]
Craigne quelque bon tour. D'un vigoureux coup d'ongle
L'homme qu'ainsi l'on joue, peut, — croyant ou païen, —
Recoiffer subitement un pot de mirabelle
Confite et cuite à point, (que jamais Mirabeau
Sans doute ne goûta quand Sophie fut sa belle),
Et lui coller sur l'œil en guise de flambeau.
Mystifié pour Fouina, qu'est-ce pour Orestie?
On n'en sait vraiment rien ! Un mot de Gabrio
Peut-être suffirait pour que la repartie
Trouvât de quoi dire si mieux ne vaut Vagio.
Qu'à déduire d'un compte, — entre fromage et figue, —
Un banquier flibustier, repu d'un bon faisan
N'ajoute à son crédit, quand un autre se ligue
Avec lui contre qui comme du pœrmesan,
file, — refait, honteux, — loin cueillir la noisette.
Emportant dans le bois, pour tout solde un juîté
Qu'Orestie et Fouina, l'une et l'autre grisette,
Enlèvent, mystifiant aussi Gogo bâté.
QUI sms-JE?
Rëponds-moi, cher Dumas, suis-je démon ou femme ?
Ai-je l'air sombre et creux comme un Catilina?
Riant de ton défi dans le fonds de mon âme,
Devine si jamais mon esprit fouina,
Ou si pour te répondre avec les mots je jongle,
Ou, comme s'il fallait en zélé citoyen
Sauver notre pays, si, pensif, de mon ongle
Je me gratte le front, jurant comme un paien,
Et plus jaune qu'un coing ou qu'une mirabelle^
Si je réfléchis plus que jamais Mirabeau
Ne réfléchit jadis dans sa cause si belle
Pour de la liberté soutenir le flambeau,
Ou que toi, grand Dumas, pour créer Orestie ;
Devine s'il me faut l'esprit de Gabrio
Pour te donner ici ma folle repai^tie.
Je ne suis pas banquier, j'ignore VagiOy
N'ayant pas plus d'écus que n'eut jadis de figues
Le figuier du Christ, ou que n'est du faisan
Le vieux poulet farci que Véfour, qui se ligue
Avec Chevet, nous sert avec son parmesan,
Vieux gruyère ranci qui sent fort la noisette.
Me voici sans rature et môme sans pâté
A la fin arrivé. Suis-je folle grisette,
Ou grand docteur, réponds, ou âno bdté?
Jusques à quand, perfide femme ^ (Quousque tandem, Catilina ! ), Abuseras-tu de cette âme Qui sur ta trace un jour fouina ?
Savant déchu, c'est vrai, ]& jongle !
Je divertis le citoyen Mettant au travail bec et ongle, Mais t'adorant comme un paien ; Et sans pitié, quoi ! Mirabelle Tu me repousses ! . Mirabeau, Pour une conquête si belle.
Faut-il ta verve, ardent ^m&eaw?
Ou, labeur plus dur qu'Orestie, Faut-il les vers de Gabrio ?
Ou bien l'esprit de repartie ?
Ou l'or des rois de Vagio ?
Oiseau de passe, humble bec- figue, Je suis loin du royal faisan!,,.
D'ailleurs, contre moi tout se ligue :
Gros, laid, cagneux, teint parmesan, Pantalon vert, habit noisette, Chapeau bâti comme un pâté, Et toutes jusqu'à la grisette M'appelleraient : âne bntè.
J'aime les baisers d'une femme
Et les vers du Catilina,
Mais je préfère, sur mon âme !
La truffe qu'un porc fouina.
Quant aux bouts rimes, bah ! j'en jongle
Ni mieux ni pis que citoyen,
Mais je déterrerais de Vongle
Pour une truffe un corps païen.
En l'honneur de la mirabelle
Je parle comme un Mirabeau ;
Mais pour toi, truffe, ô douce belle,
Mon cœur brûle comme un flambeau.
Auteurs de Phèdre ou d'Orestie,
George Sand, Stem, ou Gabrio,
A qui la gloire est répartie.
Et vous, princes de l'agfto,
Je vous fais la nique et la figue
Pour une cuisse de faisan.
Et je crîrais : vive la Ligue!
Pour un morceau de parmesan ;
Mais pour gros comme une noisette
De truffe, de truffe en pâté.
Je permettrais à ma grisette De m'appeler âne bâté !
UNE Héroïne du xix" siècle
Avez- vous quelquefois entendu cette femme?
On dirait que l'ardeur du fier Catilina^
Pour tramer des complots, a passé dans son âme.
Mais au premier péril on sait qu'elle fouina.
A voir son air bravache, osa croirait qu'elle jongle,
Quand elle prend l'aplomb du plus grand citoyen;
Elle est tout héroïsme, et jusqu'au bout de Vongle ;
Mais vaut pour l'action l'idole d'un païen.
Quoique molle en tout temps comme une mirabelle,
Son but est de singer le fougueux Mirabeau,
Le feu de ses regards, tant la parade est belle,
Doit du patriotisme allumer le flambeau.
Elle s'est fait donner le grand nom à'Orestie,
Qu'importe ? vantez-lui l'œuvre de Gabriq,
L'ignorance de l'art dicte sa repartie :
Elle parle aussitôt de bourse et d'agio.
C'est que, dans son jeune âge, elle vendait la figue ;
Son commerce agrandi monta jusqu'au faisan.
Maintenant, à l'en croire^ elle a formé la ligue
Qui délivra du joug tout l'État parmesan!
Son seul talent consiste à cueillir la noisette,
A dévorer sur l'herbe un classique pâté.
Pour la juger d'un mot, ce n'est qu'une grisette :
Qui croit à son mérite est un âne bâté.