C. F, MÉZIÈRES
Je suis, je vous Tassure, aussi doux qu'une femme. Vous me rendrez mauvais comme Catilina, Car vous promettez trop. Tout en damnant votre dwie, Les gens diront de vous : Sa raison fouina.
Avec une promesse, il ne faut pas qu'on jongle Pour vingt sous deux objets. Drôle de citoyen, Si vous pouvez après boire rubis sur Vongle Du restant^ vous serez plus sorcier qu'un païen. Pour un franc, au café, on prend la mirabelle, Ou chez un Disdéri les traits de Mirabeau.
On achète à ce taux un bouquet à sa belle.
Mais deux cent vingt rimeurs allumant leur flambeau Pour un franc! Oui, bientôt vous vendrez VOrestie Pour rien. Pour rien aussi l'esprit de Gabrio. Quel trésor! Deux cents vingt donnant la répartie. Vous ne vous doutez pas des us de Vagio.
Le moindre agioteur va vous faire la figue; Quand vous boirez de l'eau, il aura du faisan^ Et sans qu'il soit besoin de former une ligue, B prendra bonne part de votre parmesan.
Donner son autographe au prix d'une noisette, Lorsqu'on peut en avoir le prix d'un gros pâte. C'est changer la duchesse en modeste grisette. Continuez, Dumas, et vous serez bâte,
3Gja —
Dans un sentier désert, sur un âne bâté,
Cheminait, en chantant, une jeune grisette;
Elle allait vers le four pour y cuire un pâté.
Apercevant quelqu'un qui cueillait la noisette,
Non loin d'un petit bois qu'on nomme parmesan:
« Peut-être que Lucas contre Rose se ligm,
Se dit-elle tout bas. Plus rusé qu'un faisan.
Le drôle pourrait bien me faire ici la figue, d
Ce Lucas n'était pas très-fort sur l'o^to ;
Mais il était adroit, prompt à la repartie.
Sans avoir jamais lu les vers de Gabrio,
Ni connaître de nom l'auteur de VOrestie,
n avait de l'esprit, et lisait sans flambeau,
La nuit, comme le jour, dans les yeux d'une beUe,
C'était, parmi les siens, un petit Mirabeau,
Qui cueillait certain fruit, comme une mirabelle.
De mœurs, il en avait, tout autant qu'un paien,
A défaut de canif, il eût donné de Vongle
Dans son contrat. C'était encore un citoyen
Capable de chasser un tigre dans lai jungle.
Cependant un beau soir, près de Rose il fouina.,,
Lucas fut si confus, qu'il jura sur son âme
(Peut-être en avait-il plus que Catilina)
Que, pour lui, rien n'était sacré comme une femme,
Je suis bien plus habile à coififôr une femme. Qu'à ourdir un complot comme CatilinŒ..
Mon coup de démêloir est donné avec ame; C'est un de mes talenl;s qui jamais: ne foumm. Comme tous les coiffeurs,, je btegae et jongle ;. Mais je n'en suis pas moins un très-bon citoym, Payant le moindre impôt toujours rubi& sur VongU, Assez bon catholique, et tant soit peu pai^n. J'ai dans un vieux bocai plus d'une mirabelle, Dont aurait fait grand cas l'orateur Mirabaau. Le bonheur m'a souri, ma femme est jeune et belle. Et son amour constant me tient lieu 6e flambeau. Elle a autant d'esprit que l'auteur ô^Orestie;: Plus vertueuse encor que n^ était Gabrio^ La vertu, chez Louise est assez r^artie.
Car sa grande beauté excita VagîOé Elle excelle surtout pour bien sucrer la figue,. Arranger un civet, ou rôtir un faisan.
Quelquefois contre moi je la vois qui s© ligucy Quand, sans permission, je goûte au parmesan. Ses belles dents d'ivoire ont cassé la noiaotte, Pas une n'est tombée en mangeant le pâté. Pour ses jolis yeux bleus je quittai la grisette,. Et maintenant je suis son efaer âne 6dlé.
Jullien François.
Qui dans son cœur ne sent de Tamour pour la femme?
Qui ne plaindrait pas le fou Catilina?
Qui ne veut au bonheur vouer toute son âme?
Qui donc pour le plaisir de nos jours fouina?
Qui ne tremblerait seul dans la sauvage jungle?
Qui ne voudrait pas être un brave citoyen?
Qui donnerait sans crainte à Dumas un coup d* ongle?
Qui maintenant voudrait devenir un paien?
Qui n'aime pas un peu la jaune mirabelle?
Qui n'admirerait pas le bouillant Mirabeau?
Qui ne s'enflamme pas aux doux yeux d'une belle?
Qui voudrait de l'amour rejeter le flambeau?
Qui ne veut pas aimer la charmante Orestie?
Qui ne prise donc pas l'aimable Gabrio,
Qui toujours est si prompt à donner répartie?
Qui voudrait entreprendre un mauvais agio?
Qui du Midi charmant n'aime la douce figue?
Qui dans un bon dîner n'aime pas le faisan?
Qui contre moi voudrait ameuter une ligue ?
Qui prend à mon dessert parfois le parmesan ?
Qui n'a pas fait claquer dans ses dents la noisette?
Qui n'ouvre l'estomac devant un bonpa^é?
Qui souvent jeune encor ne poursuit la grisetie?
Qui ne le ferait pas serait âne bâté.
Auguste Apeine.
Mon cœur, illustre ami, n'est point un cœur de femme^
— Pas plus que Gicéron ne fut Catilina.
J'ai donc, à ton défi, senti bondir mon âme, Mais, malgré son élan, mon cerveau fouina...
Qu'un prince de l'esprit avec des rimes jongle, C'est au mieux ; mais que moi', maladroit citoyen, J'aspire à l'égaler!... — Je m'y casserais V ongle; Car l'œuvre du croyant convient mal au païen. Néanmoins, pour gober, ami, ta mirabelle, J'entr'ouve éloquemment un bec de Mirabeau.
— Hélas I la mariée est encore trop belle,
Et ce n'est pas pour moi qu'Hymen a son flambeau! J'interpelle Bouillet? — Muet sur Orestie!
J'interroge mon cœur ? — Muet pour Gabrio !
J'adjure mon esprit? — Muet en repartie!
Je consulte mon goût? — Muet pour Vagio!
Mais mon goût me répond qu'il préfère une figv£, Après un bon dîner fleuronné d'un faisan;
— Comme Henri préférait une poule à la Ligu£,
— Et les fervents de l'art, Michel au parmesan. Si ce que j'écris là valait une noisette,
Ce qui m'en reviendrait vaudrait bien un pâté ;
Et si ma muse, ami, valait une grisette,
Ton serviteur vaudrait mieux qu'un... rimeur bâté.
Messire Jean.
Vous qui savez si bien nous dépeindre la femme, Les duels, les amours^ Rome et Catilina, Qui lisez clairement tous les secrets de Vârnûy Dites-nous, s'il vous plait, quel est ce mot fouina. Tandis qu'à l'expliquer mon pauvre cerveau jongle^ Vous me jetez au nez le nom de citoyen; Je le saisis au vol, non sans me ronger Vongle, Et me trouve aussitôt en face d'un paien.
En même temps voici la prune mirabelle Précédant sans respect notre grand Mirabeau.
Certes^ mon cher Dumas, vous mus la donnez belle. Est-ce ainsi qu'aujourd'hui vous portez le flambeau ? Vous vous jouez de nous, auteur de VOrestie, Noble et brillant ami du sylphe Gabrio, Célèbre par Tesprit et par la repartie, Et qui du seul Parnasse estimez Vagio.
De Naple, où le soleil sucre et mûrit la figv£, Vous rapportez, dit-on, plus d'un exquis faisan Apprêté par vos mains pour une docte ligue, Digne en tout de manger vos plats au parmesan. Quant à moi, je n'ai droit pas même à la noisette Que je trouve au-dessus d'un succulent pâté : Pour la croquer il faut être ou muse ou grisette, Et je ne suis, hélas! qu'un pauvre âne bâté,
Adèle Maurice.
En vingt quatre-vers, dépeindrai-je la femme^
Ou, comme Gicëron, VerrèSj CatiZtna?.,..
Mille sujets divers sd croisent dan» mon âme...
Mais je m'arrête court devant le mot : fouUvœ.
Est-ce une ballerine^ un Léotard qui jongle
A cent pieds de hauteur? Est-ce un grand citojf en ?^
Faites-moi, cher Dumas, un ^gne de votre onglée
Ou, par ma foi, je vais jurer comme un palenL,.
Allons, pour m'éclairer, prendre une miraèeUe\
Lire quelques discours du femeux Jifirabea/Uy
Visiter un ami, consulter une belle,
Car j*ai besoin, hélas! d'allumer mon/femÔaHf...
Âh I si je connaissais la charmante Orestie,
Si dans l'intimité, vivant chez Gubrio,
Je ne manquerais pas souvent de repartie^,,.
Mais comme tout banquier, je ne vis que Hagh !
Pour arriver au but, il faut parler de fig%be,
De pêche, de raisin, de perdreaux, de faisan ;
Le ûienu d'un souper se rassemble et se ligne
Contre moi ; il n'est pas jusqu'au fin parmesan^
Qui, t^napt par la main demoiselle noisettB,
Tienne faire chorus, pour grossir mon pâté.
Le bout-rimé, je crois, ressemble à la grisette,
Et moi?... Cherchez le mot qu'on met... avant bâté.
Léo DucAu.
U est facile, je crois, d'écrire sur une femme. S'il existait des vers faits par Catilina, On trouverait ce mot y rimant avec âme^ Et ces mots seraient joints au doux nom de fouina. Mais je crois que, vraiment, en écrivant, je jongle! Ces rimes m'embarrassent : un soldat citoyen Jouerait mieux du fusil sur le bout de son ongle; Et je nommerais mieux tous les dieux d'un paien, Que de trouver des vers dans une mirabelle, Ou un discours prudent chez le grand Mirabeau, Pour que je réussisse, il me faut un flambeau, A qui le demander? Serait-ce à Orestie?
Invoq|ierai-je encor l'ange de Gabrio?
Il faut être Dumas pour avoir repartie, Et joindre Gabriel au mercantile agio.
Ces rimes, contre moi, ont formé une ligv£, Sans que je le connaisse y entre parmesan.
Je voudrais le briser comme on brise noisette. Le réduire en morceaux pour en faire un pâté Petit comme un pâté de souper de grisette, Car aux rimes ajouté, ce mot-là m'a bâté.
E. Lefebre.
SI, ou : MON VOULOIR
Si je n'étais point une femme, Je voudrais de Catilina Eteindre la race dont Vâme De tous temps lâchement fouina.
Du pauvre vagabond qui jongle Je voudrais faire un citoyen.
Je voudrais tenir sur mon ongle Les foudres de ce dieu païen.
En cultivant la mirabelle, Prenant la voix de Mirabeau, De la vérité simple et belle Je ferais briller le flcûibenu.
J'applaudirais à VOrestie, Je sourirais à Gabrio»
J'aurais toujours la reparte Contre les amateurs d'agio.
Aux fourbes je ferais la figui, Tailbnt ma plume de faisan.
Je ne formerais pas de ligue Pour être ici du Parmesan.
A ceux qui n'ont qu'une noisette Je donnerais da mon pâté.
Je détromperais la grisette, (Pour moi, le temps serait bâté,)
Augustine Maunt.